NFTS 2013

Anamnesis et la mémoire amoureuse

Faire le compte de ce qu’on est prêt à perdre pour des illusions.


Au festival des Utopiales, dans le cadre de sa compétition européenne de courts métrages, j’ai eu la chance de découvrir Anamnesis. Une production sensible et merveilleusement réalisée. Sachant très bien que ce format ne bénéficie pas des canaux de diffusion des longues productions, je laisse ici mon humble avis.

Le pitch, assez simple, laisse froid: un scientifique est capable de revivre ses souvenirs grâce à une substance provenant d’une météorite.

Ce point de départ m’a laissé de marbre pour plusieurs raisons. La principale est qu’on a l’impression de l’avoir vu & lu mille fois (chez Borges notamment). Détrompe toi, ici, le thème est proposé différemment.

Science des amours perdues

Imagine un amour perdu à jamais (tous le sont probablement). Sans retour possible, sans réponse valable.

Une sombre substance te permet de revivre chaque souvenir dans les moindres détails, sans altération de la mémoire. Que ferais-tu ? Jusqu’où serais-tu prêt à aller pour revivre ces souvenirs et y trouver des réponses ?

C’est la question majeure que pose Anamnesis.

Les beaux souvenirs d’été blanchissent sous les néons

Les souvenirs que revit le héros sont des souvenirs de plage, des souvenirs d’été. La vie qu’il mène est grise, éclairée à la lumière des néons.

Comme un spectateur éclairé, tu lis la différence de traitement et le travail de chef op. Le souvenir y est doux, sous une lumière solaire et chaude. La vie de labo est sombre, éclairage direct, artificiel et blanc.

Coquillages et crustacés

Sous la vidéo du trailer, on lit :

As his obsession drives him towards self-destruction, he starts to believe in the impossibility of a new beginning.

C’est une connerie. L’homme en quête de souvenirs et de réponses ne commence pas à croire en l’impossibilité d’un nouveau départ. Il ne conçoit même pas le nouveau départ. Il ne l’imagine pas, tant sa perte est grande. Parce qu’à ses yeux, personne ne peut perdre plus que lui.

Finalement, on ne sait plus s’il cherche des réponses où s’il ne veut “que” revivre les minutes précieuses de la scène amoureuses.

C’est là que la science fiction est la plus belle. Lorsqu’elle requestionne l’homme, sa place face aux autres (ici, l’autre aimé).

Et toi, à quoi serais-tu prêt pour revivre les quelques secondes merveilleuses d’un souvenir amoureux ?

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