Portrait de Faty Ly

Art Kelen
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Jun 28, 2016 · 7 min read
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Peux-tu te présenter ?

Je suis Faty Ly, c’est aussi le nom de ma marque « Fatyly » que je mets de plus en plus en avant. Mon vrai nom est Fatimaty Ly. Je suis designer céramiste. Je vis et travaille à Dakar. Je suis passionnée de céramique et de tradition notamment la tradition africaine. J’aime d’une certaine manière, faire revivre la tradition à travers mes créations.

Pourquoi as-tu choisi ce métier?

A la fin des années 90, je me suis intéressée à l’art traditionnel africain, je lisais énormément de beaux livres d’art édités par les musées notamment par le Musée Dapper.

Par la suite, j’ai pris la décision d’ouvrir une galerie d’art qui s’est rapidement transformée en galerie d’artisanat même si j’y présentais quelques pièces d’art contemporain. Je travaillais avec des artisans d’Afrique de l’Ouest.

Vivant à Londres à cette période, je faisais la navette entre l’Angleterre, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso.

Au Burkina, j’ai travaillé plus particulièrement avec une potière, Diénébou Zon que j’ai rencontré lors du Salon International de l’Artisanat à Ouagadougou (SIAO). C’est aussi grâce à elle que je suis devenue céramiste. Je dessinais des pièces puis elle les réalisait dans le cadre du projet de la galerie. Et de fil en aiguille je suis devenue son assistante, sa petite main ainsi je coloriais les pièces, tamisais l’argile et participais aussi à la cuisson des pièces avec elle.

J’ai géré la galerie pendant cinq ans avant d’arrêter, lassée par les tracas de l’entreprenariat au Sénégal. J’étais également frustrée de ne pas pouvoir transmettre mes dessins correctement. Souvent le produit final ne correspondait pas au dessin que j’avais effectué. J’ai alors décidé d’intégrer une école de design ; Central Saint Martin of London.

Je suis donc arrivée dans le design par l’artisanat, raison pour laquelle je valorise la transmission du savoir et du savoir-faire qui sont importants pour perpétuer les métiers d’art.

Aujourd’hui avec le lancement de la marque Fatyly, je retrouve la passion de la céramique ainsi que les joies de l’entreprenariat !

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Tes proches t’ont-ils toujours soutenu dans tes choix?

Oui en partie, j’étais entourée de personnes qui aimaient l’art. Ma mère a un côté manuel très prononcé. Je pense qu’elle a un don qui lui permettait faire de la couture, du crochet, de la teinture inspirée de la teinture artisanale malienne en passant par le batik.

Quant à ma grand-mère, elle était une férue d’art traditionnel d’Afrique centrale. Elle collectionnait des pièces dont des sculptures en bois.

Par contre pour mon père qui lui, était scientifique, cela a été beaucoup plus difficile de le convaincre. Il m’a plutôt poussé à poursuivre un cursus scientifique avec des études en biologie. Même si je n’ai jamais exercé dans ce domaine, la science m’a beaucoup apporté dans la céramique et aussi dans ma passion pour la cuisine. Je n’ai pas peur des recettes et des tâtonnements empiriques. Au final, le céramiste utilise beaucoup de recettes chimiques voire biochimiques. Il s’agit en fait d’un travail de laboratoire assez similaire.

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Peux-tu me parler de tes réalisations ?

Pour définir rapidement la céramique, il s’agit d’argile cuite. La céramique représente l’ensemble des objets décoratifs et/ou utilitaires qui ont subi une transformation irréversible par la chaleur ; une cuisson à différentes températures pour donner des objets tels que des pots, assiettes, vases, etc. L’émaillage qui s’en suit est un processus qui permet de vitrifier les surfaces et permettre un usage durable de ces mêmes objets.

Je travaille essentiellement autour de l’art de la table aujourd’hui, ainsi j’allie ma passion pour la gastronomie et mes créations. J’ai travaillé pour des chocolatiers, expert-chocolats anglais et français pour lesquelles j’ai réalisé des prototypes ; ce qui a été une étape majeure pour passer à la création de produits d’art de la table.

Par ailleurs, j’ai réalisé une lampe qui fait partie de la sélection du Musée de Carouge en 2015. Cette lampe : Pounding Light a également été présentée dans Inhabitat, le magazine du design vert.

D’où te vient ton inspiration?

Ma dernière collection d’assiettes illustre des portraits de femmes sénégalaises traditionnelles. Ce sont leurs vêtements et leur élégance naturelle qui m’inspirent. Beaucoup pensent qu’elles sont peintes ou qu’il s’agit de peinture sous verre alors qu’il s’agit bien de céramique et plus précisément de porcelaine.

La peinture sous verre est une technique artistique particulièrement populaire au Sénégal et, je pense être imprégnée de cette culture.

Aujourd’hui j’ai complété la collection avec un service de thé et café. Les motifs allégés permettront une mise en scène du goût toujours en gardant l’inspiration traditionnelle et donc le cachet authentique.

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Comment travailles-tu? Quelles sont les étapes de ta création?

Mes créations ne sont pas produites à Dakar car la technique de la céramique n’y est pas suffisamment développée.

Je commence par le dessin, généralement dans mon atelier situé à mon domicile. Ensuite je procède à l’étape de « vectorisation ». Les dessins sont ensuite transmis à une manufacture qui se charge de transformer les dessins ; cette technique est appelée la décalcomanie ; Il s’agit de dessins qui ont une composition qui leur permet de se fondre dans l’émaillage de la porcelaine à une certaine température.

Et enfin, une fois les dessins apposés, les assiettes sont passées au four afin de les cuire à une certaine température selon la couleur, les couleurs souhaitées. C’est une étape très importante car la température du four détermine la couleur. Une variation peut entraîner un défaut dans la couleur ou encore dans le rendu de la surface. Par exemple, pour obtenir du rouge, si on dépasse ne serait-ce que de très peu la bonne température on obtient du rouge bordeaux.

Je dessine à Dakar et la production se fait dans trois pays différents, en Angleterre, en France et au Portugal. Dans ces trois pays je trouve des professionnels qui possèdent un savoir-faire maîtrisé en matière de porcelaine.

Quelle étape préfères-tu dans la réalisation?

Celles que je préfère sont les étapes du dessin et du produit final. Voir les premiers prototypes est une étape très excitante et encourageante.

La réalisation des premières assiettes m’a pris environ 3 mois et leur développement entre 2 et 3 mois.

Lorsque tu débutes une création, as-tu une idée précise de l’aboutissement souhaité?

Pas du tout ! Quand j’ai débuté ma dernière collection, je dessinais sans objectif final. Une fois satisfaite de mes dessins et quand j’ai estimé qu’ils étaient finis, j’ai décidé d’en faire des assiettes.

Ce produit aurait pu rester un objet décoratif mais nous en avons fait un produit utilitaire, c’est de l’art utilitaire !

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Quelle est ta particularité, ta touche, ta singularité?

Je suis passionnée par les produits authentiques, par cela j’entends la tradition et le savoir-faire. Je suis intriguée par l’art de vivre des femmes sénégalaises des générations passées. J’aime découvrir leur art de vivre, je m’intéresse aux histoires des reines du Waalo par exemple qui à mon sens, avaient un art de vivre raffiné et connaissaient un certain luxe. J’ai envie de revisiter et de réinterpréter les codes de ce luxe de manière contemporaine.

Quelle est l’oeuvre phare parmi tes créations?

Je n’ai pas d’œuvre phare car je viens de débuter. Ce qui m’importe c’est d’exceller dans ce que je fais et de me parfaire au cours du temps. L’industrie de l’art de la table est une industrie très fermée donc ce qui me plaît c’est de me challenger et de bousculer les codes.

Pour chacune de mes créations, mon ambition est de proposer des produits de qualité avec un cachet qui m’est propre.

Es-tu dans des associations, des groupes, des collectifs ou autres d’artistes?

Non je ne fais partie d’aucun groupe pour le moment mais j’y aspire car je pense que les designers en Afrique ont besoin de s’unir pour marquer leur présence dans le monde.

Quels sont tes centres d’intérêt ? T’intéresses-tu à d’autres formes artistiques et à d’autres formes de culture?

Je m’intéresse à beaucoup de choses allant de la gastronomie à la mode, en passant par les produits cosmétiques faits à partir de nos produits locaux. Je réalise des bijoux en céramique et j’aime découvrir l’art contemporain de différents horizons.

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