Apprendre à douter : le design au-delà des croyances

Giuseppe Attoma Pepe, Senior Design Strategist Attoma

À un moment où l’urgence des transformations sociales et industrielles impose une nouvelle pensée et de nouvelles approches, j’estime qu’il est nécessaire de s’interroger sur le sens de nos pratiques quotidiennes en tant que designers. Que se passe-t-il vraiment, derrière le rideau des narratives du design-tout-puissant dont nous nous complaisons gentiment ? Cet ensemble de pratiques et rhétoriques qui font le quotidien d’une agence de design, est-il réellement sincère et efficace, adapté à la criticité des enjeux ?

À l’invitation de Marina Wainer, j’ai eu l’opportunité de proposer un premier bout de questionnement à l’occasion d’une soirée de la série *dizain* (un événement organisé par Designers Interactifs), en octobre dernier au Grand Palais. Vous pouvez revoir la vidéo de cette courte intervention ici.

J’ai été franchement surpris par l’écho favorable que cette courte présentation, née dans un esprit plutôt intime, a suscité. Dans les rencontres qui ont suivi, j’ai eu une discussion passionnante avec Milan Guenther, qui m’a suggéré de creuser et développer ces intuitions sous un format plus long et interactif.

Cela est finalement devenu un projet de master class : Sense of doubt: What we actually do when we think we’re doing “design”, qui aura lieu le vendredi 10 juin à Copenhagen, dans le cadre de la conférence Intersection 2016.

L’idée est d’adopter une approche anthropologique pour décrypter les récits et les croyances qui entourent la notion de « design », telle qu’elle est utilisée dans les formulations courantes — UX Design, Design Thinking, Service Design… — pour questionner et challenger les significations implicites que ce mot fourre-tout et polysémique véhicule.

En effet, l’ensemble de rituels et de processus qui fabriquent le design semble désormais être devenu incontestable et rédhibitoire — alors que nous faisons systématiquement l’expérience d’une foule de malentendus criants autour de son sens profond. Nous baignons en réalité dans un kaléidoscope extraordinaire de projections différentes, recouvertes par un vernis jargonneux qui nous donne l’illusion d’évoluer dans un système cohérent et partagé de pratiques universelles.

Il me semble urgent de prendre du recul, pour observer les pratiques réelles, analyser les croyances, les préjugés et les buzzwords qui encadrent implicitement ce qui est effectivement produit.

Parmi les questions clés : quelles sont les tautologies utilisées pour construire et renforcer le grand récit du « design », que certains se plaisent à imaginer comme un chemin sacré capable de résoudre toute sorte de problème humain, social et industriel ? Pour quelle raison on a glissé vers un référentiel sémantique qui semble sortir direct d’une néo-religion révélée, plutôt qu’à un processus factuel de résolution de problèmes ? Pour quelle raison on sent la nécessité d’inventer une pseudo-scientificité du « design » ?

Lors de la master class, qui est pensée comme un atelier collaboratif, j’aimerais explorer des nouvelles façons pour parler du « dieu design » et de ses pratiques connexes : où un changement de vocabulaire est-il approprié ? Quand est-il impossible ? Je partagerai mes conclusions dans un prochain article. Stay tuned !

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