Ce que j’ai appris dans le séminaire d’étude des médias de Pierre Lévy

Titre du séminaire: Theoretical exploration of the relationship between media, communication and cognition, with an emphasis on digital media.

Personnel, subjectif et orienté vers la recherche.

L’avenir de la communication : l’espoir d’un humanisme puissant

Malala Yousafzai est un symbole très fort et chargé d’espoir, de liberté et de persévérance (des valeurs qui me sont très chères, mais dont ma situation de blanche nord-américaine ne me permet même pas de douter de la disparition). Cette jeune pakistanaise âgée de 19 ans a tout récemment reçu la citoyenneté d’honneur du Canada des mains du premier ministre Justin Trudeau. Sa mission première est de militer pour l’accès à l’éducation des filles. Pour en apprendre un peu sur Malala

Elle représente la voie de toutes ces petites filles du monde entier qui sont prises bien malgré elles dans la guerre de leurs papas. Oui, de leurs papas. Des hommes. La guerre est un signifiant féminin, mais affreusement signifié par le masculin. Qui la font subir aux petites filles, aux femmes.

Ma guerre à moi, elle passe dans la communication.

Je fais de la recherche en communication, mais le constat est que je ne peux pas ignorer que pareilles choses se produisent sur ma planète. Tout comme la destruction de la biosphère, tout comme l’accès à l’eau potable… Enfin.

Éducation des filles. Guerres. Dangers. Inégalités. Accès à l’éducation pour tous. Communication.

Malala et moi, on a quelque chose en commun. On veut un monde plus juste et plus équitable.

C’est tout. Ça, c’était l’intro.

J’ai appris à devenir une étudiante au doctorat

Je suis entrée dans le séminaire de professeur Lévy avec une prédisposition d’ouverture à la connaissance et à l’apprentissage. Inspirée. Inspiration. Disposition de l’être : naïf. Naïveté : une prédisposition essentielle pour apprendre. Partir de rien. S’ouvrir à la connaissance. Recevoir. Vouloir recevoir.

Ce qui m’a fait le plus réfléchir, un sujet redondant à mon esprit mais qui retrouve peu à peu le chemin du calme et de la quiétude. Quelles sont les compétences exigées d’un étudiant au doctorat? Nous arrivons avec un certain bagage académique et professionnel. Nous venons d’horizons différents et nous apprenons à nous positionner et à nous coordonner entre nous. Si les barrières sont fixes à l’entrée du séminaire, elles devraient en principe l’être tout autant à sa sortie. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est que je me suis transformée en apprenant. Bien sûr que j’ai appris un savoir formel.

N’est-ce pas l’un des vœux les plus chers d’un enseignant : transmettre des connaissances à un apprenant disposé à évoluer. Mission accomplie.

On ne peut plus ignorer : au-delà de l’intelligence collective, la conscience

Durant le séminaire, nous avions à choisir deux ouvrages afin de les présenter aux collègues (Je posterai le résumé de mes présentations d’ici quelques temps. Oui oui, je le ferai). Des enjeux aussi complexes que variés que le médium algorithmique suscite de part et d’autre, je retiens que l’on ne peut plus faire abstraction de cette trame algorithmique qui se dessine devant nous avec ses calculs savants qui génèrent des symboles de façon systématique. Pour en savoir plus à ce sujet, je vous invite à visiter #uoam17 où plusieurs discussions ont eu lieu à ce sujet. C’est réellement intéressant et la prise de conscience que cette réalité occasionne est fatale.

Je disais donc… que j’ai choisi de laisser de côté le confort rassurant et chaleureux de mes connaissances (parce que j’en avais tout de même un peu avant de m’ouvrir à de la nouveauté) pour me pencher sur deux ouvrages relativement difficiles d’accès (j’ai bûché comme “qu’on dit”) :

1) Searle, J. (1983). Intentionality : An Essay in the Philosophy of Mind, (Tr. Fr : L’Intentionalité, 1985).

« […] les phénomènes mentaux sont biologiquement fondés : ils sont à la fois causés par les mécanismes cérébraux et réalisés dans la structure du cerveau. Dans cette perspective, la conscience et l’Intentionalité relèvent de la biologie humaine, au même titre que la digestion ou que la circulation sanguine. C’est un fait objectif du monde qu’il contient certains systèmes, à savoir les cerveaux, qui sont munis d’états mentaux subjectifs, et c’est un fait physique que pareils systèmes possèdent des traits mentaux. La solution concrète du ‘’problème esprit-corps’’ ne consiste pas à nier la réalité des phénomènes mentaux mais à en apprécier la nature biologique. » (p. 11).

Il y a dans cette citation deux choses que je retiens : nos états mentaux (crainte, espoir, désir, etc.) sont des objets du monde au même titre que le moteur d’une automobile; et ce que nous disons, les discours, le langage, sont dérivés de ces états et opèrent dans ce que Searle appelle un « arrière-plan » et dans un « réseau ». Promis, je vous explique cela plus en détail dans une autre entrée.

Pour en apprendre plus sur Searle, et je vous invite à le faire, rendez-vous sur Wiki. Trop facile!

2) Boutang, Y. M. (2007). Le capitalisme cognitif: la nouvelle grande transformation. Amsterdam.

L’économie-politique des médias est un sujet qui me préoccupe énormément. Le capitalisme cognitif, peu connu sous ce vocable de notre côté de l’Atlantique, est en somme ce qui est admis ici d’appeler l’économie du savoir.

Le capitalisme cognitif produit des connaissances avec des connaissances, et du vivant avec du vivant. C’est d’une éloquence! On le sait, on le fait.

Société de la connaissance. Économie du futur. Nous y sommes déjà.

Quelques éléments qui ont changés depuis les années 80, mettons : L’espace temps est transformé (communiquer avec mes amis européens); Les représentations du monde sont transformées (façons de voir la production, le travail, la consommation, etc.); Il n’y a « pas d’agir local sans pensée globale » (tout ce que nous faisons génère des impacts à plus grande échelle) (Moulier-Boutang, 2007, p. 76).

On veut du vert, beaucoup de vert. De la communication responsable. Du capitalisme responsable.

Et dans la philosophie de Searle, et dans la théorie du capitalisme cognitif de Moulier-Boutang, il y a ce même constat : on ne peut pas nier ce que l’on sait. Sur le plancher des vaches, je ne peux oublier la laideur du monde. Dans un plus haut niveau d’abstraction, je ne peux plus ignorer que mon cerveau est un organe comme les autres.

Avec des possibilités encore méconnues. Avec beaucoup d’espoir.

Retour à la case départ : Malala et moi, nous avons cette chose en commun. Nous savons, nous reconnaissons et nous avançons. L’intelligence collective, c’est beaucoup plus de des ordinateurs liés entre eux. C’est la reconnaissance de la réalité dans laquelle on vit.

Ça, c’était mon blogue subjectif, personnel et légèrement orienté vers la recherche.

Plus à suivre…

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