Le côté obscur de la force

Ces jours-ci, j’ai regardé les Star Wars un peu sérieusement pour la première fois de ma vie. Je me suis souvenue de la fascination qu’avait exercé sur moi l’épisode III qui raconte comment le jeune Anakin est devenu Dark Vador. Même impression qu’après je ne sais plus quel film de la saga Harry Potter qui montre le jeune Tom Jedusor chez qui s’éveillent cette noirceur, ces questions interdites. J’espère ne choquer personne et ne pas être mal comprise, j’ose dire que je ne peux m’empêcher de rapprocher ce sentiment de celui ressenti le 7 janvier 2015, lorsque j’écrivais sur FB :

“ Je pensais au drame de Charlie Hebdo. J’ai moi aussi été horrifiée. Je me sentais proche de cette petite clique et je respecte le courage de ces hommes qui ont été abattus. Et puis… j’ai envie de penser AUSSI aux mecs qui ont fait ça. A quel point ils se sont plantés. Et à quel point, en nourrissant de la haine à leur égard, on est capables nous aussi du pire. Eh oui. On fait tous partie du même magma. On a (presque) tous cette énergie de destruction en vertu d’une cause qui nous paraît la plus noble entre toutes. Non ?
Alors s’il vous plaît. Si on ne veut plus ça. NE LES CONDAMNONS PAS. NE LES HAÏSSONS PAS. Ne rajoutons pas de la haine à la haine. Comprenons pourquoi on en est arrivés là. Cf petite histoire ci-dessous que j’avais partagée il y a quelques mois. http://www.radioeveil.fr/une-tribu-africaine-possede-une-tres-belle-maniere-de-punir-ceux-qui-agissent-mal/
En plus, vous allez voir : si vous êtes affreusement choqués par ce qui s’est passé… Essayer de comprendre cette mécanique infernale, à laquelle tout le monde est en train de céder, au lieu de penser à la violence des faits et à ce qu’on aimerait leur faire à “ces c****”, ça apaise..! C’est la meilleure manière d’éviter que la mécanique continue à s’emballer. On a tous ce pouvoir.”

Voyons. Anakin, cette petite gueule d’ange, devenu le mal absolu. L’arrogance, le besoin d’être reconnu et la peur de souffrir de la perte des êtres chers l’amène à provoquer ce qu’il combattait de toutes ses forces : la mort de Padmée. Quand on le revoit petit, quand on le revoit sourire et qu’on entrevoit par là son cœur pur et toute la bonté qu’il y a en lui, quelle incompréhension, quel désespoir ! J’avais envie de crier : arrête, tu es en train de te tromper, tu ne vois pas que tu vas causer ta propre souffrance, c’est toi qui es en train de provoquer ton pire cauchemar !

Et je revois aussi le petit Tom Jedusor, très jeune enfant recroquevillé dans un coin, terrorisé et incompris.

Et j’imagine ces autres-là, ceux qui ont pris les armes, ceux qui avaient mon âge, ont grandi dans le même pays que moi, qui avaient sûrement eux aussi des petites gueules d’anges quand ils étaient petits, qui avaient sûrement aussi leurs moments de clarté, leur étincelle d’innocence et de pureté dans les yeux, leurs idéaux, leurs peurs.

Ces émotions m’inspirent “simplement” que c’est la peur et le sentiment d’impuissance face à la perspective qu’il advienne ce qu’on redoute le plus au monde, ce sentiment de ne pas être aimé, d’être incomplet, qui peut pousser chacun d’entre nous au pire. Ou peut-être seulement une frange de personnes avec un peu moins de repères, un peu plus de conscience face à l’absurdité du monde, le sentiment d’injustice ou de manque de sens, un peu plus idéalistes.

Personne ne peut être jugé en fonction d’un bien ou d’un mal absolu. Je ressens profondément que chacun a son histoire, ses blessures, sa fragilité, et va faire ce qu’il peut avec ce bagage. On nous bourre le crâne avec du savoir plus ou moins utile, mais il est rare d’avoir sur sa route quelqu’un, quelque chose qui nous apprend à utiliser nos émotions, nos révoltes intérieures. A cultiver cette étincelle de clairvoyance, d’innocence, à être fier de nos fragilités.

Même à la fin de l’épisode VI, Dark Vador reconnaît qu’il y avait encore du bon en lui. Si ça, c’est pas une référence béton quand même ! Et là, avec mon regard naïf qui peut provoquer votre scepticisme et mon cœur grand ouvert, j’avoue : je crois qu’un monde en paix ne peut exister que si chacun reconnaisse et cultive la part de bon en lui et en chaque autre, même chez le pire de ses ennemis.

Ça peut sonner creux ou biblique, ouais… Mais vous avez bien aimé Harry Potter et Star Wars, nan ?

Quant à cette “fascination” pour le côté obscur, pour Tom, pour Anakin, pour les vilains du monde réels, je la reconnais aussi. Je reconnais ma part d’ombre plutôt que de la planquer sous le tapis et de la laisser se nourrir tranquillement dans son coin pour surgir avec toute la force du désespoir : c’est la meilleure façon de lui enlever son pouvoir. Je l’aime comme petit Tom et petit Anakin que j’aurais voulus sauver, et je ne veux plus que ce soit tabou.

Je reconnais et aime ma part d’ombre comme je reconnais ma part de Bisounours cul-cul.

Et que la force soit avec toi !