Emmanuel Macron ou la digitalisation de la politique française

Emmanuel Macron, ambassadeur des startups de la French Tech lors de la conférence Le Web

Comme Peter Thiel qui a étudié la philosophie à haut niveau et a revendu sa banque en ligne Paypal pour 1,5 milliards de dollars quatre années après sa création, Emmanuel Macron s’est battu et a remporté la bataille face à tous les autres poids lourds de la politique française: Fillon, Le Pen, Mélenchon, Valls, Hollande… pour se retrouver sacré roi de France à 39 ans. Comment a-t-il fait?

Emmanuel Macron a mené et gagné sa campagne tel un roi de la tech. En effet, nombreux sont les points communs entre son arrivée au pouvoir et la guerre menée chaque jour par les startups pour triompher sur le marché. Tel un Facebook ou un Google, il a trouvé en moins de trois ans son business model. Il s’est basé sur les adopteurs précoces (ou early adopters) de son mouvement pour entraîner la masse qui lui a permis de le faire gagner au premier tour de la présidentielle, synonyme de victoire finale puisque le second tour n’était qu’une formalité.

Emmanuel Macron et Peter Thiel en grande conversation économico-philosophique.

La constitution de sa garde rapprochée, clef du succès de Macron.

Il lui a fallu tout d’abord s’entourer rapidement d’une garde rapprochée. Jeune, certains diraient inexpérimentée -ce qui est sans doute vrai, mais disposant d’une courbe d’apprentissage fantastique et d’un dynamisme à toute épreuve. La majorité des collaborateurs de Macron pendant la campagne se caractérisait par une chose: leur jeune âge. Parmi eux, on peut citer Ismaël Emélien, 29 ans, conseiller stratégique campagne et mouvement, sa plume de 27 ans Quentin Lafay ou Julien Denormandie, secrétaire général adjoint d’En Marche, âgé de 36 ans. De même, l’âge moyen des adhérents actifs et des participants lors de ses meetings ne devait pas dépasser la trentaine.

La victoire de Macron repose avant tout sur cette base extrêmement active d’adopteurs précoces fédérée alors qu’il était encore méconnu de la grande partie de la population. Emmanuel Macron a lancé sur le marché son propre produit avec un timing parfait, via une plateforme construite pour recueillir le plus de leads possibles: une page d’accueil épurée et simple, et surtout le choix judicieux d’opter un modèle “freemium”. Ses prospects, les citoyens Français, pouvaient adhérer au mouvement gratuitement et recevoir toutes les informations depuis la newsletter, alors que la cotisation était encore une sacro-sainte règle pour tous les autres partis poussiéreux. De l’autre côté, les dons étaient fortement encouragés dans de nombreuses newsletters et sur le site grâce à des incitations judicieusement placées.

Cette stratégie payante lui a permis de se lancer ultra rapidement sur le marché en seulement quelques jours en Avril 2016. Sans avoir de véritable soutien sur la scène politique classique ni d’appuis financiers, il a réussi à récolter les quelques milliers de leads nécessaires pour passer à la prochaine phase de sa campagne: convaincre la majorité précoce.

La Grande Marche a fait son tour de France pendant 3 mois.

Un défi: convaincre la majorité précoce.

C’est là où le passage fugace de Macron dans le privé lui a le plus servi. Là où tous les autres partis excepté la France Insoumise de Mélenchon restent assis sur leur base d’électeurs depuis des années, Emmanuel Macron est allé directement parler à ses électeurs pour les convaincre dans une véritable stratégie de “push marketing”. La Grande Marche a ainsi été lancée en juin 2016 sur le modèle du porte à porte remis au goût du jour par Barack Obama lors de sa campagne en 2008. C’est à un véritable travail de consultant que s’est livré Emmanuel: analyse d’une situation par un questionnaire quanti et quali, identification des problèmes et proposition de solutions.

Cette action de porte à porte est véritablement géniale, car elle a permis à Macron en seulement deux mois de cimenter sa campagne sur trois aspects.

Premièrement, elle a assis sa crédibilité auprès du peuple français en s’adressant directement à plus de 100 000 Français. Deuxièmement, la mobilisation de la base de ses adopteurs précoces a renforcé considérablement leur engagement en sollicitant leur mobilisation. Ceux-ci se sont véritablement transformés en évangélisateur allant prêcher la bonne parole auprès des citoyens français. Enfin, et c’est peut-être la conséquence la plus notable de cette action, cette Grande Marche a permis de jeter les grandes bases du programme tout en suscitant l’aval du peuple. En posant des questions aux français, En Marche a pu établir un véritable diagnostic du pays et proposer de mesures concrètes pour améliorer la situation.

Ils ont réussi car ils ne savaient pas que c’était impossible.

En Marche a réussi ce qu’aucun autre parti n’avait jamais réussi à faire: se faire un nom sur la place publique et compter parmi les favoris pour la présidentielle en cinq mois à peine. Cette croissance fulgurante est semblable à celle des startups qui en quelque mois arrivent à bouleverser les règles établies des marchés sans que personne ne l’ait prédit.

Il est vrai que la candidature d’Emmanuel Macron a ensuite bénéficié d’un véritable alignement des planètes: défaite de Sarkozy lors des primaires, un PS en ruine après un quinquennat fantoche, sans oublier l’affaire Fillon. Mais le propre des startups qui triomphent, c’est aussi cette chance qui les fait passer d’un état précaire à l’état de grâce, et leur succès masque le chemin tortueux sur lequel elles se sont longtemps avancées. Tout le monde ou presque a oublié qu’en 1999, Yahoo avait refusé de racheter catégoriquement Google pour 1 million d’euros. Car finalement, que ce soit en politique ou en économie, ce qui compte vraiment, c’est d’avoir le courage de se lancer.

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