Mon dernier périple aux championnats canadiens des écoles secondaires

À leur dernière année au secondaire, ils ont été dominants. Jamais une équipe n’a aussi bien performé sur le circuit à Sherbrooke. Dès les premiers matchs, les équipes ont compris que nous allions tout rafler.
À la recherche de défis, nous sommes allés aux championnats canadiens des écoles secondaires. On s’est faite donné une volée. On a frappé un mur. On a compris ce qu’étais le vrai ultimate. On a fini 14è.
Depuis cette année-là, une autre année scolaire s’est écoulée. Mes joueurs ont expérimenté le calibre civil et sont encore plus dominants. Résultat de cette progression, neuf de mes quatorze joueurs ont été retenus au moins une fois lors des deux dernières sélections. Les autres n’ont tout simplement jamais essayé.
Grâce à la sixième année du secondaire dans les autres provinces canadiennes, mes joueurs sont éligibles pour les championnats canadiens une dernière fois. Et ce, avec de meilleures chances que l’année passée. Lorsqu’on apprend qu’ils ont lieu à Montréal, on décide d’y aller.
Résultat de ces championnats, nous terminons 9è. Cela représente le meilleur résultat de l’histoire pour une équipe sherbrookoise. Peut-être même pour une équipe québécoise. Aucune archive ne démontre le contraire.
Malgré tout, cela demeure une déception. Je suis exigeant envers mon équipe et moi-même, mais cette fois-ci, je ne suis pas le seul déçu.
Parce que ces Barons représentent la meilleure équipe scolaire sherbrookoise jamais bâtie. Parce que peu d’entraîneurs seront prêts à remettre la quantité d’effort que j’y ai mis. Parce que peu d’équipes seront aussi chanceuses dans leurs risques que je l’ai été.
Notre objectif était un top 8. Rendu-là, tout aurait été possible. Malheureusement, on ne s’y est pas rendu.
Voici notre épopée tragique aux championnats canadiens d’ultimate des écoles secondaires.
Une préparation courte et pénible
Avec la moitié des joueurs issus du cégep, les pratiques sont difficiles à planifier avec de nombreux conflits d’horaire. Jamais nous avons eu une équipe complète. La première fois que nous avons tous été réunis, c’est aux championnats eux-même.
Nous avons joué de chance pour le développement de cette équipe, mais ces championnats représentent une exception. Antoine Delisle, celui qui s’enlignait pour être notre joueur le plus utile, et Mélanie Charette, une de nos rares handlers féminines, ont souffert d’une mononucléose. Le tout exactement au bon moment pour rater ces championnats.
Ces absences réduisent notre alignement à quatorze joueurs, exactement deux lignes. Sachant que certains joueurs joueront plus que d’autres, il faudra qu’ils soient au sommet de leur forme afin de maintenir le rythme.
Ce qui ne sera malheureusement pas le cas.
Environ le trois quart de mes joueurs jouent avec des blessures. Le timing est médiocre pour participer au tournoi le plus important de l’histoire des Barons.
Début du tournoi
Avec le format du tournoi, il faut absolument gagner deux de nos trois premières parties afin d’accéder aux quarts de finale. Nous affrontons dans l’ordre, les préclassés 16è, 9è et 1er. Il était donc évident que nous visions à remporter nos deux premières parties, car la troisième s’annonçait difficile.
Première partie: Kodiak, Amos, QC (16è)
Notre objectif pour cette partie est simple; l’emporter le plus rapidement possible. Nos deux premières parties étant jouées de manière consécutive, chaque minute de préparation de plus était primordiale.
Ainsi, nous arrivons à 6h45 aux terrains. Notre partie commence à 8h, mais on veut s’assurer d’être bien réveillé malgré l’heure matinale. Avec un bon échauffement, les joueurs sont gonflés à bloc. On a le couteau entre les dents et on a aucune pitié.
Après moins de 20 minutes de jeu, on atteint la mi-temps. Le pointage est 7–1. On est satisfait, mais on veut continuer notre domination. On veut également parfaire notre jeu. On fait les ajustements en offensive, et on pratique nos zones en défensive.
Les points sont un peu plus longs, mais notre rythme ne diminue pas. Cette victoire est convaincante, on l’emporte 13–1.
Deuxième partie: Merivale, Nepean, ON (9è)

Pendant notre première partie, Vincent Lemieux s’occupait d’observer les deux équipes que nous affrontions dans les deux prochaines parties. Chaque joueur important est identifié et on est prêt à faire les ajustements nécessaires.
Afin d’atteindre nos objectifs, on doit absolument l’emporter contre une de ces deux équipes. On veut absolument gagner cette partie. Parce que si on la perd, on doit l’emporter contre les favoris du tournoi.
La partie commence. Pour rajouter une touche dramatique au match, la pluie et le vent s’intensifient. Avec ces conditions, je m’attends à une défensive de zone d’un bord comme de l’autre.

Évidemment, j’ai raison.
Avec cette température, notre taux de réussite diminue drastiquement et avec cette zone qui vise à multiplier ces passes, plusieurs revirements sont provoqués près de notre zone de but.
On défit leurs joueurs de fond, à voir s’il est possible de les battre en hauteur. Rapidement, les entraîneurs remarquent que ce n’est pas de cette manière que nous allons remporter cette partie. Cependant, les joueurs continuent d’y croire en cette option et nous continuons de lancers dans les mains de l’anti-longue.
Un temps mort est pris afin de remédier à la situation. Nous perdons par 2 points, le pointage est de 4–2. Le vent et la pluie se sont calmés. Nous visions donc à circuler plus tranquillement et jouer entre handlers.
Suite à ce temps mort, l’offensive fonctionne bien. On circule bien et lors des moments critiques, on réussit la passe difficile et on monte bien le terrain. Malheureusement, dès qu‘on approche de la zone de but, on fait preuve d’impatience et on lance encore une fois dans les mains de l’anti-longue. Cette indiscipline nous coûte cher et nous empêche de resserrer l’écart.
Un autre temps mort est pris à 6–3. Le message est cru et direct. On ne gagnera pas sans respecter le plan de match, nous allons vivre ou mourir avec la circulation mis en place. Nous avons lancé un défi à l’anti-longue et il l’a relevé. Nous allons maintenant le respecter et jouer au niveau rapproché.
Le message est compris et l’offensive fonctionne bien. On échange les points et ils vont chercher la demie 7–4.
Nous commençons en offensive et nous sommes efficace. Certes, des erreurs sont provoquées de temps à autre, mais notre taux de réussite est suffisant pour espérer l’emporter. Nous réussissons tous nos points en offensive et on réussi à aller chercher des points en défensive, de sorte qu’on ressert le pointage à 9–8.

Malheureusement, nos joueurs semblent fatigués et les blessures se font ressentir. Nous échappons ce point crucial et nous entendons le hard cap.
Le pointage est 10–8 pour l’adversaire. Il ne reste qu’un point à jouer. Avec deux points d’écart, on ne joue que pour la forme. Nous concédons ce dernier point.
Nous subissons la défaite 11–8.
3è partie: Innisdale, Barie, ON (1er)
Un peu démoralisé de notre dernière défaite, nous gardions notre objectif en tête. Pour atteindre cet objectif, nous n’avions plus le choix. Nous devions gagner.
Or, les seules informations que nous avions, c’est que nos prochains adversaires étaient pré-classés premiers. Et qu’ils ont dominé nos précédents adversaires 13–4.

La partie commence. On remarque rapidement qu’ils ont un duo dominant. Les fameux numéros 27 et 77. Un duo que l’on ne peut espérer mettre au silence. Ils sont plus grands, plus rapides, plus talentueux que tous nos joueurs.
Pour réduire leur influence sur le jeu, il faudra jouer intelligemment. Et en équipe.
Le temps qu’on l’accepte, ils prennent les devants 3–0.
Le message est clair, il faut les forcer à jouer avec leurs joueurs de soutien. Si on les laisse jouer librement, on ne fera que passer. Et pour nuire à le jeu, il faudra jouer intelligemment, en équipe.
Ainsi, on exagère le jeu. On laisse les autres joueurs obtenir le disque. Plus précisément, on laisse leurs filles obtenir le frisbee. Nous avons souvent gagner grâce à la force de nos filles, et cette partie ne pourra être différente. Si on les force à jouer sur les filles, on se donne des chances de l’emporter.
Il faudra quelques points pour mettre le système de jeu en place. Par contre, une fois compris, on les force à jouer en équipe. Le duo dominant n’a plus le disque aussi aisément qu’auparavant.

On réussit à reserrer le pointage, mais ils prennent la demie 7–5. Je ne nous compte pas comme favoris, mais je continue d’y croire.
Or, on remarque que nous ne sommes pas les seuls à être capables de s’adapter. Ils le sont aussi. Ils circulent bien le disque et trouve les bons moments afin de mettre en valeur leurs superstars.
On s’incline 13–7.
4è partie: Express, Montréal, QC (15è)
Avec notre fiche de 1–2 lors de la phase de pool, nous sommes donc exclus du top 8. Nous n’atteindrons pas notre objectif.
On doit donc s’ajuster et en définit un nouveau: Démontrer à nous-même que nous étions de calibre pour le top 8. En dominant nos trois dernières parties et en obtenant la 9è position.
Ainsi, on attaque notre première partie contre l’Express. Nous avons de la misère avec le vent qui pousse de côté, mais pas plus que l’autre équipe. Ainsi, on échange les points jusqu’à 3–3.
Par contre, on ne veut pas continuer à jouer comme ça. Or, on réussit à s’y habituer et nous commençons notre domination. On remporte la partie par la marque de 13–4.
5è partie: St-Mary’s Huskies, Toronto, ON (11è)

On entame cette cinquième partie avec le momentum, fort de notre domination du dernier match. On veut commencer la prochaine partie du bon pied afin de partir fort.
Or, on commence le premier point en défensive, à la recherche d’un premier bris rapide.
Renaud Drouin fait le pull. Tous les joueurs courent à pleine vitesse afin de rejoindre leur joueur rapidement. On veut provoquer un revirement rapidement, se faire respecter.
Or, suite à quelques petites passes, le handler fait face à deux joueurs, Vincent Gagné et Philippe Turcotte. Rapidement, Philippe Turcotte remarque son erreur et tente de rattraper son joueur. Joueur qui, remarquant la situation, est parti immédiatement dans le fond, recherchant la passe longue.
Tout le momentum que nous avions crée était sur le point de s’éffondre simplement à cause d’une erreur d’inattention. Cela pouvait s’avérer le point tournant de la fin de semaine. Tout le monde voulait crucifier ce Philippe Turcotte. Tout le banc exprimait sa frustration. Même les entraîneurs.
Tous les entraîneurs, sauf deux. Car ces deux entraîneurs savaient que tout était prévu. Et de toute évidence, tout le monde a mordu.
Car nous avions un joueur de caché dans notre zone de but. Pour ceux qui connaissent le frisbee, il s’agissait d’un snake in the grass. Le but étant de provoquer une passe longue où, dans notre cas, un Philippe Garand attendait dans la zone de but afin d’aller chercher la défensive aisément.
Or, le tout s’est déroulé comme prévu. Par la suite, Philippe Garand est allé cherché le bookends, en allant chercher également le point à l’aide d’un bel attrapé en hauteur.
On a eu l’effet escompté. Avec ce jeu, on a commencé la partie en lion et on n’a jamais regardé en arrière par la suite. On remporte la partie 13–5.
6è partie: Woodroffe Tigers, Ottawa, ON (14è)
Cette équipe, étant préclassé 14è, ont vécu un beau parcours. Ils allaient battre leur préclassement d’au moins 4 positions au terme de cette partie.
En début de partie, on remarque rapidement qu’ils ont un joueur très dominant. Il sait bien lancer, il se démarque bien.
Par contre, c’était bien le seul joueur sur qui ils avaient l’avantage. Car avec notre profondeur, nos autres joueurs étaient de loin supérieur à leur adversaire.
Nous échangeons les points au début, faisant face à plusieurs zones. Cela nécessite nécessairement du temps d’adaptation de part et d’autres. À un certain point, c’était 4–4.
Par contre, ce joueur dominant jouait tous les points et un moment donné, les belles choses ont une fin. Il commence à faire plusieurs erreurs non provoquées.
Cela mènera à la fin de leurs chances face à notre équipe. On domine le reste de la partie pour l’emporter 10–7.
Conclusion du tournoi

Personne n’est sorti de ce tournoi avec de la satisfaction. Car notre objectif était un top 8. En terminant facilement 9è, nous avons prouvé que nous aurions pu faire mieux.
Or, cela représente la meilleure performance pour une équipe sherbrookoise, voire québécoise. Cette insatisfaction envers ce résultat, malgré des blessures importantes et un pool fort, prouve que notre groupe était spécial. Parce que compte tenu des circonstances, aucune équipe québécoise n’aurait tenu tête à ces équipes comme on l’a fait.
On termine le tournoi avec une fiche de 4 victoires et 2 défaites.
Une de ces deux défaites était contre les favoris du tournoi. Équipe qui a fini 2è. Ils ont donc perdu seulement contre les gagnants du tournoi.
L’autre défaite, c’était contre l’équipe qui a fini 5è. Cette équipe s’est faite éliminée en quart de finale par les éventuels champions. Ainsi, leurs seules défaites n’ont été que contre les médaillés d’or et d’argent. Ils ont remporté leur 5è place par la marque de 12–5. Ce n’était pas une mauvaise équipe.
Perdre contre ces 2 équipes, ce n’est pas décevant. C’est légèrement insatisfaisant car ça nous a sorti de notre objectif, mais lorsqu’on remet le tout en perspective, notre performance est plus que satisfaisante.
Car oui, on y était pour gagner. Au fond de nous, on espérait une médaille. Mais au bout du compte, lorsque l’on a créé ce groupe de joueur, c’était pour les amener à un plus haut niveau. De bien performer à ce tournoi aurait été un bonus, mais d’être insatisfait d’avoir perdu contre deux équipes top 5, c’est une preuve que cette édition des Barons du Séminaire de Sherbrooke était spéciale.

Cette fois-ci, c’est vrai. Je ne coacherai plus les Barons.
J’ose espérer que mon passage ne sera pas passé inaperçu. J’ose également espérer que ces valeurs que j’ai véhiculé ne passeront pas inaperçu non plus.
Ces valeurs qui disent que ces joueurs doivent aimer ce sport avant de performer. Que ces jeunes doivent apprendre à se développer par eux-même, sur leur temps libre afin de devenir dominant. Que s’ils ne sont pas passionnés, ça n’arrivera pas.
Parce que oui, je les ai encadré. Oui, je les ai entraîné. Mais c’est eux qui ont décidé d’être dominants. C’est eux qui y ont mis le temps. Ce n’est pas avec 3 heures de pratique par semaine qu’ils ont appris. C’est en se lançant avec des amis, en visionnant des vidéos en ligne, en y pensant avant d’aller se coucher.
C’est à l’extérieur du terrain qu’on apprend. Parce que le ultimate n’est pas qu’un sport, c’est un style de vie.

Je n’ai rien fait au final. Je n’ai fait qu’éveiller une passion.
