Demain, votre santé, meilleure et moins chère, mais …

C’est probablement dans le domaine de la santé que la révolution numérique est porteuse des plus grands espoirs.

Vie plus longue, réduction des souffrances, détection précoce des maladies, baisse des coûts des soins, disparition du cancer, du sida et bien d’autres maux qui nous font trembler aujourd’hui… Aussi incroyable que cela puisse paraître, tout cela est raisonnablement envisageable dans seulement quelques années !

Bien sûr, il y a un revers de la médaille, nous allons en parler mais beaucoup d’éléments permettent d’être optimiste.

Les 2/3 des Français considèrent la santé comme leur préoccupation principale, statistiquement, ils y accordent donc autant d’importance qu’à leur pouvoir d’achat.

Mais ils ne sont pas aveugles : le système actuel est dépassé, inégalitaire, la prévention des maladies y fait figure de parent pauvre, tout cela pour un coût faramineux.
 C’est dans des solutions radicalement nouvelles que se trouve l’avenir de notre système de santé : il est inutile et suicidaire de chercher à prolonger des solutions perdantes.

Dans le domaine de la santé high-tech, à l’inverse chaque jour est porteur d’une bonne nouvelle : on voit naître régulièrement des « jeunes pousses », qui apportent des solutions moins chères et plus rapides à des problèmes que l’approche classique ne sait plus régler.

Dans ses inquiétantes et brillantes conférences, le professeur Laurent Alexandre, évoque un incroyable futur: il cite par exemple le cas du praticien cancérologue qui a désormais à sa disposition de milliers d’informations chiffrées concernant la maladie de son patient alors même qu’il ne peut lui consacrer que 20 minutes de consultation.
 Comment imaginer que ce praticien à l’ancienne, tout brillant soit-il, aura une capacité d’analyse et de synthèse suffisante pour exploiter la richesse infinie de ces données et formuler un diagnostic fiable et précis… Seule l’intelligence artificielle comme celle d’un Watson d’IBM est capable d’une telle prouesse.
 Exactement comme un ordinateur est désormais plus fiable que le meilleur des pilotes pour faire atterrir un avion de ligne, de plus en plus, la machine s’avère être bien meilleure médecin que l’homme. Savons-nous que de très nombreuses opérations chirurgicales sont effectuées par des robots intégralement pilotés par une intelligence non humaine, avec une efficacité croissance et des séquelles de plus en plus réduites ?

S’il fallait une preuve de la puissance des nouvelles technologies et leur capacité à bouleverser notre vie, citons le séquençage ADN, cartographie exacte de toutes les informations dont l’organisme a besoin pour bien fonctionner.
 Ce bilan dont le prix était de 3 milliards de dollars en 2003, ne coute plus que 129$ aujourd’hui…

Quel est l’intérêt ?

La description complète de notre ADN individuel n’a pas grande valeur en soi, mais elle prend tout son sens lorsqu’on la compare avec celui de milliards d’autres humains. Les savants peuvent alors déterminer par différence les faiblesses d’un organisme, ses risques de tomber malade, et ce, même bien avant que le patient ne s’en rende compte !

Imaginons un instant ce que cela représente : par exemple, en identifiant quelques rares nouvelles cellules cancéreuses à l’intérieur d’un organisme, on pourrait les détruire bien avant le démarrage d’un processus mortel et ce, tout en continuant de vivre normalement !

C’est précisément l’ambition de GoogleX qui nous fera avaler une pilule composée de nanoparticules capables de détecter dans notre corps les premiers signes du cancer. Les résultats de cette surveillance permanente seront disponibles via un simple bracelet électronique. Qui a dit révolutionnaire ?

La comparaison de notre ADN avec une gigantesque base de données mondiale ouvre des champs infinis d’applications : diagnostic prénatal, ciblage des soins, meilleure connaissance des maladies et de leur développement, mais également, utilisation criminalistique et mille autres choses que l’on n’a pas encore imaginées…

Et que dire du CRISPR de notre compatriote Emmanuelle Charpentier qui permet d’effectuer grâce à une technologie peut coûteuse, des manipulations de gènes avec une simplicité jamais vue…

Les nanotechnologies qui utilisent des médicaments et des outils de l’épaisseur du cheveu, injectés dans notre corps ne seront pas en reste : on guérit, non plus en traitant le corps entier, mais en soignant avec une précision microscopique l’endroit malade.
 Osons dire que demain on traitera sans doute rapidement et sans séquelles des pathologies lourdes !

Et l’éthique dans tout cela ?

On comprend à la lecture, que ces procédés impliquent une vision radicalement différente de notre manière de voir la vie, ou la longévité. Ils impliquent une manière nouvelle d’appréhender notre propre corps, notre survie, nos capacités physiques (éventuellement multipliées par la puissance des exosquelettes) et sportives etc.

Que restera-t-il de la famille traditionnelle, face aux insondables possibilités de choix offertes aux nouveaux parents ?

Ce n’est pas demain, mais bien en 2013 qu’un service parisien réputé de génétique médicale a reçu la visite d’un élève de l’Ecole Normale supérieure qui voulait passer un test pour connaître son risque d’être le père d’un enfant trisomique … rien que de bien normal…
 Son mobile l’était moins : il venait en réalité consulter à la demande de sa « cliente », une américaine fortunée rencontrée sur internet, désireuse d’acheter son sperme afin de mettre au monde un enfant plus intelligent que les autres.

Rien d’étonnant quand on sait qu’il existe des sites permettant de faire ce genre d’emplettes sur catalogue.

Au nom de la déontologie, l’étudiant a essuyé un refus, (d’autant plus motivé, qu’il voulait faire financer ce test par la sécurité sociale). Mais combien de temps faudra-t-il pour que ce genre de barrières morales soient levées ?

On peut citer d’innombrables exemples de l’évolution ultra rapide des mentalités : il n’y a pas si longtemps, une mère qui décidait d’interrompre sa grossesse alors qu’elle attendait un enfant trisomique se trouvait devant un lourd choix moral et elle devait bien souvent faire face à la désapprobation de son entourage. 
 Alors qu’aujourd’hui à peine quelques années plus tard, 96 % des enfants trisomiques détectés avant la naissance ne voient jamais le jour. Et pourtant ce changement radical n’a finalement pas suscité grande émotion chez nos contemporains.

Alors, sommes-nous à la veille d’une immense dérive eugéniste ?
 Quelle est l’autorité politico-morale qui décidera demain du sort des enfants porteurs d’une maladie que l’on sait détecter mais pas encore soigner ? 
 Comment pourra-t-on empêcher les parents d’utiliser tous les moyens aisément disponibles sur catalogue pour avoir des enfants en meilleure santé, plus intelligents, plus beaux ?

Les générations futures supporteront-elles de continuer de vivre en sachant qu’un cancer grave ou une maladie d’Alzheimer précoce les guette ?

Pensons au cas d’Angélina Jolie, cette actrice américaine qui a préféré l’ablation de ses seins au risque d’affronter une maladie génétique probable. Qu’allons-nous faire au moment où ce genre de solution devient viable ?

Nous avons vu que notre ADN, notre dossier médical, la totalité des caractéristiques physiques qui font de nous un être unique n’ont de valeur que si l’on peut les comparer. La création d’une indispensable base de données géante (Big data) est une réalité depuis quelques années, elle va grandir de manière exponentielle, c’est inévitable.
 Mais que penser des géants de l’informatique, principalement américains qui détiennent ces données, et qui nous connaissent ainsi mieux que personne. On imagine aisément les innombrables tentations de pressions, d’indiscrétion, et de manipulation que cela implique.

Parlons l’exemple des compagnies d’assurances.
 Pour améliorer leurs performances financières, elles ont depuis toujours le besoin incontournable de connaître intimement les risques que représentent leurs clients, et pour cela quoi de mieux que de comparer leur ADN, combien de temps pourrons nous refuser de livrer ces données à nos assureurs ?

Au mieux il existera demain 2 types d’assurés : ceux payant très cher parce qu’ils refusent que l’on accède à leur ADN, et les autres dont les primes annuelles seront infiniment moins élevées. 
 Cette disparition d’une grande partie des aléas de santé permettra sans aucun doute de baisser le montant de nos primes. Mais qu’arrivera-t-il à ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un patrimoine génétique irréprochable ?

En réalité si l’on prolonge le trait, on peut se demander quel avenir pourrait bien avoir le système de l’assurance classique lui-même : encore un pan entier de l’économie dont l’avenir semble hasardeux. (Et ce, sans même évoquer les smart-contracts qui via la blockchain, menacent les emplois de la plupart des acteurs du secteur…)

Bien soigné, bien assuré, bien référencé dans les bases de données des chercheurs, l’homme de demain va vivre longtemps, très longtemps même. 
 Pourquoi pas 300 ou 400 ans comme l’envisagent Google et certains visionnaires ?

Quel cauchemar pour le législateur, pour les notaires, pour les héritiers… puisque, lassé de son corps vieillissant, l’homme pourra bientôt en changer, a moins qu’il ne préfère transférer le contenu de son cerveau sur un ordinateur comme le propose le Human Brain Project

Alors, quel est le rôle du législateur dans tout cela, quelle est la vision politique que nous devons proposer ?
 L’habitude de légiférer a priori a du plomb dans l’aile : comment en effet construire un cadre légal pour des techniques tous les jours plus complexes.

Par contre, les Français eux (pour autant que cette réflexion reste hexagonale, ce dont on peut douter…) attendent de ceux qui les dirigent une vision prospective, des cadres, des limites rassurantes face à l’exubérance créative et technologique.

Il sera bientôt nécessaire d’adapter les piliers de nos lois, en particulier l’acte fondateur des droits de l’homme, à la nouvelle définition d’un être humain mutant et presque éternel.
 On pourrait, pour ce faire, s’inspirer du cheminement intellectuel d’un Isaac Asimov qui, dès 1967 posa des limites indépassables aux droits des robots. On poserait ainsi les fondements des limites que la science ne doit pas dépasser sous peine de de voir des machines détruire l’espèce humaine menacée comme le craignent en chœur Bill Gates, Elon Musk et Robert Hawkins.

S’il est trop tôt pour établir le cadre législatif du nouveau monde qui nous attend, il est d’actualité de sensibiliser les Français à ces enjeux.
 Vaste programme lorsque l’on sait que les gouvernements successifs s’empressent d’injecter des milliards dans des modèles économiques moribonds au moment même où des chercheurs d’avenir ont bien du mal à trouver des financements en France.

La santé est le domaine, porteur d’innombrables espoirs, dans lequel le numérique aura l’impact le plus spectaculaire dans des délais très brefs. Il y a donc urgence à proposer une vraie vision politique.

C’est seulement lorsque nous aurons tous réalisé ce qui nous attend que nous pourrons entamer une réflexion constructive : il ne s’agit de rien de moins que de créer et d’imposer les nouvelles règles du jeu.
 Elles vont entraîner un bouleversement total des rapports humains et détermineront tout simplement la survie de l’humanité telle que nous la connaissons.
 Cela mérite un peu de travail, non ?

Hubert de la Raudière

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