L’heure du choix (par défaut)

Certes, la première puissance mondiale a fait le choix de revenir 70 ans en arrière en élisant un candidat xénophobe. Mais voter à l’extrême droite pour le seul motif de "renverser la table" a des conséquences irréparables — il n’y a qu’à se rappeler de la première semaine de Trump dans ses nouvelles fonctions.

"Renverser la table" dans les urnes en cédant à la tentation de l’extrême droite, c’est lui donner l’opportunité de vraiment appliquer son programme. Et se dire : "ça ira quand même, c’est 5 ans à passer", c’est avoir des oeillères et fuir la responsabilité de son choix.

Voter Front National, c’est cracher à la gueule des tes potes Momo, Karim, Elie, Aziza ou Sharon avec qui tu fais la fête le weekend dans une insouciance la plus totale, sans te demander par quels ressorts de l’Histoire ils sont aujourd’hui tes amis, avec qui tu as grandi. Tu les aimes, ils sont là, et ça te paraît tout à fait normal.

Voter Front National, c'est planter un couteau dans le dos de tes amis Florent et Julien, ou Elodie et Jess, qui se sont mariés dernièrement. T'aimes peut-être pas "ça", mais le jour où ton fils te ramènera Simon, qu'il aime de tout son coeur, ça m'étonnerait que tu ne veuilles pas qu'il soit aussi épanoui que toi, quelle que soit sa sexualité. Donner les mêmes droits aux autres n'entrave pas les tiens.

Voter Front National, c’est faire un doigt d’honneur aux familles qui fuient la guerre. Imagine que tu n’es pas en sécurité à chaque fois que tu rentres chez toi, si tant est que ta maison, ton appartement, ne soit pas déjà en partie détruit. Imagine que tu as enterré, en 3 mois, ton frère, ta mère, et que tu ne retrouves pas le corps de ton grand père, écrasé par son immeuble. Imagine que ton fils meure dans d’atroces souffrances parce qu’il a inhalé du gaz toxique. Imagine que ta fille est entre la vie et la mort, parce que des médecins du monde entier, venus l’aider, sont bombardés eux aussi. Imagine que tu ne puisses plus dormir sereinement. Quand je dis “imagine”, j’aimerais que tu fermes les yeux, et que tu te mettes en situation, vraiment. Maintenant, ose me dire que tu ne ferais pas tout pour fuir ces atrocités, en quête non pas de bonheur, mais simplement d’une vie normale, ailleurs. Où que ce soit. Quitte à embarquer sur un frêle canoë pour traverser la Méditerranée, en sachant que des milliers de personnes avant toi y ont laissé la vie.

Voter Front National, c'est piétiner la mémoire des pères fondateurs de l'Europe dont l'esprit de communion, la volonté de vivre-ensemble, transposés des décennies plus tard, font qu'aujourd'hui tu peux prendre ta caisse et passer 10 jours, 1 mois en Andalousie ou dans les Balkans, navigant sans souci d'un pays à l'autre, et ainsi faire la connaissance de voisins merveilleux. N'est ce pas là la définition de la liberté ?

Voter Front National, c’est dire à une femme violée que l’enfant qu’elle porte désormais, il va falloir l’éduquer, mettant de côté la haine qu’elle voue à cet homme à qui il n’a fallu que quelques minutes pour faire de sa vie un enfer. Là encore, pense à ta mère, ta soeur. Imagine vraiment la situation. Dis moi maintenant que cette image ne te hante pas, que ce bébé tu vas l’aimer et que l’IVG, c’est du confort. Je ne sais pas toi mais moi, là, j’ai plutôt envie de remercier Simone Veil.

Voter Front National, c’est soutenir le fascisme, le racisme, l’antisémitisme, l’intolérance, l’homophobie ou la xénophobie. Et cela ne se combat pas dans la rue, pancarte à la main.

Cher électeur tenté par le Front National : ton bulletin reste effectivement secret (et libre à toi de nier ensuite), mais sache que si tu glisses Marine Le Pen dans la petite enveloppe, on n’a rien à se dire ; tu aspires à une société que j’exècre. Pense aux conséquences de tes actes et surtout, assume tes responsabilités.

1942 : l’extrême droite a "la solution" ;
2017 : l’extrême droite est la solution ?