Débat(s), Facebook, Israël-Palestine

A tous mes amis Facebook qui se sont lancés dans l’énième ritournelle d’un sujet qui n’en finit pas (Israël-Palestine), à l’occasion d’un énième cycle guerrier (opération Bordure protectrice, initiée en réponse aux incessants tirs de roquettes du Hamas et à l’assassinat de sang froid de trois jeunes Israéliens, qui fut suivi de l’horrible meurtre d’un jeune palestinien), dans un contexte qui bien souvent — tout le temps, nous autres qui sommes extérieurs au conflit — nous dépasse (objectif sécuritaire et de survie du côté israélien, conditions matérielles et de niveau de vie du côté palestinien, vengeance et haine à l’occasion de faits divers sordides, de provocations et menaces palestiniennes et de brimades israéliennes), moi qui voulais participer au débat, un débat que l’on ne voudrait que constructif et qui finalement tourne à l’affrontement passionné, chiffres (contre chiffres) et images (contre images) à l’appui, eh bien moi je vais juste commenter vos commentaires. Avant de pérorer sur ce que font des gens dont la vie est bien différente de la vôtre, prenez conscience que répondre du tac au tac, s’énerver, s’insulter, se flatter en public pour mieux se rendre la pareille, user de l’ironie, moquer son adversaire, partir dans le lyrisme, bref toutes les stratégies rhétoriques que vous utilisez pour vous valoriser, vous et votre soi-disant idéal, elles sont nulles à chier. Heureusement que par-ci, par-là, j’ai pu voir des commentaires moins affligeants et quelque peu intelligents, des réponses à des exagérations ou des omissions, des idées et faits que je ne connaissais pas et qui enrichissent ma connaissance du sujet, sujet passionnant, passionnel et terrible s’il en est d’ailleurs. Sachez que le vrai et le meilleur des soutiens qu’un « pro-Palestinien » ou « pro-Israélien » puisse apporter, bah c’est la connaissance du sujet, et ensuite l’action. Ce n’est pas en attisant les braises qu’on éteint les flammes, surtout si l’on pense avoir le dernier mot, car sur ce sujet, on ne l’a jamais, et ien a eu des coms lâchés du style : « je dis ça, je dis rien, je me retire du débat » après avoir apporté ma pierre à l’édifice, ou plutôt lancé mon caillou.

Quand on parle du loup… Un peu d’histoire vaut mieux que de l’actualité, pour envisager le futur. Bien sûr faut être alerte, mais prenons du recul, et si chaque jour nous apporte son lot de roquettes, raids, morts, blessés, faut prendre du recul. S’il nous faut penser au futur, c’est-à-dire deux Etats en paix, souverains, aux limites bien définies, dans un Moyen-Orient lui aussi apaisé et pacifié (ça c’est bien plus chaud), il ne faut pour autant pas tomber dans la haine, le débat où l’on cherche à l’emporter à tout prix et à faire le héros, le soutien aveugle, le en-veux-tu-en-voilà, le ‪#‎hashtag‬ à gogo, les likes à foison pour tout ce qui va plus-ou-moins dans le sens de ton opinion. C’est bien de discuter, débattre, attirer l’attention là où ça fait mal, mais là ça tourne au café du commerce géant, et j’ai moi-même juste commenté deux publications qui m’ont semblé faire assez peu de cas de l’esprit critique, ne voulant pas rajouter de l’eau au moulin. J’écris, mais bon finalement je me retiens de cliquer sur Entrée. Certes là j’écris, mais je ne me prendrai pas à votre jeu. Il se peut que je prenne position, j’utilise des exemples, mais je veux vivifier mon propos, qui est que vous en preniez de la graine. Prenez du recul, ayez conscience de votre parti pris, surtout ceux qui osent utiliser l’argumentaire et le lexique de l’universalité, du droit et de la morale pour mieux justifier les positions les plus atroces (terrorisme du Hamas, appel à la violence gratuite et au meurtre contre des « FDP » juifs et musulmans) et lourdes de conséquences néfastes (colonisation de la Cisjordanie, et obstruction au droit à une vie décente). Si t’es vraiment pour la paix, tu mets sur un pied d’égalité les excès et les belles prises d’initiatives des deux camps, tu mets en ligne des photos tant des bombardements sur Gaza que des salves de roquettes sur l’Etat hébreu. Trop d’arguments de base, creusez.

Sur le terrain, les gens sont tous beaucoup plus mobilisés que vous, car étant en première ligne, que ce soit en combattant l’autre, ou en combattant pour la paix. Il y a par exemple une forte mouvance pacifiste en Israël, qui diverge des intérêts d’un gouvernement trop ferme et obtus qui fait la sourde oreille aux réclamations de l’Autorité palestinienne ou des Nations Unies, ou encore des passions des ultras. En Palestine, rares sont les voix qui osent s’élever contre le Hamas, mais elles n’en pensent pas moins, et de la politique israélienne actuelle, et du totalitarisme du Hamas. La différence entre ces différentes catégories de personnes étant l’éducation, le degré de conditionnement et la capacité à s’en émanciper, première étape pour préparer la paix. J’ai vu des photos d’enfants palestiniens qui célèbrent la mort d’Israéliens ou défilent en tenue militaire ; j’en ai vues, mais je suis sûr que l’inverse existe, et que je n’en ai jamais vu juste du fait que je n’ai pas les « bonnes » — en fait mauvaises — amitiés Facebook pour les voir. Moi je ne m’y connais pas encore assez, excepté le fait que j’ai beaucoup appris des conneries vues sur Facebook, j’espère que je pourrais me forger une opinion sur laquelle fonder mon engagement pro-paix, et je vais me mettre à la lecture d’ouvrages, des journaux locaux, pour suivre, comprendre, analyser. Je vous conseille de faire de même, à vos devoirs de vacances et ciao les claviers. Soyons tous Israéliens, Palestiniens, mais soyons-le intelligemment, seule condition de coexistence et de coidentité. Le vrai héros, c’est pas forcément le militaire, l’orateur, c’est celui qui pense au-delà. Indignons-nous contre ces Indignés de la bonne heure.

Et si pro-Palestinien = pro-Israélien = pro-peace ? Au lieu de nous affronter, construisons.

Peace

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