La chance d’Hollande

Celui que je considérais comme le président par défaut, malgré lui, sans charisme, « Monsieur 3% » élu sur fond d’anti-sarkozysme primaire fait face au plus grand record d’impopularité atteint par un président de la Vème. Tant mieux pour lui, on n’est à peine en 2015. Lui qui s’est fait cracher dessus, qui a passé outre et continué son chemin. Lui, pas le meilleur de tous, mais qui a quand même réussi dans la poursuite de l’ambition suprême. Hollande est méprisé par beaucoup, détesté par d’autres (cf. le mariage et la manif pour tous), tandis que nombreux sont ceux qui haïssent son prédécesseur et potentiel successeur. François II a plus d’un tour dans son sac. A lui de décocher les bonnes flèches.

Menaces ou opportunités?

2015, une année charnière, cela signifie: conférence de Paris sur le climat à la fin de l’année avec possibilité de faire oublier l’échec de Copenhague et le demi-succès/respect de Kyoto. Sortir de l’instant pour dessiner le futur, en plus ça ne lui coûtera rien en termes électoraux, c’est tout bénéf. C’est aussi une année de plus dans la chronologie d’une crise qui n’en finit pas, malgré des petits hauts, et beaucoup de bas. Sortir d’une double crise: celle de l’euro et l’austérité. Peut-être surfer sur une reprise mondiale. Les électeurs auront la mémoire courte: il suffit d’une reprise en 2015–2016 pour que change la donne et la perception de ses résultats économiques. « A pessimist sees the difficulty in every opportunity; an optimist sees the opportunity in every difficulty. » disait Churchill. Une difficulté n’est pas forcément une menace, mais c’est toujours une opportunité. A ce compte-là nous sommes très bien pourvus. La crise est une opportunité pour en sortir d’abord (!), mais surtout pour changer de modèle: peut-être pas tant au niveau économique qu’au niveau de l’intégration européenne. L’Europe est la seule chance de la France de survivre. « L’Europe! L’Europe! L’Europe! » scandait De Gaulle. Parenthèse: on n’a jamais été aussi bien que maintenant, même si c’est la merde. Il y a encore fort à faire pour améliorer tout ça. Les Eurosceptiques ont le vent en poupe; ils ne savent pas que la France est plus forte avec l’Europe, ne serait-ce que parce que le processus de désintégration serait catastrophique, et pas qu’à court terme. A l’agenda hollandiste devrait s’inscrire la tâche de restaurer le lien social, car le climat est bien malsain (entre autres, l’affaire Dieudonné et la montée de l’extrême-droite), et la majorité de la société marginalisée par les excès très médiatiques de ceux qui devraient être ses marginaux.

Réformes toujours, enfin maintenant

Il faudra par ailleurs faire ce que chaque homme politique en campagne promet — des réformes — et ce qu’aucun ne fait totalement et bien — réformer. De ce point de vue-là, Hollande peut compter sur Valls, qui à coup sûr, en plus de son envie présidentielle, nourrit l’ambition d’être un vrai réformateur, ce qui fait rentrer un homme dans l’Olympe, le Panthéon et l’Histoire. Pour mener à bien ces réformes courageuses, ces deux-là compteront sur un dernier larron, j’ai nommé Emmanuel, le mec derrière la Macron-économie (s’il y en a une?). Lui sera-t-il un gauchiste libéral comme tant d’autres avant lui, qui calquera ses mesures sur les pas d’un Blair ou d’un Clinton? Encore un énarque trop intelligent et éloigné de la réalité du cambouis ? Nous avons besoin de mesures courage, de bon sens, ce genre de mesures qui restent mais qui coûtent en termes de popularité, car elles s’attaquent aux privilèges acquis et aux rentes de métiers. Dès lors, soit Hollande baisse encore dans les sondages et s’en navre, soit il baisse encore dans les sondages mais garde (et se crée) un cap. Il est bon qu’il se concentre sur son mandat, avant que de se convertir en candidat: qu’il le fasse, et il sera d’autant plus critiqué. Qu’il ne se représente pas, étant donné l’état actuel des choses et les estimations des politologues du dimanche, serait une sortie dans l’honneur, ou du moins par la moins petite des portes. Inédite, cette décision serait sage (on en jugera le moment venu). En attendant, pas besoin de mettre en branle la machine électorale, laisser Valls garder espoir, mais pas trop. Ce même Valls, l’homme qu’il faut pour une politique forte et consensuelle à la fois, ce fiancé de la France.

Analyse externe

L’UMP: Juppé est populaire maintenant et « devrait être le prochain président de la République ». Ouais, il devrait l’être: carrure, expérience… Convaincu(e)s? Fillon et Copé sont cramés pour l’instant. Sarkozy en fin de compte, malgré les X affaires qui le suivent. Sarkozy ne vaut pas mieux que le faussement normal Hollande aux yeux de l’opinion, mais il a de vrais inconditionnels, des forcenés de la dernière heure, des fidèles parmi les fidèles, comme aucun autre. Qui plus est, c’est un tueur qui a fait sienne la mythique devise de Terminator: « I’ll be back ».

Le FN: Marine elle parle, elle parle, elle gueule. Le problème avec les gens qui luttent contre un système, ici l’UMPS, c’est qu’ils en font partie intégrante, c’est leur fonds de commerce. Pis, elle a les mêmes travers que les autres « pourris ». Enfin, avoir le vent en poupe maintenant, c’est pas top, c’est trop tôt.

A gauche de la gauche: les critiques contre Hollande de la part du NPA ou du Front de Gauche se tairont vite. Si on se met à leur place, mieux vaut un socialo qu’un gars de droite, sauf à être vraiment con. Mélenchon? Est déjà retombé comme un soufflé.

Tierces-sujets

Julie Gayet? Franchement on s’en fout. Valérie Trierweiler et Merci pour ce moment? Encore plus: opportunisme et vengeance sur fond d’anecdotes peu croustillantes. Le bashing sur des thèmes triviaux, de comportements (certes peu nobles) ont coûté et compté pour une bonne partie de la défaite de Sarko et celle (hypothétique) d’Hollande. Les « sans-dents »? On doit faire avec des politiciens, mais on aura toujours affaire à des politiciens : comprendre une classe politique assez éloignée de la réalité, de la vie de tous les jours, des galères, de l’entreprise… Caste qui, à sa décharge, doit s’occuper de tellement de sujets qu’elle ne peut vraiment s’affranchir d’une réalité du pouvoir lointaine des réalités quotidiennes. Ils ne peuvent pas tout savoir non plus, mais leur bulle ne doit pas les priver d’une juste appréciation de ce qui constitue la vie des concitoyens qu’ils sont censés représenter. Le problème ici c’est le fait que cet éloignement dure une vie entière pour des gens dont le métier est la politique.

Enfin, point bonus: obtention de JO, d’une Coupe du Monde… Ou bien une petite, mais néanmoins réelle victoire à l’étranger sur le champ de bataille des relations internationales: Mali, RDC, EI, Russie… Ce qui paraît peu probable.

Le phénix?

Bref, on n’est que fin 2014-début 2015. N’enterrez pas Hollande, si c’est votre souhait et votre intention, au risque de le déterrer trop vite. Lui faire dire « Au revoir » ne sera pas une formalité.

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