Pause philo/politique


Avant de commencer, on se met sous la logique générationnelle.
En Tunisie, et ailleurs, un déphasage générationnel est en place dans les mécanismes de gouvernance (pouvoir/autorité/gouvernement …). Des vieux, formés à des systèmes d’approche caduques par un temps qui avance à triple vitesse, continuent de maintenir solidement sous les mains les rouages des machines de la vie de chacun. En 2011, ce maintien a pris en plein coeur une secousse lourde et inattendue. Les enfants de ma génération ont commencé à poser avec de nouveaux termes, de nouvelles questions. L’enjeu a été pour les vieux de se maintenir, quitte à détruire les gens et bloquer les machineries. Entre temps, le déphasage leur a fait vivre un “temps virtuel” dans lequel ils ont pu commencer à régler leurs problèmes, restés gelés depuis 30 ans. Ces vieux ont l’argument de l’assurance : ce qu’on connait, ce qu’on a l’habitude de voir plutôt nous conditionne. Et ces vieux ont passé trop de temps à répéter les mêmes choses, se monopolisant la parole et l’image pour longtemps. Ceci ne peut rester sans trace.
En de telles circonstances, la génération à laquelle j’appartiens, peut se prétendre à une véritable révolution si jamais elle s’accepte la tâche nécessaire pour la transition de l’ancienne logique (celle des vieux, et leurs systèmes d’approche) vers une nouvelle logique de gouvernance. Le temps que durerait le combat d’écorchement des vieux peut être un peu plus long que prévu. Et verrait les enfants de ma génération naviguer d’âge entre les 40 et 50. Notre génération se doit dés maintenant de réunir les deux éléments de force des deux générations en conflit : de la vieillesse elle doit apprendre la sagesse, et de la jeunesse elle doit garder l’audace et la témérité. Ces deux éléments se réunissent dans l’acte du sacrifice. Sacrifice générationnel nécessaire pour pouvoir vraiment espérer un changement et sociétal, et humain. A l’âge ou la bataille contre l’ancienne génération commencera à donner ses fruits, clairs et visibles par tous, c’est le temps qui nous aurait gagné. Et on devra renoncer aux tentations de l’exercice de pouvoir, et autres, pour passer le flambeau à la génération qui nous suit pour continuer à bâtir le pays. N’ayant pas trouvé qui croit en nous, parmi les vieux, nous devrons être la leçon pour nos cadets en croyant en eux, même si leur expérience nous semble “pauvre”. Il se peut que la richesse de leurs possibilités soit là.
Ainsi, d’un ordre anthropologique, on aurait fait une révolution, en détrônant le Père, comme modèle et “Idéal” d’Autorité, pour le remplacer par “le Frère et la Soeur”, plus proches et plus humanisables.