Si j’avais un marteau

Depuis quelques mois j’ai pris beaucoup de recul par rapport à internet. Beaucoup, oui et non: je vérifie ma boîte mail chaque jour, je balaie mon fil twitter en diagonale, et de temps en temps poste quelques photos sur Facebook, valide mes demandes d’ajouts à mon compte LinkedIn.

Mais je ne suis plus dessus tout le temps. En arrêt de travail et donc loin de celui-ci, qui m’oblige par sa fonction même, à être en permanence connecté, travaillant pour un e-commerce. Et je commence à prendre du recul par rapport à ce “second life”, cet autre monde, qui fait parti du notre maintenant.

Je n’ai jamais été un précurseur du web, j’ai, comme beaucoup, aimé cette liberté que semblait apporter le net il y a plus de 10 ans maintenant: le haut-débit, les images pornos, les films et morceaux de musiques “gratuits” grace à Napster, Kazaa, eMule… et puis j’en suis revenu.

Je téléchargeais illégalement des milliers de morceaux de musiques que je ne prenais presque plus le temps d’écouter parce-que j’en avais encore plein d’autres à télécharger, tout comme ces films introuvables qu’il fallait attendre après un mois de téléchargement sur Kazaa, tout ça pour regarder un délire filmique comme “What a Flash”, vieux film des années 70 dans lequel Jean-Pierre Coffe fait une apparition en espèce de gourou perché (si si il existe ce film).

Et puis je me rendais compte que mon disque dur (DD) ne suffisait plus, alors je cherchais des DD annexes, pour pouvoir accumuler encore des milliers de fichiers qui, pour la plupart, ne seraient jamais écoutés ou vus parce-que je n’avais pas le temps, ou que je ne le prenais pas.

Alors j’ai calmé le jeu. J’ai racheté des vinyls, des CD, des livres, en papier, racheté des DVD, dans des petites boutiques pas chères. Et j’écoutais, je lisais et je regardais. Comme si le trop plein du web m’avait fait oublier ce que j’aimais au final: j’aime qu’un morceau de musique me fasse pleurer, danser, qu’un livre me sorte de ma vie le temps de ses quelques centaines de pages, ou qu’un film me fasse passer une belle soirée en le partageant avec mes enfants, ma famille, et pas seulement avec mon casque sur les oreilles devant mon mac.

Mais je n’ai pas occulté internet pour autant, c’est juste que cet éloignement de la “bête” m’a fait prendre conscience de ce qu’elle devrait être et ce qu’elle était au départ à mon avis: une très belle invention, la roue de notre époque.

Mais la roue n’est pas une fin en soi, je ne me vois pas passer mon temps à faire tourner une roue toute la journée, ou 8h par jours.

Et je me prends à imaginer ce que j’aimerai faire et je vais prendre un exemple très concrêt, aussi simple soit-il, qui résume assez bien mon idée de ce que devrait être mon rapport à internet.

J’ai fait l’acquisition il y quelques jours de deux vieux fauteuils qu’un ami ne voulait plus. Une fois à la maison, je savais qu’il allait falloir leur redonner un petit coup de jeune: colle à bois pour l’un pour consolider sa structure, et surtout refaire les assises et les dossiers, pour avoir deux beaux fauteuils.

Et je ne me suis pas tourné tout de suite vers le net, en cherchant qui pourrait me faire ça pas cher. Non, j’ai sorti les feuilles de papiers, et j’ai commencé à prendre des mesures pour la taille des nouvelles mousses de remplacement, créer les patrons des housses de coussins, et sorti mon nuancier pantone pour commencer à regarder des coloris.

Une fois tout ça fait, j’ai regardé sur le net si autour de chez moi j’avais des fournissieurs de mousse, des vendeurs de tissus d’ameublement et comparé les prix. J’ai trouvé ma mousse, via un e-commerce, pas cher mais fait en France et commande par téléphone. Pour le tissus j’ai découvert une boutique que je ne connaissais pas dans ma propre ville et je vais donc pouvoir aller voir ça de mes propres yeux. Alors que je sais pertinement que j’aurais certainement trouvé sur le net un site qui m’aurai proposé d’envoyer les fauteuils avec toutes mes condtions et qu’ils m’auraient fait ça très bien, mais ce n’était pas mon but, ou mon envie, je voulais prendre le temps de le faire et voir surtout si j’allais arriver à le faire.

Je vais donc me remettre à me servir de mes mains pour faire autre chose que de taper sur un clavier ou préparer des colis, mais fabriquer quelque chose. Et je me rends compte que j’aime vraiment ça, je me sens calme, concentré, ne serait-ce que monter de nouveaux pieds sur une chaise, ou un meuble Ikéa, j’ai toujours aimé ça, comme j’ai toujours aimé les surprises Kinder, il fallait monter quelque chose. Je me suis rendu compe que j’étais sûrement beaucoup plus manuel que ce que je ne pensais: peindre, poncer, visser, coudre, ça me semble presque logique. Et cette envie me trotte dans la tête depuis très longtemps: un petit atelier, retaper des meubles, sentir la sciure, le vernie, toucher le bois, les tissus, ce sont des sensations qui me plaisent.

Alors oui, comment concilier cette envie avec le web, c’est le souci: pas facile d’expédier un meuble et encore moins d’avoir envie d’en acheter un en ne voyant que des photos. Mais dans cette envie, Internet a cet avantage certain de pouvoir au moins me fournir un réseau de matières premières, d’idées, de contact qu’une petite boutique de quartier aura très difficilement.

Revenir aux mains, et moins à l’oeil et à l’écran, me faire mon mélange que j’espére intelligent entre la rapidité d’internet et le temps pris à travailler avec mes mains.

J’en arrive donc là: cette “nouvelle roue”, Internet, n’est qu’un bel outil et ne pas l’oublier, on n’a pas besoin d’avoir toujours un marteau sur soi.