VOYAGE AU PINETREE — BLOG

Avant que nous n’ayons eu le temps de descendre de la fourgonnette, Anna disparut hâtivement au volant de son engin tonitruant.

Elle nous avait déposé au plus vieux restaurant de l’île de Lord Howe, le Pinetree.

L’hôtesse nous indiqua que le diner n’était servi qu’à partir de 19h30. Qu’à cela ne tienne, nous étions en vacances et avions la soirée devant nous !

À 700 kilomètres des côtes australiennes, en plein pacifique, sur une île jonchée de palmiers et roches volcaniques, B. commandait du champagne et j’explorais avec délectation une institution vieillotte au beau milieu d’une palmeraie.

Des canapés en cuir ramollis par le temps meublaient un salon désuet, des murs jaunis sentaient encore le feu de cheminée, et des groupes de retraités discutaient en conciliabule de part et d’autres du lieu.

Plus loin, dans une alcôve, un billard éclairé d’un néon semblait n’attendre que nous. Promptement et pour ne pas me faire piquer la place par un sexagénaire acariâtre, j’étalais alors mes affaires et m’emparais d’une queue de billard accrochée sur le mur décrépit. Je marquais ainsi mon territoire vite fait et bien fait.

Et mon stratagème marchait à merveille, puisque personne n’était arrivé lorsque B. me rejoignit, enfin.

S’ensuivit une partie endiablée ! Scandée de coupettes et canapés proposés par un serveur à la fière moustache.

Lorsque plus tard, l’hôtesse vint nous chercher pour diner, la nuit était bien tombée et j’acceptais sans trop rechigner ma défaite au billard.

Assis à notre table, nous étions littéralement cernés par des toisons blanches et des crânes luisants. Tous semblaient être des habitués du lieu.

Peut-être s’étaient-ils rencontrés lors de cette fameuse expédition de scientifiques envoyés sur l’île dans les années 70 pour sauver les Woodhen en voie d’extinction ?

Personne ne savait mais tout ce que nous savions aujourd’hui, c’est que le houblon des boissons grisait tous ces joyeux et vieux lurons.

Les plats fins défilaient et nos papilles s’en donnaient à coeur joie ! Le service tranquille et professionnel nous présentait les plats avec des courbettes, mais nous servait dans des assiettes des plus ordinaires. Charmants détails qui s’accordaient avec merveille dans cet anachronique lieu.

Un peu plus tard, notre fier moustachu interrompit notre hilarité alcoolique pour nous inviter à boire le thé ou café en mangeant du fromage dans le living-room.

Cocasse mélange des saveurs pour nous autres français mais non des moins attrayants à cette heure tardive.

B. opina du chef en s’installant confortablement dans un club avec café et baileys, pendant que j’optais pour une cigarette sur le perron.

Joyeusetés des vacances au bout du monde.

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