Le désert des possibles

basile segalen
Feb 7, 2017 · 2 min read

Lorsque j’avais dix-sept ou dix-huit ans, et au début de mes études aussi, je me souviens assez précisément du sentiment qui m’assaillait certains soirs. Je me demandais profondément ce que j’allais devenir, ce que j’allais faire de ma vie.

Comme si le champ des possibles était non seulement vaste, mais aussi désertique. Semblable à ces déserts de Moebius, rocailleux, arides, poussiéreux, infinis. J’errais en vain, ne sachant dans quelle direction aller précisément, et, - ce qui était pire - sans vouloir véritablement aller dans une direction.

“Que dit ta conscience ? Tu dois devenir l’homme que tu es”. Nietzsche, dans Le Gai Savoir

Ce n’était pas qu’une question d’orientation professionnelle. C’était plus intime et plus mystérieux que ça. Je fumais mes cigarettes, la fenêtre de ma chambre de bonne ouverte, en espérant que la nuit me réponde. Elle demeurait silencieuse, comme pour tous les autres qui l’avaient interrogée avant moi : “quand je considère la petite durée de la vie, absorbée dans l’éternité précédente et suivante, le petit espace que je remplis, et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis ? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été destiné à moi ? » (Pascal, dans ses Pensées).

Les années passant, je prends conscience que ces questions sont moins obsédantes aujourd’hui. Ce n’est pas tellement que j’ai trouvé ma voie, ou que je sais parfaitement ce que je ferai dans dix, ou vingt ans. C’est simplement que j’ai appris à vivre dans ce désert là. J’y ai trouvé certains oasis.

“Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par construction”. Boris Vian

Il y a le chemin déjà parcouru (c’est rassurant de venir de quelque part), et la certitude au fond que l’on ne peut pas se tromper de direction. Qu’il n’y a pas un sentier à suivre absolument. Un passage obligé. La route se crée à mesure que l’on avance, et quoi qu’il advienne, on pourra un jour contempler ce chemin là, et il aura une cohérence, sa cohérence. Il n’y a pas de raison d’avoir peur.


    basile segalen

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    Co-fondateur @timescope. Médias sociaux. Histoire. Politique. Réalité Virtuelle.  L'avenir est à réinventer.

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