Nouvelles du Togo — Au chant du coq (2/15)

Le monument de l’indépendance, Lomé

Jour 2. Moffi achève tout juste Un mari idéal d’Oscar Wilde. Il en a adoré l’humour dandy de Lord Goring. Je suis surpris. J’aurais juré qu’il ne l’eut point lu. J’aurais parié qu’il l’eut laissé sur le côté pour se consacrer à ostenter son oisiveté comme certains abandonnent Critique de la raison pure pour courir se masturber. Il me défie physiquement. Abdominaux, pompes, tout y passe. Qui put croire que le bébé, à qui je chantais des berceuses pour qu’il cessât de brailler, allait, quinze ans plus tard, contester la suprématie qui m’incombait en tant que frère aîné. Quand le regard de Moffi, non méprisant quoique quelque peu hautain, s’arrête sur moi, je ne peux m’empêcher de constater l’illusion d’une jeunesse qui m’échappe, mais qui désire persister malgré la fragilité de son lien qui l’unit avec le défilé du temps. Tadjo nous interrompt en pleines retrouvailles de notre fraternité égarée. Elle s’exprime bruyamment, elle semble heureuse. Elle brandit fièrement sa carte d’identité. Intéressant, ce n’est plus un bout de papier mais on y devine, apparente, une puce NFC. Ironique dans une contrée aux routes sans bitume, à l’électricité capricieuse, à l’internet limité aux jaloux cyber-cafés. L’essentiel est ailleurs, Tadjo est de nouveau citoyenne togolaise, une journée, à peine, après avoir foulé le sol de son pays d’enfance.

L’ambassadeur est venu nous visiter. Nous parlons de ses derniers instants en Chine, c’est passionnant. Et toi, ta journée ? Boussa, boussa.
Siège d’Ecobank, boulevard du mono