La peur de l’embauche est-elle justifiée ?

« Désormais, la règle sera compréhensible par tous et lèvera la peur d’embaucher, qui est une des causes du recours excessif aux contrats courts. » Le 17 février 2016, alors que la loi travail n’en était qu’au stade de l’avant-projet, la ministre du Travail, Myriam El Khomri défendait la barémisation obligatoire des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Cette disposition polémique a finalement été retirée du texte promulgué le 8 août dernier. Mais d’autres sont restées pour assouplir les conditions du licenciement économique. Car c’est l’un des postulats forts de la loi Travail : une entreprise qui se sépare plus facilement de ses salariés serait plus prompte à recruter.

Ce présupposé ne cesse d’être martelé par les économistes néoclassiques. Lors de ces longs mois de discussions autour du texte, une tribune signée par Jean Tirole, Pierre Cahuc ou encore Philippe Aghion assurait ainsi que le projet de loi serait une « avancée pour les plus fragiles », qui cumulent les contrats précaires. En réponse, 80 économistes plutôt hétérodoxes, dont Philippe Askenazy ou Xavier Timbeau, prenaient eux aussi la plume pour « sortir de l’impasse économique ». A leurs yeux, « dérigidifier » le code du travail n’a pas d’effet sensible sur le chômage, dont les causes principales sont ailleurs.

Cet affrontement n’est que le énième avatar d’une très longue bataille pour assouplir le code du travail. Il y a 30 ans, Yvon Gattaz, alors à la tête du CNPF (l’ancêtre du Medef) voulait déjà proposer des contrats que l’on pouvait facilement rompre pour rassurer des employeurs tétanisés par la perspective du CDI. Les éléments de langage n’ont pas changé. Trop de rigidité tue l’embauche. Son fils Pierre, aujourd’hui patron du Medef, ne dit pas autre chose :

Dans une « adresse » à la jeunesse publiée dans Le Monde, Agnès Verdier-Molinié, directrice de la fondation Ifrap, un think tank libéral, renchérit :

En février 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, est lui aussi venu au secours de la loi El Khomri dans le Journal du Dimanche :

Alors, y a-t-il un vrai problème ? Les patrons ont-ils de bonnes raisons de se plaindre ? Ou alors est-ce un exemple d’économie vaudou, tel que l’a dénoncé l’économiste Benjamin Coriat : « En économie vaudou, ce qui compte ce ne sont pas les faits, mais le nombre de fois que vous êtes capable de faire répéter par vos affidés la même incantation. » Voici cinq éléments de réponse.

Lire la suite sur AlterEcoPlus.

Un décryptage dessiné co-signé avec Sandrine Foulon.