Éducation Nationale, Vous Dites Former Des Citoyens Émancipés ?
Laila Ducher
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Un article très intéressant mais qui, à mon sens, se trompe sur le rôle et les possibilités qu’ont l’école en tant que structure.

Si j’étais sociologue je dirais peut être qu’une Nation a besoin d’un socle de valeurs et de principes auxquels ses membres doivent adhérer et qu’elle ne pourrait pas se résumer à n’être que la somme d’individus distinct sans identités ni volontés communes. En ce sens l’école est un excellent moyen d’harmoniser, certes au mépris des volontés individuelles, les désirs et aspirations de chacun afin de favoriser la cohésion sociale. L’école est ici un moule social.

Si j’étais complotiste je dirais sans doute qu’il est plus facile d’asseoir son pouvoir sur une population contrôlée par des structures invisibles mises en place dès le plus jeune âge. En ce sens l’Éducation Nationale sert surtout à ce que l’élite se maintienne en place et permet de sélectionner la future génération d’élites: ceux qui sont les plus à même d’en préserver les valeur et de les perpétrer. L’école est ici un instrument de pouvoir.

Si j’étais pragmatique je pourrais dire qu’au regard de l’Histoire, dispenser une éducation permettant à toute une population de savoir a minima lire, écrire et compter — et cela indépendamment des origines — est déjà un grand pas en avant à la fois pour la société mais surtout pour l’Humanité. Car selon moi c’est en grande partie grâce à cette instruction que la production et la diffusion du savoir ont pu prendre un telle ampleur ces deux derniers siècles. L’école est ici un catalyseur de savoirs.

Comme je suis un peu des trois, je dirais que l’école a été mise sur pied dans un but humaniste, inévitablement empreinte de conformisme social, et malheureusement instrumentalisée à des fins politiques. Le rôle de l’école n’a jamais été de produire des citoyens éclairés, instruits, épanouis, et tutti quanti, car elle n’a jamais eu de considération pour l’individu, seulement pour la masse. Lui demander ça est d’après moi aussi absurde que demander à un poisson de grimper à un arbre.

Oui l’école est absurde, inadaptée, sclérosante, et anxiogène. Elle écrase les individus. Bride leur créativité. Casse les rebelles. Exclut les plus faibles. Favorise les plus forts. Glorifie les hypocrites. Idolâtre les élites. Mais c’est un problème endémique dû à la nature même de cette structure: elle ne peux pas faire le grand écart entre l’individu et la société en conservant son principe fondamental d’universalité. Pour le dire autrement; si l’école est indispensable à la société, elle est en revanche délétère pour l’individu.

Je crois donc que l’impulsion doit se faire en dehors de l’école et que celle-ci doit se mettre en retrait et laisser davantage de champ libre aux élèves, à leur parents et aux autre structures dans lesquelles ces derniers ont choisi d’évoluer. L’école ne peux rien pour le développement personnel des enfants. En revanche elle peut le leur permettre en les laissant faire et en faisant confiance aux individus pour se construire par eux même plutôt qu’en les forçant à adopter une pensée unique supposément bonne pour eux. Faire ainsi confiance renouerait d’ailleurs avec les principes humanistes de l’école et permettrait sans doute la restauration d’un lien de confiance entre professeurs et élèves qui ne devraient pas se faire face mais collaborer.

En conclusion, l’école n’est pas la structure adéquate pour épanouir les individus et elle ne le sera jamais. Au mieux peut-elle les former mais c’est tout ce dont elle est capable. Arrêtons de demander plus à l’école: demandons moins ! Moins d’heures de cours, moins (voir pas du tout) de devoirs à la maison. Moins d’école signifie plus d’espaces pour les clubs, groupes, associations et toutes sortes d’activités extra-scolaires qui peuvent apporter ce que l’école est inapte à offrir. Affirmons que les élèves sont des individus en pleine possession de leurs moyens et qu’à ce titre ils méritent qu’on leur fasse confiance pour choisir leur destin. Et, par pitié, arrêtons avec cette absurdité de cursus obligatoires !

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