Cette course qui m’assèche de l’intérieur

Source : Ultimasnoticias
Le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire est de vous donner du temps.

J’ai entendu cette phrase aujourd’hui.

En réalité je l’ai entendue des dizaines de fois, sauf que ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle a vraiment attiré et gardé mon attention. J’y ai pensé toute la journée. Oprah commence tous les épisodes de son podcast Oprah’s SuperSoul Conversations par cette phrase.

Je n’ai jamais vraiment pensé au temps. Plus depuis de nombreuses années en tout cas. Je me fiche de mon âge, je me fiche de celui de ceux qui m’entourent, je me fiche d’hier parce que c’est passé, et je me fiche de demain parce que ce n’est pas encore là.

Je ne pense pas au temps. Ma vie avance au jour le jour. Je ne planifie quasiment jamais mes journées des jours à l’avance. Je fais ce qui doit l’être tout simplement. Je ne quantifie ou ne qualifie pas les choses selon le temps qu’elles me prennent, mais selon la satisfaction que j’en tire.

Le temps n’est ni mon allié, ni mon ennemi. Il passe, tout simplement.

Sauf que le fait de ne pas penser au temps me prive d’une chose essentielle. Je ne me donne pas de temps. C’est après avoir entendu cette phrase d’Oprah en marchant dans la rue, écouteurs vissés dans les oreilles, que je m’en suis rendue compte. Je ne m’accorde pas de temps.

Ces derniers jours je pense beaucoup à mon rapport aux autres; Je me suis rendue compte que je suis impitoyable. Et c’est peu dire. Avec l’âge ou le temps peut-être, oui, ce temps, je suis moins patiente. Des choses qui peuvent paraitre banales m’irritent parce qu’elles sont pour moi illogiques. Quelqu’un m’a dit hier que je porte mes cheveux naturels parce que c’est culturel. J’ai pris le temps de lui expliquer que ce n’est pas le cas. Il m’a répondu un truc du genre « Je veux que tu reconsidères ta personne à travers mon regard. »

Je ne vais pas aller dans les détails. Je dirai juste que je n’ai plus entendu parler de lui depuis hier soir. Pourtant on se parlait beaucoup, dans le cadre du travail. On se parlait de nombreuses fois dans la journée. Plus rien.

Je ne donne pas le temps ou l’occasion à « autrui » d’avoir à dire sur la façon dont je vis ma vie. Dans le même temps, en beaucoup de points, je ne me donne pas le temps à moi-même de vivre cette vie.

Je vous l’ai dit de nombreuses fois, je vis sans aucun regret.Tout ce que je fais ou que j’ai fait est parfaitement assumé, même lorsque la chose est laide à en faire pâlir de honte. Mais vivre sans aucun regret ne signifie pas toujours se pardonner ses erreurs ou les laisser nous pénétrer comme il faut. On peut ne plus y penser et avancer. Ca ne signifie pas que tout est ok pour autant. Ne plus y penser signifie ne pas prendre le temps de se pardonner. Tout effacer et avancer.

Je fais parfois des introspections. Une fois toutes les crises de blues. Et j’en ai souvent. Ce qui en est ressorti cette fois a été déclenché par la phrase d’Oprah. Le temps. je ne me donne pas le temps de savourer les bonheurs et (pas ou) les malheurs. C’est la raison pour laquelle j’en suis là aujourd’hui. Impitoyable à en faire pleurer de nombreuses personnes. J’accumule les choses au lieu de méditer dessus. Les sentiments bons ou mauvais forment des couches les uns sur les autres, des couches d’une opacité qui m’empêche de voir plus loin que l’instant présent.

Je me suis rendue compte il y a quelques années que peu de choses m’affectent. Qu’elles soient belles ou laides. Je culpabilisais au départ, mais j’ai appris à vivre avec. Je n’arrive pas à pleurer depuis des années. J’ai essayé mais ça ne marche pas. Sauf devant un animé ou un film triste. Si un problème peut être résolu, on le fait. Si ce n’est pas possible, on passe à autre chose. Sans prendre le temps d’y penser plus longtemps qu’il ne faut.

Ce temps que je ne prends pas semble m’assécher de l’intérieur. Le plus étonnant est que ça a de bons côtés. Le fait de ne pas être affecté par absolument tout et d’avoir la capacité de passer à autre chose en un laps de temps est d’une certaine façon merveilleux. Mais cette façon de sauter comme un cabri d’un fait à un autre sans prendre la peine ou le temps de savourer les beauté comme les laideurs a un revers assez lourd. L’insatisfaction perpétuelle. Le perpétuel recommencement. Rien ne se présente comme une continuité. Passer à autre chose signifie, même si c’est très souvent de petite envergure, tout recommencer. J’ai tout recommencé tellement de fois !

Une amie m’a récemment demandé de m’arrêter sur mes réussites et d’y songer un instant. Je lui parlais du fait de me sentir inutile et de ne rien faire de pertinent, que ce soit pour moi ou pour les autres. Arrête toi de courir et regarde derrière toi une minute pour voir le chemin parcouru. Puis assieds toi et contemple. C’était l’essence même de son message. Je l’ai fait et c’était beau. Vraiment magnifique.

Et je ne me suis pas arrêtée là. J’ai regardé devant aussi. J’ai regardé ce terrain vide à l’origine de mon sentiment d’inutilité, ce terrain qui ne demande qu’à être cultivé et qui souffre du fait que je ne m’arrête pas pour prendre le temps de planifier la semence. J’ai le sentiment de ne rien faire d’utile parce que je ne me donne pas le temps de profiter de mes actions. Les réussites ne comptent plus une fois qu’elles sont des réussites validées. Les échecs ne comptent pas car on passe à autre chose. Alors je ne fais pas ce qui doit être fait comme il se doit parce que je ne prends pas le temps de continuer sur les réussites ou de labourer de nouveau les champs ayant porté des échecs. Je laisse tout derrière et j’avance.

Je veux me donner le temps. Le temps de ne plus être impitoyable parce que j’aurais pris le temps de regarder la personne en face de moi, le temps de réaliser qu’elle n’est pas moi et que ces mots, qui pour moi ne sont que des mots, peuvent la faire souffrir. Je veux me donner le temps de me féliciter, de me dire que j’ai parcouru du chemin, de m’asseoir et de regarder chacune des fleurs qui a poussé sous chacun de mes pas. Je veux prendre le temps de rire de mes erreurs, de ne pas me limiter à en tirer des leçons, mais de les savourer, de les aimer, et de me dire que moi aussi j’ai le droit d’en faire.

C’est normal. Je suis normale. Le monde est normal.

Je veux prendre le temps de contempler la personne que je suis devenue et de me dire… ce n’est pas si mal après tout. Au final on est allé bien plus loin toutes les deux que ce que j’aurais jamais imaginé.

Je veux me faire ce cadeau. Le temps. Je veux me donner du temps.

Hello mon nom est Befoune et je veux m’offrir du temps. Applaudissez pour cette histoire si vous l’avez aimée. Applaudissez quand même si ce n’est pas le cas. J’ai besoin d’encouragements. Vraiment.