Je suis morte, et je l’accepte enfin !

Source : Daily Mirror

En 2017 j’ai perdu de nombreux amis.

Ceci n’est pas un bilan.

J’en ai beaucoup gagné aussi.

Le plus drôle est que ceux que j’ai gagné sont ceux que j’ai perdu.

12 mois c’est long. En 12 mois on peut vivre de nombreuses vies. En 12 mois j’ai vécu de nombreuses vies. J’ai oublié la majorité des événements qui se sont produits dans ma vie. Je dois avouer que j’ai une mauvaise mémoire. Je ne me souviens pas des joies, des peines, des échecs ou des réussites. J’ai un vague souvenir de presque tout, je vis dans une espèce de brouillard perpétuel. Ma propre vie me semble être un film que j’ai vu il y a longtemps et dont je ne me souviens que de certains passages.

J’ai repensé il y a peu à ces amis que j’ai perdu. Je me suis demandée comment on en était arrivés là après tous ces bons moments passés ensemble, les rires, les confidences, le soutien moral, la nécessaire présence. Certaines de ces amitiés se sont achevées sur des ruptures brutales, des claquements de portes, parfois virtuelles, parfois réelles. D’autres se sont terminées par un éloignement au final inexplicable. En avait-on marre ? Étions-nous prêts à passer à autre chose ? Toujours est-il que je n’ai pas eu envie de faire marche arrière. Je ne souhaitais rien raviver. Ce qui est passé est passé.

Je me suis quand même demandé comment nous en sommes arrivés là. Je ne sais pas. J’ai fini par accepter que j’avais ma part de culpabilité. Très certainement. Les avais-je blessés ? Avaient-ils gardé un mauvais souvenir de moi ? Ont-ils pensé que je me suis servie d’eux ? Il y a quelques années ce questionnement m’aurait pourri la vie. J’aurais retourné la chose dans tous les sens. Aujourd’hui je suis en paix avec tout ceci. La vie est faite de joies et de douleurs. Plus vite on l’accepte, plus vite on passe dessus. M’ont-ils blessée ? Je ne sais pas. J’ai peut-être été énervée sur le moment mais la vérité est que je ne pense plus à ces amis. Nos missions les uns envers les autres ont été accomplies. J’espère qu’eux non plus ne pensent plus à moi et évoluent sur le chemin qu’ils se sont tracés sans regarder derrière.

Regarder derrière.

J’ai passé des mois à essayer de le faire. Essayer de retrouver celle que j’étais, celle qui était prête à tout pour faire décoller son projet, celle qui ne vivait que de rigueur et de discipline. Celle qui était motivante et qui motivait à travers ses écrits.

Elle est morte.

Je n’ai plus aucune rigueur. Aucune discipline. Je passe mon temps à regarder des films, toute excuse est bonne pour ne pas travailler. Pour ne pas lire. Pour ne pas m’informer. J’ai perdu la passion. La motivation. Elle n’existe plus depuis des mois. Je me suis perdue dans le même temps. Celle que j’étais, ou celle que j’étais devenue. Je ne me suis jamais autant aimée qu’à cette période. J’était en amour devant la personne que j’étais. Et c’est ça qui l’a tuée.

Je suis allée trop loin. Trop haut.

Et avec cette distance parcourue viennent des devoirs. Principalement le devoir de toujours tout faire mieux. Ce n’est pas toujours une pression extérieure. C’est généralement l’envie de ne pas décevoir. L’envie de rester au top quoi qu’il arrive. J’ai été tellement focalisée sur le top que j’ai tout perdu. Je me suis perdue. Tout simplement. Alors j’ai essayé de regarder en arrière, pour voir le visage que j’avais et me composer les mêmes traits. Sauf que ma vie est marquée par un incroyable torticolis. Je n’arrive pas à regarder totalement derrière. Je ne me souviens pas. Alors je ne peux pas refaire. D’où le perpétuel recommencement.

J’ai perdu la motivation, et avec elle la vision. Celle que j’étais s’était composée une identité. C’était une bosseuse. Une go-getter. Elle ne traînait pas au lit en se demandant s’il fallait “vraiment” se lever. Elle avait toujours un défi à relever. Il fallait toujours viser plus haut, aller plus loin.

Pendant des mois j’ai erré dans ma propre vie, totalement perdue. C’est l’effet que ça fait quand on meurt de l’intérieur. J’ai essayé de maintenir la façade. Le pire avec moi n’est jamais visible. Seuls ceux qui me lisent peuvent le ressentir. Pourquoi ? Parce que je n’écris plus. J’ai cessé d’écrire sur Medium. Je n’avais plus rien de “moi” à raconter. Je n’étais plus. J’écrivais de temps à autre, mais jamais sur moi. Il était question des avancées… non, des changements dans mes activités, car je n’avançais pas. Il n’était plus question de moi, de ce que je vivais, de ce par quoi je passais. Parce que je ne vivais pas et je ne passais par rien. C’est toujours le cas d’ailleurs. Sauf qu’aujourd’hui je l’écris car j’ai fini par l’accepter.

Accepter.

S’accepter dans sa médiocrité. C’est une expérience intéressante. Pas dans le sens positif de la chose. C’est juste… surprenant. Ne rien foutre pour soi-même, pour son avancée personnelle et finir par se dire “Au final je n’y peux rien, donc c’est cool”. Celle que j’ai été il y a quelque temps n’aurait pas compris cet état. On ne se complaît pas dans la misère. Je suis contente qu’elle soit morte d’une mort naturelle. Elle se serait suicidée si elle avait su.

Il y a quelques jours un ami est allé en mission dans un pays. Je ne me souviens plus lequel. Je vous l’ai dit, je ne me souviens pas de grand chose. Il a rencontré par le plus grand des hasards une jeune dame qui, au détour de la conversation, lui a parlé des changements de sa vie. Ils se sont opérés parce qu’elle avait trouvé une source de motivation. Sur Medium. Moi. “C’est dommage, elle n’écrit plus”.

“C’est dommage, elle n’écrit plus.”

Ce sont ces mots qui m’ont fait savoir où j’en était après des mois d’errance. Je n’étais nulle part. J’étais perdue tout simplement. Le fait de vouloir faire renaître l’ancienne Moi me donnait l’impression d’aller quelque part, d’avoir un objectif, un but précis. Plus je courrais après elle, plus je m’enfonçais dans la nuit sans m’en apercevoir. Plus rien n’existait autour. Il fallait redevenir elle. Vouloir ressembler à une personne c’est une chose. Vouloir se ressembler soi-même c’est une expérience perturbante.

Les mots ne mentent pas. Mes mots ne mentent pas. Si je n’écris rien alors je souhaite continuer de me mentir. Tout simplement. Avec ces mots que j’écris aujourd’hui je m’avoue le point où je suis dans ma vie. Nulle part. Je n’ai aucune motivation, je ne suis plus prête à travailler pour matérialiser la vision que j’avais car même cette vision n’existe plus.

Je veux passer à autre chose. Etre une autre moi. Celle que j’ai été ne renaîtra jamais. Elle m’a permis de réaliser des choses que j’ai pensées irréalisables. Elle m’a fait atteindre des sommets, des sommets que je ne garderai même pas en souvenir. Ce que je n’oublierai jamais par contre c’est à quel point elle m’a rendue heureuse.

Je ne la relis jamais sur Medium par contre. Ça me rendrait trop triste. Elle a vécu, elle a inspiré, elle a aimé, elle a détesté. Elle a eu une belle vie, le genre de vie que beaucoup (dont moi) souhaitent avoir. Une vie que je n’aurai plus.

Aujourd’hui je prends le relais. Je ne serai pas aussi bonne qu’elle en beaucoup de point, mais je resterai unique car elle n’est plus mon modèle. Et vu qu’elle ne l’est plus, je n’en ai plus. Je repars de zéro. La prochaine étape est la redéfinition de soi. Qui suis-je ? Qu’est ce que je veux ? Que suis-je prête à faire pour avoir ce que je veux ? Que suis-je prête à abandonner pour sortir la tête de la médiocrité dans laquelle elle est plongée ?

La vérité est que toutes ces questions sont inutiles. Il me faut une seule chose pour redémarrer selon de nouvelles modalités. Un rêve. Qui se traduira en vision. Qui se matérialisera sous forme de mission. Je suis ce que je veux, ce que je fais. Tout simplement. Toutes les questions précédentes sont inutiles.

Je me demande juste combien de temps cette Moi vivra.

En tout cas, j’aurai beaucoup de plaisir à la découvrir. Mes sens seront en alerte, car je veux tout savoir de cette nouvelle personne. Je suis certaine qu’elle me surprendra beaucoup. Elle a commencé d’ailleurs. Je ne savais juste pas mettre les mots dessus.

Hello mon nom est Befoune et je suis morte. Il est temps pour moi de renaître. Applaudissez pour cette histoire si vous l’avez aimée. Applaudissez quand même si ce n’est pas le cas. J’ai besoin d’encouragements. Vraiment.