Le bonheur, cette chose si mal vécue

Pourquoi avons-nous fait du bonheur une chose négative ?

Cette question me trotte dans la tête depuis plusieurs mois. Être heureux n’est pas la chose la mieux partagée en société, au contraire. J’ai publié il y a quelque temps une question sur Facebook :

Pourquoi n’avons-nous pas souvent le courage de dire à une personne qui nous demande de nos nouvelles que nous allons merveilleusement bien ?

La vérité est que le bonheur est mal vu. Une personne heureuse d’exercer son métier et qui va au travail le sourire aux lèvres est considérée comme une personne qui n’a pas assez de responsabilités. Une relation de couple heureuse et sans heurt est considérée comme suspecte même par les deux personnes qui forment ce couple. Un célibataire heureux de sa situation est qualifié d’hypocrite. Une personne pauvre et heureuse est qualifiée de simplette.

Tout doit être difficile pour avoir à nos propres yeux et à ceux du monde une importance respectable. Lorsqu’on se retrouve entre amis et qu’on échange par exemple sur nos boulots respectifs, on dirait un ping pong de lamentations. C’est à qui a le boulot le plus merdique, le boss le plus chiant, les tâches les plus lourdes. Plus on liste les difficultés rencontrées au bureau, plus on pense avoir de l’importance. On travaille dur.

Idem pour les relations de couple. Les livres à l’eau de rose nous apprennent que l’homme idéal est un beau ténébreux, un briseur de coeur… qui nous brisera le coeur, puis fondra à nos pieds comme neige au soleil et nous suppliera de lui pardonner. Alors nous ne concevons pas le bonheur avec un monsieur gentil et courtois. La relation sera bien trop plate. Il nous faut des secousses, des larmes et de la tristesse pour être “heureuses”.

Le bonheur est aussi mal vu que mal vécu.

Il est limite rejeté. Nous avons tout pour être heureux, mais nous ne le voyons pas. Je ne le voyais pas. J’ai longtemps été une personne aigrie et envieuse. Malgré tous les privilèges que m’a offert la vie, rien n’était jamais aussi bien que ce qu’avait telle ou telle autre personne. Mon bonheur reposait sur des envies incohérentes qui dépendaient de la personne en face de moi : je n’étais par exemple pas assez claire de peau aux côtés d’une mulâtresse, et je n’étais pas assez foncée au côté d’une personne ayant une jolie peau noire.

Je l’ai déjà dit, j’ai été une grosse dépressive, et la perception du bonheur selon laquelle tout doit être difficile pour être appréciable y a été pour beaucoup. Il en va de même pour le fait que pour être heureux, il faut avoir soit ce que l’autre a, soit quelque chose de meilleur (qui sera forcément moins bien dans un autre contexte).

L’une de mes premières initiatives lorsque j’ai décidé de me sortir définitivement de la dépression il y a un an a été de regarder autant que possible des vidéos inspirantes. Je n’ai pas réalisé la qualité supérieure de ma vie jusqu’à ce que je tombe sur le TED Talk Want to be happy ? Be grateful.

It is not happiness that makes us grateful, it is gratefulness that makes us happy. David Steindl-Rast

Cette simple déclaration a sauvé ma santé mentale. Je n’étais pas reconnaissante. Je ne l’étais pas du tout, c’est pourquoi rien de ce que j’avais ne semblait bien à mes yeux. Après avoir regardé ce Talk, j’ai pris du recul, j’ai procédé à une introspection. Il me fallait trouver la réponse à deux questions : pourquoi je me détestais autant, et pourquoi je détestais autant ma vie.

La réponse est très simple. Je dépréciais absolument tout. De la couleur de mes cheveux à la forme de mes pieds. Je n’étais fière/heureuse de rien. Je méprisais tout ce qui me semblait petit, et ne rêvais que de grandes choses, de choses inaccessibles pour la personne de condition modeste que j’étais. Et je ne parle pas ici d’argent, mais de pauvreté dans le coeur.

Les paroles de Steindl-Rast m’ont touchées au plus profond de mon être, et j’ai décidé de faire de la gratitude ma compagne. Mais de quoi allais-je être reconnaissante ?

Don’t rush through life. Take the time to enjoy each and every moment. Stop, look around, then go. David Steindl-Rast

Vous qui lirez ce texte, avez-vous déjà pris le temps d’être reconnaissant du fait de pouvoir lire, du fait d’avoir la vue et de savoir déchiffrer le charabia que sont les langues ? Avez-vous déjà pris le temps de remercier l’entité en laquelle vous croyez pour le smartphone/l’ordinateur que vous manipulez et la connexion internet dont vous bénéficiez ?

Je suis sûre que très peu d’entre vous peuvent répondre par l’affirmative à ces questions. Pourquoi ? Parce que tout ceci semble acquis. L’air respiré, la possibilité de marcher, avoir les doigts qui peuvent bouger, des paupières qui peuvent cligner ou une bouche qui peut sourire.

Notre vie entière nous semble acquise, et c’est pourquoi tout ce qui la constitue est à nos yeux moins important que ce que nous n’avons pas. “To be happy, you have to be grateful”. Le bonheur commence par la réalisation de la chance d’être en vie et de l’immense opportunité que c’est. La vie est synonyme de multiples possibilités, des possibilités dont nous devons être reconnaissants, des possibilités que l’envie et la convoitise nous empêchent de voir.

Depuis un an, je “pratique la gratitude”. Je suis reconnaissante envers Dieu de tout, même des mauvais moments car, au fond, ils ne sont pas mauvais. Ils sont des épreuves à surmonter, et j’en ressors plus forte et mieux aguerrie. Un collègue m’a fait remarquer aujourd’hui que je suis toujours de bonne humeur, je ne m’énerve jamais. La raison est très simple.

Lorsque je suis sur le point de m’énerver, je me rends compte de la possibilité que j’ai de m’énerver. C’est fabuleux. J’ai par la grâce de Dieu la capacité de m’énerver. Le simple fait d’y penser me rend immédiatement heureuse… et reconnaissante.

Les choses sont plus simples et plus belles lorsqu’on en a conscience. La vie est plus agréable lorsqu’on apprend à aimer qui on est, ce qu’on a et les opportunités que notre passage sur terre nous offre au quotidien. C’est en tendant la main pour saisir ce qui est à notre portée qu’on attrape bien souvent ce qui semblait si loin. Il suffit juste de se tenir sur la pointe des pieds.

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Hello, mon nom est Befoune, et je parle de tout ce qui a trait à la participation citoyenne dans mon pays le Cameroun (et ailleurs) sur la plateforme Elle Citoyenne. Mon ami Tchassa Kamga et moi avons créé la publication Self-Ish pour partager notre expérience dans les domaines du développement personnel, de la création de contenu et des relations entre les humains qui peuplent cette terre. N’oubliez pas de cliquer sur le petit coeur si vous avez aimé ce texte.