Le mal qui réconforte le mâle

Source : onesttousdifferents.skyrock.com

Lui, déchaîné

Même après ce violent coup de pied dans les côtes elle ne se relève pas. Aaaaaaah ! Serait-elle morte ? Aaaaaaaah ! Elle ne peut pas me faire ça, mourir maintenant, quand j’ai autant besoin d’elle.

J’ai besoin d’elle pour me sentir homme. Je l’ai modelée à ma mesure au fil des années. Elle sait encaisser. Elle sait encaisser les coups, les injures, les railleries, les moqueries. J’aime ces yeux sans vie. J’aime savoir que je l’ai tuée de l’intérieur. J’aime. Je l’aime.

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!! Journée de merde !!!

Vie de merde !! Travail de merde !! Femme de merde !! Incapable de me laisser me défouler autant que je veux ! Comment l’aimer si elle ne me sert plus à rien ? Comment la garder si elle m’est inutile ? Pourquoi l’avoir si elle ne révèle pas ma masculinité, si le mal ne réconforte pas le mâle ?

Femme de merde, famille de merde, vie de merde !!

Ne meurs pas, j’ai encore besoin de toi.

Elle, exténuée

Je ne les entends pas, mais je les ressens. Chaque craquement de mes os signe une petite mort. La mort de petites part de mon être. Petites parts ! C’est joliment dit ! Sauf que de petites parts en petites parts, je suis morte. De l’intérieur. Les bandages et les plâtres ne m’ont pas reconstituée. Je ne suis ni mes os brisés, ni mes plaies. Je l’aime.

Je resterai couchée. Je ne peux plus crier. Je ne peux pas pleurer. Frappe moi autant que tu veux. Je ne me relèverai pas. Pas aujourd’hui. Pas tant que tu ne seras pas calmé, pas tant que tu ne seras pas hors d’ici, pas tant que je ne serai pas en sécurité. Sécurité. C’est drôle. Je t’aime.

Je me relèverai. Mais pas aujourd’hui. Pas maintenant. Demain. Demain j’aurai plus de force, je pourrai mieux encaisser, plus encaisser, je pourrai être celle que tu aimes, celle qui, comme tu le dis si bien, “Fait naître le mal qui réconforte le mâle”. Je pourrai être celle sans qui tu n’es rien, la seule qui comprenne l’homme différent que tu es, la morte qui te redonne vie, la morte qui vit pour toi.

Mais pas aujourd’hui. Demain. Je nous aime.

Ce texte a été écrit dans le cadre du débat lancé par The Blog Contest. Tous les mois un thème est imposé aux blogueurs par des lecteurs. Le thème de ce mois est la violence conjugale. Je n’aurai pas participé si je n’avais pas été inspirée par les textes de Tchoupi, AnneK_Siade, Leyopar, Yann Moebius, Arsdy et Elie.