Pourquoi j’ai laissé tomber mon boulot à 29 ans pour un stage

Source : peoplepassionate.com

Je suis traductrice de coeur, de formation et de profession. J’aime la traduction, le décodage d’un message dans une langue et son encodage dans une autre, la recherche quasi scientifique de l’équivalent exact, la joie ressentie quand je me rends compte que le cooccurrent utilisé est le cooccurrent parfait. J’ai apprécié ma formation du premier au dernier jour. Je me suis rarement (jamais) autant investie sur le plan scolaire/académique que pour l’obtention de mon Master.

Mais il arrive qu’on en vienne à détester farouchement ce qu’on aime passionnément.

J’avais il y a un an encore le sentiment d’avoir raté ma vie. Je n’avais pas suivi le chemin “normal”, je n’avais pas de bureau dans un édifice portant une enseigne connue et reconnue. Au contraire de ce que m’avaient fait miroiter mes enseignants, je n’étais toujours pas embauchée aux Nations unies, à la Banque africaine de Développement ou à la Banque mondiale.

Ce sentiment était complètement ridicule. En tant que traductrice indépendante, je traduisais régulièrement des documents pour ces institutions, et pour bien d’autres encore, et j’étais bien payée pour ces prestations. Je ne veux pas faire de digression, et ceci fera l’objet d’autres publications, mais je tiens juste à préciser que nous sommes VRAIMENT abrutis par les diktats sociaux.

L’avantage qu’a le traducteur est le caractère non figé de son activité. J’ai beaucoup appris en traduisant des documents dans des domaines qui m’étaient totalement inconnus. Je sais par exemple ce que sont un palier, des arbres et une butée pour une pompe centrifuge. Je connais la différence de ton à utiliser pour les différents messages d’invite d’une application et/ou d’un site internet, et j’ai appris que fabriquer des bâches de protection de bateaux de tout type fait gagner beaucoup, beaucoup d’argent.

J’ai également appris à travers la traduction de rapports des organisations mentionnées précédemment les misères de certaines classes sociales et de certaines communautés.

Je n’avais jamais pensé à la nécessité des aménagements pour les personnes handicapées, à leur impossibilité d’utiliser les transports en commun et donc à se déplacer parce que les chauffeurs de cars ou de taxis, peu informés, n’avaient pas la patience indiquée. Je n’avais non plus jamais pensé à l’importance de l’action sociale, ou à notre responsabilité non assumée quant à la situation de nos communautés.

Traduire n’a plus suffi. Transformer les messages portant les malheurs des uns et des autres de l’anglais au français et vice versa n’était plus assez. Je ne supportais plus cette activité que je trouvais inutile pour ceux dont il était question dans les textes. Il fallait agir d’une manière ou d’une autre. Je rêvais d’un doctorat en terminologie, et je me voyais très mal retourner à l’école pour me former en “développement”. Je me trouvais “vieille et trop expérimentée” pour retourner en licence. Pourtant je ne savais RIEN du domaine qui m’intéressait.

J’écoutais les épisodes du podcast de Myleik Teele depuis quelque temps déjà, et elle parlait beaucoup des différentes méthodes d’acquisition des connaissances.

D’après elle, la meilleure manière d’apprendre est aux côtés de ceux qui savent. Il faut se plonger dans l’action, être guidé par des personnes expérimentées, et occuper une position “stratégique” où on est au contact de tout et de tous. Seule une personne au plus bas de l’échelle n’a pas de tâche définie et peut “servir” à tout et à tout le monde en même temps. Elle peut donc apprendre de tous. Cette personne est un stagiaire. Tout simplement.

L’idée a commencé à germer dans mon esprit. Un stage. Mais je n’étais plus très jeune professionnellement parlant. Qu’allaient dire les gens ? Comment ça allait se passer ? J’aurai eu des supérieurs plus jeunes que moi : horreur !

Au fil de mes lectures et des épisodes de podcasts de Myleik Teele et d’autres tels que Benny Hsu de Get Busy Living , Paul Colaianni de The Overwhelmed Brain ou Jim Simcoe de The Make Life Epic Podcast, j’ai compris que le plus important est le savoir, pas sa source. Elle ne réduit en rien la qualité de ce savoir. Puff Daddy l’a dit : keep on doing what you are doing, you will keep on getting what you are getting. Je ne le citerai jamais assez.

C’était soit continuer de traiter la misère par des mots et être inutile, soit OSER, passer du statut de travailleur indépendant expérimenté à celui de stagiaire, apprendre et se rendre utile.

Je ne regrette pas une seule seconde ma décision. J’ai eu la chance de tomber sur une initiative naissante et de faire partie des tous premiers employés/stagiaires. Le plus drôle ? J’étais la plus âgée du coin et la moins expérimentée. Se retrouver au sein d’une organisation qui traite de questions politiques, citoyennes et sociales et ne pas savoir à quoi sert une Assemblée nationale… Chacune de mes questions était un moment épique. Je ris encore au souvenir des regards de ma chère D. qui disaient clairement “Elle n’est pas sérieuse celle-là ! Elle ne sait pas ce qu’est un procureur/une Constitution/un Sénat !!”

L’humilité a été la première leçon apprise. Si je ne reconnais et n’avoue pas ma limite en termes de connaissances, je n’apprends rien. Si je ne demande pas, je ne saurai pas. Aucune question n’est idiote quand on ne sait pas. J’étais (outre le boss) la plus diplômée, mais celle qui avait le moins de connaissances. En réalité, je ne savais absolument rien. J’ai dû faire ce à quoi je n’aurai jamais songé : j’ai rangé mes diplômes dans un tiroir, j’ai admis l’inutilité des connaissances acquises en 6 ans d’études supérieures dans ce cas précis, et je suis repartie de zéro.

J’ai appris au sein de cette organisation et au contact de mes collègues plus que j’aurai appris en 6 autres années d’études. Outre les connaissances acquises grâce aux tâches de stagiaire, j’ai tiré quelque chose de la formation académique et du vécu de chacun de mes collègues. Pour ne citer que deux exemples, je connais aujourd’hui l’importance du genre et la véritable signification du port du voile, et j’ai appris à gérer un site internet toute seule dans tous les sens du terme (Elle Citoyenne n’est géré par personne d’autre que moi).

Je suis fière de mon parcours et de mon expérience de stagiaire à 29 ans.

Ils m’ont menée à un poste plus important dans le domaine convoité. Je suis grâce à diverses activités tant professionnelles que privées au coeur de l’action pour le changement. Mon bagage intellectuel ne peut être comparé à celui que j’avais avant le 1er août 2015. En plus du savoir acquis en littérature, en langue et en traduction à l’université, j’ai acquis des connaissances inestimables dans les domaines de la politique, de la participation citoyenne et de l’action sociale. Je suis membre de la ligue des cyber-activistes africains pour la démocratie. J’ai créé une plateforme de mes petites mains entièrement consacrée à ces questions. Je ne suis pas une experte, mais j’en sais assez pour informer ceux qui le sont moins que moi, et je ne cesse de lire pour en apprendre toujours davantage.

Je ne m’endors pas sur mes lauriers, je n’ai pas encore réalisé le 10e de ce que je prévois. Mais quelles que soient les réalisations, qu’elles soient petites ou grandes, rien n’aurait été possible sans ce stage.

Hello, mon nom est Befoune, et je parle de tout ce qui a trait à la participation citoyenne dans mon pays le Cameroun (et ailleurs) sur la plateforme Elle Citoyenne. Mon ami Tchassa Kamga et moi avons créé la publication Self-Ish pour partager notre expérience dans les domaines du développement personnel, de la création de contenu et des relations entre les humains qui peuplent cette terre.