Travailler avec acharnement pour réussir : l’envers du décor

Partager mon expérience d’ « humaine » est pour moi la plus belle des aventures. Comme je l’ai dit dans le billet Blogs, projets, initiatives, j’abandonne tout, il est impossible de partager son expérience sur terre en taisant le côté obscur.

Rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion. Hegel

Lorsque la question “Comment tu arrives à jongler entre toutes tes activités sans en délaisser certaines” m’est posée, ma réponse est toujours la même : je fonctionne par obsession. Je suis passionnée et obsédée par absolument tout ce que je fais. Pour être bonne dans ce que je fais, mon cerveau, et donc toutes mes pensées sont mis au service de mes objectifs et d’absolument rien d’autre.

Je suis employée full-time, et je suis part-time freelancer. Je dois être aussi à jour que possible dans mes domaines professionnels. Je produis du contenu au quotidien pour Elle Citoyenne et Self-Ish. Je suis Africtiviste, donc passionnée par tout ce qui est information, administration des pays et participation citoyenne en Afrique. Je dois me tenir informée dans ces domaines pour ne pas être à la traine. Je travaille tous les jours avec acharnement pour un jour exceller dans ce que je fais.

En ce moment par exemple, je travaille pour Elle Citoyenne à un billet sur les dictatures acceptables. Depuis quelques jours je vis dictature, je mange dictature, je respire dictature. Je lis tout ce qui me tombe sur la main, j’écume YouTube pour des documentaires, je parle de dictature à absolument tous ceux qui croisent mon chemin (Narcisse d'Afrique et Papa Ismaila Dieng™ peuvent en témoigner). Mon seul but est de produire un texte de qualité. C’est mon mode de fonctionnement.

Beaucoup voient tout ceci comme une forme de réussite, car ils ne voient que le produit fini, le côté glamour de la chose, les compliments et les applaudissements. Très peu savent ce que ça coûte de tout donner pour exceller dans ce qu’on fait.

Aliko Dangote a posé la question de savoir si tous ceux qui veulent être comme lui sont prêts à suivre le même chemin.

Cette liste ne sera pas exhaustive. Elle donnera un aperçu de l’envers du décor.

Je n’ai pas de distraction.

Je ne fais rien qui ne soit pas en accord avec mes activités. Je ne lis plus juste parce que j’aime ça. J’allie l’utile à l’agréable. Je continue à dévorer les livres, mais je lis en majorité des livres dont le contenu accroît mes connaissances, quelque soit le domaine. Ca peut aller de la physique à l’histoire, en passant par l’Afrique, la citoyenneté ou le développement personnel.

Il en va de même pour les films et les séries. Je l’ai dit dans le billet 10 things I should do more : me reposer signifie alimenter mon cerveau, mais de manière “légère”.

Je perds mes amis.

Je n’ai pas le temps de sortir m’amuser ou de passer des heures à discuter au téléphone. Je mets mon temps à profit pour accumuler le maximum de connaissances et produire autant que je peux. Il y a un an encore je pouvais leur accorder tout mon temps. Aujourd’hui je ne peux que répondre à quelques messages sur Whatsapp entre deux activités. Très peu l’ont accepté.

Je vis l’amitié différemment à présent. Elle n’est plus basée sur les longues heures passées à discuter ou sur les promenades planifiées ou non. Elle tourne autour des grands événements, d’un soutien inconditionnel en cas de drame, et du partage d’informations utiles au quotidien. J’envoie un mail vide à mon meilleur ami tous les matins. Un mail dans lequel je n’écris absolument rien. Il n’a aucun objet et n’est fait que de pièces jointes de documents qui lui seront utiles dans la journée. Tous les jours.

Ca peut ressembler à de la froideur, mais c’est la seule manière pour moi d’être là au quotidien d’une manière utile.

Je déçois mes proches.

Je l’ai dit plus haut, mon cerveau et toutes mes pensées sont au service de mes objectifs et absolument rien d’autre. J’ai également dit que je fonctionne par obsession. Lorsque je travaille sur un sujet je n’entends et ne vois plus rien. Ma soeur en fait les frais tous les jours.

Elle a besoin de moi au quotidien mais je ne peux être là pour elle. J’oublie 90% de ce qu’elle me demande de faire, quel que soit le niveau d’importance. Mon cerveau efface ces demandes, tout simplement.

Je sais tout de la vie du dictateur sud-coréen Park Chung-hee car j’ai tout lu et vu sur lui. Je suis tellement plongée dans le monde des dictateurs que je ne me suis pas rendue compte que la voix de ma nièce a changé, ce qui présage une crise d’asthme. Nouvelle déception de ma soeur. Une parmi tant d’autres.

Je m’éloigne de ma famille.

Je vis dans un pays étranger, donc le seul moyen d’être en contact avec les membres de ma famille est le téléphone.

Je n’utilise pas mon téléphone pour les besoins primaires, c’est-à-dire émettre/recevoir des appels et des messages. Je déteste les appels téléphoniques. Il est dédié à internet. Parfois je suis tellement plongée dans la lecture d’un document que je ne clique pas sur les notifications quand elles s’affichent.

Je me dis “je le ferai une fois le texte terminé”, mais la lecture d’un texte entraine celle d’un autre, et ainsi de suite. Au final, je réponds aux messages de mes parents avec deux, voire trois jours de retard.

Je suis tout le temps fatiguée.

Je dors cinq heures par nuit. Non. Je meurs cinq heures par nuit. Je donne tellement tout ce que j’ai en termes d’énergie en journée que je m’écroule littéralement à minuit. Je dors d’un sommeil comateux tellement je suis fatiguée.

Cinq heures de sommeil ce n’est pas assez. Mais je ne peux faire autrement si je souhaite accomplir tout ce que j’ai à accomplir en une journée. Alors je suis fatiguée tout le temps. Je somnole tous les soirs lorsque je rédige le billet du jour de Self-Ish. Mes paupières sont lourdes en ce moment même, mais je ne peux arrêter pour ne pas manquer mon objectif : publier un billet tous les soirs.

Le pire est que mon sommeil n’est pas réparateur car mon cerveau ne s’arrête pas de tourner. Je suis parfois réveillée en plein milieu de la nuit par une réflexion entamée sans que je ne m’en rende compte, dans mon sommeil, et je la poursuis une fois réveillée. Il est difficile dans ces cas-là de se rendormir.

Je traine un sentiment de culpabilité en permanence.

Il n’a pas été facile pour moi d’écrire le billet Pourquoi je dirai toujours NON à ceux qui me demandent de l’aide. Il n’est pas facile de dire à la face du monde qu’on n’a pas le temps d’aider ceux qui nous sollicitent. Il est encore moins facile pour moi de tourner le dos pour m’en aller ou de poser le téléphone après l’avoir raccroché alors que je viens de dire non à une personne qui sollicite mon aide.

Je traine au quotidien un sentiment de culpabilité. Je ne suis pas présente pour ceux qui ont besoin de moi. Je ne peux pas être là pour eux parce que je dois d’abord être là pour moi-même, pour mes réalisations. Je sais que sur le long terme ça n’apportera rien de positif en termes de relations humaines. Il est fort probable que je me retrouve seule à un moment, mais c’est le choix que je fais.

Je veux avancer, exceller dans ce que je fais, et ça a un prix.

Je viens de recevoir un message d’un ami de longue date qui demande de mes nouvelles. Je ne peux y répondre tout de suite, sinon je serai distraite et je ne pourrai terminer ce billet. Je me dis “je répondrai plus tard”, mais je sais qu’il y a 95% de chances pour que j’oublie ou que je sois bien trop fatiguée après pour répondre. Minuit, l’heure du coma, approche.

J’ai parfois l’impression de devenir un monstre.

Je ne fais rien pour rien. Je n’entame pas une discussion juste pour le plaisir de discuter, mais parce que je sais que j’apprendrai de la personne en face de moi. Je ne me déplace pas pour rien. Je vais aux endroits où je sais pouvoir apprendre des choses/où je sais pouvoir rencontrer des gens qui m’apprendront des choses.

Suis-je égoïste, calculatrice ? Suis-je devenue une personne qui ne fait rien pour rien ? Est-il possible pour moi de nouer une relation “inutile” aujourd’hui ? Est-ce que je me sers des gens ? Ce sont des questions qui ne quittent pas mes pensées.

Tout a un temps imparti. Même le temps passé avec mon entourage. Je ne peux par exemple pas discuter trop tard le soir quel que soit le jour, car j’ai le billet de Self-Ish à rédiger. Je me retrouve parfois à faire taire les gens au milieu d’une phrase parce que “l’heure a sonné”. Je ne le fais pas de gaîté de coeur, et la déception/tristesse dans leurs yeux me brise, mais si je ne le fais pas, rien ne sera fait.

J’ai également au fil du temps cultivé consciemment et inconsciemment une certaine froideur, un certain détachement. Je suis une personne très émotive. Pour ne pas me laisser affecter (et donc distraire) par des événements au quotidien, j’ai tracé un cercle autour de moi dans ma tête. Il ne ratisse pas large. Tout ce qui se passe en dehors de ce cercle a peu de chance de m’affecter. Ca me permet de garder la tête froide.

Je n’irai pas plus loin, je l’ai dit dès le départ, la liste ne sera pas exhaustive. De plus il sera bientôt minuit, il est temps pour moi de dormir.

Hello, mon nom est Befoune, et je parle de tout ce qui a trait à la participation citoyenne dans mon pays le Cameroun (et ailleurs) sur la plateforme Elle Citoyenne. Mon ami Tchassa Kamga et moi avons créé la publication Self-Ish pour partager notre expérience dans les domaines du développement personnel, de la création de contenu et des relations entre les humains qui peuplent cette terre.