24 heures à Vintimille

Dans le cadre de nos études, Elia, Hugo, Martin, Léo et moi-même souhaitions réaliser un Webdocumentaire sur la question des migrants à la frontière franco-italienne. Nous avons pris la direction de Vintimille les 28, 29, 30 et 31 janvier 2017 afin de pouvoir le réaliser. Nous voulions donner la possibilité à ces personnes de pouvoir s’exprimer, sans aucune pression, sans aucun jugement.

“Regarde mes mains, regarde mes cicatrices”, Boubakar

A chaque jour son histoire,

Dimanche 29 Janvier 2017, 8h30.

Les réveils sonnent dans la ville de Menton. Quelques minutes plus tard, autour du café, nous discutons de la journée qui vient. Celui-ci tout juste terminé, nous nous empressons de nous préparer. Remplis d’espoir, nous voilà à nouveau sur le chemin pour Vintimille.

9h30, arrivée au camp de la Croix Rouge.

Nous arrivons et nous arrêtons dans l’allée donnant accès au camp de la Croix Rouge. Nous sortons de la voiture, les premières cigarettes sont allumées. Impatients comme des enfants, nous regardons dans toutes les directions. Notre attente n‘est que de courte durée : les premiers migrants à sortir du camp sont là. Ils passent devant nous prenant la direction de la gare. Gare, lieu de passage pour la France. Gare, lieu de tous les espoirs.
Nous jetons les cigarettes et allons directement à leur rencontre avec un grand sourire. Malgré la barrière de la langue et les appréhensions, les mots s’échangent, les discussions s’entament. Devant nous, Hazan, bangladais qui nous offre notre réelle première interview.
Curieux et tous plus intrigués les uns que les autres, les migrants se joignent à nous, un petit groupe se forme. Hazan reprend son chemin, mais les échanges continuent à fuser. Une nouvelle personne s’en détache, Lamine. Lamine un gambien qui nous offre notre second témoignage. Ambiance amicale, mais qui n’en reste pas moins tendue, due à des paroles pleines d’émotions. Animosité, mauvais souvenirs. La discussion avec lui touche à sa fin tout comme la matinée.

11h30, en direction de l’église Sant’Antonio.

Voilà pas moins de deux heures que nous nous trouvons ici, le temps passe rapidement. Nous décidons alors de quitter le camp. Nous nous déplaçons dans Vintimille en voiture. Nous regardons les migrants marcher partout dans la ville.

11h45, arrivée à l’église Sant’Antonio.

Un groupe de migrants s’y tient, tous dans l’espoir de voir des proches à travers le portail qui les sépare. Nous avançons, regards furtifs, voilà que nous croisons celui d’un jeune, assis sur son muret, seul. Nous nous approchons. Nouvelle cigarette le temps d’une histoire, l’histoire de Boubakar, guinéen, venu rendre visite à son frère. La cigarette finit de se consumer, Boubakar termine de nous conter son périple. Nous rebroussons chemin, retour à la voiture. A l’arrêt de bus, un groupe de migrants. Difficilement une conversation essaie d’être engagée à nouveau. Des érythréens. Sur la défensive, quelques mots furtivement échangés, puis nous reprenons notre route.

13h, le temps d’une pause.

Une matinée riche en émotions : de belles rencontres, de lourdes histoires. Nous nous arrêtons et débriefons sur cette matinée autour du repas. Deuxième café terminé, l’après-midi débute. Nous reprenons la direction de l’église Sant’Antonio.
Toujours marqués par les histoires du matin nous regardons tous ces visages en déplacement. Toujours les mêmes expressions sur ceux-ci. Nous revoilà sur le parking. Nous cherchons à nous adresser aux responsables de l’église afin de pouvoir y accéder, mais comme à chaque requête : “le papier de la préfecture” est demandé. Nous commençons à comprendre que quelque chose se passe plus haut. Nous commençons à comprendre que nous rencontrerons quantité de difficultés. Plus tard, nous en aurons la confirmation.

15h15, la décision de quitter ce lieu est prise.

Après de trop longues discussions et de négociations en vain, nous remontons dans la voiture et reprenons la route. Un peu plus loin, assis sur un banc de la ville un autre migrant. Nous allons à sa rencontre. Très souriant il nous dit de nous asseoir à ses côtés. La discussion s’entame. Hussam, d’origine irakienne. Nous lui expliquons la raison de notre présence dans la ville de Vintimille, et très gentiment accepte d’être interrogé. Lors de notre discussion, Lamine passe à côté de nous, nous fait un signe amical de la tête. La conversation touche à sa fin, avec regret nous devons laisser Hussam sur son banc, seul, avec peu de chance de le recroiser durant notre séjour.

16h, retour au camp de la Croix Rouge.

Notre choix se porte vers le camp de la Croix Rouge afin de capturer des images des lieux pour nos plans de coupes, pour obtenir de la matière à travailler pour notre Webdocumentaire. Nous nous arrêtons dans l’allée, commençons à marcher, à prendre des photos, des vidéos.

16h45, mésaventure avec la gendarmerie.

Alors que nous étions à quelques dizaines de mètres de l’entrée du camp de la Croix Rouge à enregistrer des images, une voiture de “carabinieri” (gendarmerie italienne) arrive à toute allure dans notre direction. Ils s’arrêtent loin de nous, sortent de la voiture et commencent à crier. Nous rangeons les appareils photos et allons dans leur direction tout en restant courtois. L’air énervé et embêté, ils nous demandent ce que nous faisons-là. Lorsque nous leur expliquons, assez directifs, ils nous disent de ranger nos appareils et de leurs fournir nos papiers d’identités. Le contrôle se poursuit, les minutes défilent, le temps se perd. Une fois terminé, nous leur demandons leurs opinions sur la question des migrants, et là encore, même réponse : “il faut le papier de la préfecture”. Suite à quoi ils reprennent “dégagez plus loin, vous nous dérangez dans notre travail”. Nous décidons donc de les écouter et partons sans protester pour éviter tout conflit avec eux…

17h30, la nuit commence à tomber et le froid se fait ressentir.

Il est temps pour nous de rentrer tout en imaginant les conditions déplorables pour les migrants que nous croisons sur la route.

18h15, de retour à Menton.

Tous fatigués mentalement de cette journée nous faisons un point sur celle-ci. Nous rédigeons toutes les informations que nous avons pu obtenir. Nous relevons surtout ce problème avec les gendarmes locaux. Nous nous arrêtons et faisons une pause, nous en avons tous besoin.
Après manger, nous reprenons, nous envoyons des messages à toutes les personnes qui seraient susceptibles de nous apporter de l’aide pour les journées suivantes. Nous essayons de rentrer en communication avec Cedric Herrou, qui pourrait apporter une crédibilité conséquente à notre reportage. Cedric Herrou étant une figure emblématique de la lutte pour la cause des migrants à la frontière franco-italienne.

22h, la journée touche à sa fin.

Épuisés, nous allons tous nous coucher, avec les images de la journée dans la tête. Ces visages qui seront à jamais gravés dans nos mémoires. Leurs paroles qui raisonnent dans les esprits jusqu’à ce que nos yeux se ferment.
En attendant que les réveils sonnent à nouveau…

Truc Benjamin

Public visé :

  • Général : Grand public
  • Cœur de cible : Les personnes curieuses du phénomène des migrants.

→ Sensibilisation à cette cause.

Like what you read? Give Ben Truc a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.