Mon expérience Vipassana : 10 jours extrêmes pour un kif suprême.
Mes conseils pour tirer le maximum de cette expérience transformationnelle !

Certaines expériences de la vie nous marquent à tout jamais. Vipassana fait partie de ce type d’expériences. De celles auxquelles on accède pas si aisément, qui nécessitent du travail, de l’effort, de l’engagement. De celles où l’on dit “il y a eu un avant et un après”. De celles qui nous chamboulent, nous bousculent, et nous transforment intérieurement.
Il y a quelques mois, à l’occasion du nouvel an, j’avais passé une semaine avec la communauté bouddhiste du Village des Pruniers. C’était une retraite de 7 jours, avec quelques moments de silence et de méditation imposés dans la journée. J’étais revenue avec un autre regard sur le monde. Comme si je ne pouvais plus voir la vie de la même façon. Comme si j’avais de nouvelles lunettes pour observer le monde qui m’entourait mais aussi un nouveau filtre pour analyser mes pensées, mes actes et mes paroles. C’était puissant.
Dès lors, je me suis sentie prête. La prochaine étape pour moi serait Vipassana, un stage de méditation et de silence de 10 jours. Pas un mot, ni prononcé ni écrit pendant tout ce temps. Pas de stimulation extérieure. Il était temps pour moi d’être seule face à moi-même.
J’ai réservé une place dans le centre français de Bourgogne, quitte à être enfermée dans un endroit pendant 10 jours, autant que ce soit le plus près possible. Pas de pollution inutile.
J’ai empaqueté mes joggings, mes tongs et mes chaussettes, le combo magique pour le concours de Jean-Michel le campeur de l’extrême. Seul le confort prime. Peu importe le style.
J’ai pris mon portable mais l’ai rendu dès mon arrivée : j’avoue j’y croyais à peine quand on m’a demandé de le laisser. Je pensais un peu que c’était une blague au début. Et non non non, j’ai déposé mon livre, mon carnet de notes, mes pruneaux et noisettes et mon téléphone dans un petit panier contenant mes effets personnels, pour les retrouver 10 jours après.

Ok en fait, les conditions de pratique sont semblables à la prison : on est enfermés sans pouvoir sortir du centre, qui est un espace limité avec un champ, une petite forêt, une salle de méditation, un réfectoire et des dortoirs. Les hommes et les femmes sont séparés, sauf dans la salle de méditation commune. Aucun contact avec l’extérieur. Aucun contact avec les autres pratiquants également. Pas de regard qui se croise à table. Le but c’est de stopper les stimulis externes pour pouvoir plonger profondément en soi même, progressivement. Les seuls mots que l’on pouvait prononcer étaient adressés à l’enseignant référent, voire aux bénévoles là pour l’encadrement et le bon déroulé du séjour. Seulement quelques phrases en 10 jours. Et surtout rien pour sortir ce qui tourne dans ma tête. Moi qui aime écrire, faire des listes en tous genres, comment vais-je survivre sans mon carnet de notes ?
En tous cas, tout était prêt, les règles de pratique énoncées. C’était parti pour les 10 jours les plus difficiles et les plus kiffants de ma vie à la fois. Je ne pouvais plus reculer.
Voici donc ce qui c’est passé pour moi, ce que j’ai vécu, ce que j’en ai retenu.
Avertissement bienveillant — Pour ceux qui préfèrent (comme moi), avoir la surprise totale et vivre l’expérience sans savoir dans le détail ce qui se passera, je vous conseillerais d’arrêter votre lecture ici. C’est un peu comme avant d’aller au cinéma, certains aiment regarder la bande annonce et d’autres préfèrent avoir la surprise totale. Je fais plutôt partie du deuxième groupe et n’avais rien lu avant d’aller vivre l’expérience, tout juste parlé rapidement avec mes amis qui l’avaient vécu.
1. C’était dur, trèèèès dur > j’ai dû persévérer pour ne pas abandonner
C’était long, long, long. Le temps ne passait pas. Chaque minute me semblait des heures. Au début, j’essayais de m’occuper pour faire passer le temps et chaque fois que je menais quelconque activité, je regardais l’horloge, et j’étais désespérée en voyant qu’il s’était écoulé très peu de temps. Une douche ? 6 minutes. Un tour dans le champ ? 12 minutes. Une balade dans la forêt ? 20 minutes… Les journées défilaient à une lenteur pesante.
J’ai voulu partir, m’enfuir, des dizaines de fois. Abandonner.
Apparemment la plupart des gens craquent au jour 2 et 6. Moi c’étaient les jours 4 et 7 les plus durs. Je n’en pouvais plus. J’avais mal en méditant. J’avais l’impression de ne pas arriver à méditer. Je m’ennuyais sur mon coussin, changeait de posture 3 ou 4 fois en 1h. C’était trop long, trop lent. J’étais énervée de ne rien avoir à faire. J’avais aussi l’angoisse de ne pas avoir de nouvelle de l’extérieur. Je m’inventais des prétextes pour devoir expliquer que j’avais un mail super important à envoyer “j’ai oublié de dire à mon entrepreneur qui fait des travaux chez moi en ce moment dans quel sens je veux qu’il pose le parquet, pitiééé, laissez moi envoyer un mail, juste un mail !”.
Heureusement, quand on commence, on s’engage aussi à finir. J’étais coincée face à moi-même. Je l’avais voulu. Je suis restée. J’ai tenu. Je me suis calmée.
J’ai franchi le cap des 4 jours après ma crise intérieure, celui qui m’a détachée de mes souvenirs et pensées du passé à court terme. Puis, passée la 6ème journée de colère d’être ici, d’envie de tout plaquer, de questionnement sur le sens de cette aventure, la 7ème journée m’a permis de franchir comme un 2ème cap, celui du passé à plus long terme. Entre le jour 1 et 4 j’ai passé en revue dans ma tête les derniers jours, les dernières semaines. Entre le jour 4 et 7 j’ai refait toute ma vie, mon enfance, mon adolescence, mes relations avec ma famille, mes relations amoureuses… Et puis, passé ce 7ème jour, il n’y avait plus rien pour alimenter mon mental. Plus que moi et le moment présent.
Et les 3 derniers jours étaient d’une douceur et d’une légèreté inouïes. Je crois que j’étais vraiment détachée de tout. Je ne vivais que dans le présent. Le moment. Le plaisir de la méditation aussi, ou bien du chant des oiseaux, du bruit de mes pas dans la forêt. J’étais apaisée et légère, joyeuse et ancrée. Bien, juste bien en fait. Et j’aimais tout particulièrement les temps de méditation, qu’ils soient durs ou faciles.
2. C’était extrêmement bien pensé et organisé > j’ai pu me laisser aller en toute confiance
Le programme est réglé comme du papier à musique. Et c’est méga utile.
Les méditants n’ont aucune question à se poser. Tout est écrit et clair. La semaine se déroule en toute fluidité. Jour après jour.
Je me suis dès lors très vite rappelé le petit mantra que j’aime beaucoup : “Trust the process”. J’ai fait confiance en la technique, fait confiance dans la justesse du processus, pensé avec finesse, éprouvé des milliers voire des millions de fois et exécuté avec amour, par des anciens pratiquants venus spécifiquement pour servir la communauté.
Je suis donc rentrée dans le rythme. Les journées commencent à 4h avec la première cloche pour démarrer la méditation à 4h30. Elles sont occupées par 10h de méditation, dont 4 dans le hall tous ensemble et 6 en autonomie, soit dans le hall, soit dans notre chambre.
Elles sont ponctuées par 2 repas végétaliens, le petit déjeuner et le déjeuner, et un goûter de fruits à 17h, seulement pour les personnes qui pratiquent pour la première fois, pour les anciens étudiants, c’est jeûne l’après-midi.
J’ai repris ma casquette de bonne élève et ai respecté toutes les règles.
J’avais gardé un papier et un crayon et une tablette de chocolat, au cas où je craquerais et ai résisté, je n’ai craqué ni pour l’un ni pour l’autre.
J’ai posé des questions à l’enseignante aussi quand j’en ai eu besoin et cela m’a été très utile. Cela m’a permis de dépasser certains blocages. Par exemple, les 3 premiers jours je me sentais toujours épuisée et je cédais facilement à l’appel de l’oreiller pendant les méditations dans ma chambre seule. L’enseignante m’a indiqué que c’était ma conscience qui fuyait et tentait de s’échapper en dormant. Elle m’a conseillé de pratiquer dans la salle commune et me lever régulièrement si besoin. J’ai ensuite toujours pratiqué dans le hall de méditation et l’énergie collective m’a aussi beaucoup aidée.
Chaque jour également, il y a un discours de Goenka, celui qui a enseigné cette technique en Inde puis en Occident. C’est sa voix qui est diffusée pendant les méditations de groupe, sur une K7. Il guide et donne les instructions pas à pas. Je suis allée aux discours en anglais, pour avoir l’original et j’étais contente de ce choix. Chaque jour, de 19h à 20h15, c’était la bouffée d’oxygène. Les discours répondaient souvent aux questionnements du moment. Et les illustrations données permettaient de mieux comprendre les enseignements.
3. C’était intense et doux à la fois > j’ai dû lâcher prise et me laisser surprendre
Au delà de la technique enseignée dans les règles de l’art et de l’organisation millimétrée, il s’agissait aussi de lâcher prise sur les résultats escomptés. Je ne savais pas ce qui m’attendait à chaque nouvelle heure de méditation. J’ai accepté, observé. Parfois il ne se passait rien. C’était frustrant et puis, progressivement, de jour en jour, j’ai aimé les sensations. Je pouvais recoller aussi l’expérience et mon ressenti avec les explications données.

Faire vipassana, c’est un peu comme apprendre le kitesurf somme toute. Au kite, le premier jour on apprend à diriger la voile sur la plage, le deuxième dans l’eau, le troisième on passe la planche au pied pour essayer de démarrer, le 4ème on apprend à rester debout sur la planche, puis on pratique, on pratique, on pratique et un jour on apprend à faire des virages, puis à sauter le cas échéant.
Comme chaque apprentissage, la méthode de méditation vipassana est également transmise progressivement : le premier jour on se focalise sur la respiration, le 2ème on restreint davantage la focalisation sur le passage de l’air dans les narines, le 3ème sur la zone sous le nez, et le 4ème on est prêts à ressentir les vibrations dans tout notre corps et on apprend à balayer progressivement chaque zone, puis on consolide ce savoir pendant 2/ 3 jours et on peut aller jusqu’à ne plus ressentir notre corps du tout, c’est le banga, ou l’orgasme des méditants.
4. C’était profond sur le fond > J’ai appris des enseignements que je peux mobiliser au quotidien
La méthode de méditation vipassana est une méthode d’apprentissage par l’expérience. Une histoire m’a particulièrement marquée pendant un discours de Goenka :
“Quand on va au restaurant, on lit le menu, dès lors, au niveau intellectuel, on peut savoir si la carte nous inspire et a l’air alléchante. C’est le premier niveau de la connaissance, le niveau intellectuel. Ensuite, si on regarde les gens autour de nous et que l’on voit leurs plats et leurs visages, on peut savoir si la nourriture a l’air bonne. C’est le deuxième niveau de la connaissance, le niveau inspirationnel. Enfin, quand on reçoit notre assiette et que l’on goûte la nourriture, on sait que la nourriture est bonne. C’est le niveau le plus puissant de la connaissance : le niveau expérimental.”
La technique de méditation vipassana permet d’expérimenter au niveau corporel les enseignements majeurs du Buddha : le monde est sans cesse changeant.
Un instant on ressent une forte douleur dans notre dos. Et quelques minutes plus tard, elle a disparu. Les sensations au niveau physique apparaissent et disparaissent sans cesse. Parfois elles persistent pendant l’heure entière de méditation de groupe où l’on doit impérativement rester immobiles, mais au pire, elles disparaissent dès lors que l’on bouge de nouveau.
Face à cette réalité de l’impermanence du monde, la technique de méditation vipassana propose de développer nos facultés d’équanimité. Accueillir à la fois les sensations agréables comme désagréables et les accepter comme telles, sans avidité pour les plaisirs ni aversions pour les difficultés. J’ai aussi appris à détacher mon mental de mes sensations physiques : avoir des larmes qui coulent sur mes yeux sans que cela ne soit guidé par quelconque pensée triste.
C’est mon expérience. Chacun vit ces 10 jours différemment. En tous cas, je recommanderais à toute personne qui y va :
- De le faire pleinement, de ne pas éviter des moments de pratique, s’engager à 100%, même quand c’est difficile et que l’on a l’impression de ne pas y arriver
- De faire confiance totalement à la méthode, se laisser guider, sans essayer de poser un jugement critique, pour se laisser aller complètement à l’expérience
- De poser des questions, d’utiliser tout ce qui est mis à notre disposition pour avancer dans l’expérience : c’est une méthode prouvée et éprouvée, tout le cadre est un support solide pour que l’on en profite pleinement.
- De pratiquer au maximum avant. Je méditais déjà tous les matins depuis 2 ans, et je pense que ça m’a énormément aidée. J’ai aussi pu comprendre certains ressentis de pratiques passées comme des larmes qui coulaient de mes yeux sans que je sache pourquoi.

Mon bilan
J’ai aimé :
- Le côté laique de la pratique
- Les graines germées et les plats végé
- Les discours et chants de Goenka
- Le calme environnant le centre et le chant des oiseaux face au silence des hommes
J’ai moins aimé :
- Le retour à la parole
- Les douleurs et difficultés de la méditation intensive
- Le régime de bananes
- L’absence d’activité physique
En quoi est-ce que je me sens différente aujourd’hui ?
Je crois que la principale différence se situe dans mon rapport au temps. Chaque journée est plus intense. Chaque heure, chaque minute sont d’une densité incroyable. Je suis plus présente à ce que je fais et j’ai l’impression de vivre plus fortement chaque moment. Les journées passent et chacune est une aventure à part entière, pleine d’observations, d’échanges, de petits et grands événements qui me font me sentir vivante, pleinement. C’est dur à décrire mais tellement puissant. J’ai l’impression d’avoir vécu 1 an depuis que je suis rentrée en juin.
J’ai aussi expérimenté pour la première fois la richesse du silence intérieur comme extérieur. Et, même si cet apprentissage me semble encore difficile à mobiliser dans ma vie active, je pense que cette expérience reste en moi, présente, que je peux retourner à cette sensation à tout moment.
Et surtout j’ai appris à appréhender et accueillir les événements qui se produisent dans ma vie avec le même regard. Profiter de la joie et du bonheur quand il est là sans toutefois le rechercher à tout prix et accepter quand il y a des difficultés sur le chemin, y faire face. Je sais que les sentiments de bien-être comme d’inconfort sont impermanents, qu’ils disparaîtront in fine.
Je souhaite à tout le monde de vivre cette expérience. De se donner du temps pour se rencontrer, être avec soi-même, seulement, sans aucune distraction. Mieux se connaître et apprendre à différencier le mental, du corps et du coeur. Pour mieux apprécier chaque précieuse minute que la vie nous apporte. Chaque mot prononcé. Chaque intention posée. Chaque action réalisée. Et partager cette sagesse pour que tous les êtres vivants soient heureux et libres.
J’ai eu comme l’impression de passer un niveau à Mario Kart et de récolter de nouveaux super pouvoirs, tout en étant la même au fond. Et comme toute chose qui nous transforme autant, ce n’était pas facile, et c’est ce qui rend la joie de l’expérience d’autant plus intense, vive et puissante. J’ai envie d’y retourner, je verrai quand cette opportunité se représentera pour moi de nouveau, quand je sentirai que c’est le bon moment, le bon endroit.
Béné,
Pour plus d’amour, toujours.
