Les taxis contres attaquent — L’histoire vraie de Uber 6/7

Benjamin Chaminade
Oct 18, 2018 · 26 min read
Le Podcast épisode 6/7

Si vous avez manqué le début :
Partie 1/7 : Culture startup et piratage de masse.
Partie 2/7 : Ouber ou Youber, telle est la question
Partie 3/7 : Le Purgatoire de Monsieur Kalanick
Partie 4/7 : One night in Paris et autres bullshit
Partie 5/7 : Levée de fonds pour toucher le fond

Bienvenue dans l’épisode 6 et avant dernier épisode relatant les débuts de Uber. Au dernier épisode je vous ai laissé sur un cliffhanger des familles en fin de matinée du mercredi du 20 octobre 2010 quand des agents municipaux accompagnés de la police étaient entrés dans le local d’Ubercab à la recherche de son CEO, Ryan Graves. Ils le cherchaient pour lui donner une lettre interdisant l’activité de Uber jugée illégale. En terme juridique américain : une lettre de Cease and Desist.

Lettre de la San Francisco Municipal Transportation Agency — et Bim.
Lettre de la California Public Utilities Commission — et re-bim

Avec les agents toujours dans le petit bureau surchauffé, Austin Geidt envoya les photos de la lettre de Cease & Desist à Ryan qui se trouvait en réunion avec le Board d’Uber au complet comprenant Garrett, Travis, Chris Sacca et Bob Hayes. Réunion qui tourna à la cellule de crise en un seul SMS. La lettre menaçait Ubercab d’amendes de 5000$ par course ET le CEO de 90 jours de prison pour chaque jour où l’entreprise restait en activité après la date fixée par la C&D. La date étant celle du jour même.

Mais attendez une minute…

Quelle loi avait-ils enfreint ? Et qui était derrière cette lettre cherchant à casser les genoux d’Ubercab après 5 mois d’activités ?

Pour trouver l’origine de cette action de blocage, pas besoin d’aller très loin. Il suffit de se tourner vers le monde des chauffeurs de taxi.

Ce petit monde avait commencé à s’inquiéter de l’arrivée d’Ubercab dès septembre.

J’en ai trouvé la preuve dans les commentaires d’un article du 16 septembre 2010 publié sur le blog d’un chauffeur de taxi du nom de Ed Healy et dont le blog, qui n’est plus mis à jour mais qui est toujours en ligne quand je vous parle, s’appelle the phantom cab driver Phites back — qui cumule deux jeux de mots pourris. D’abord en faisant référence aux deux trilogies de Star wars. Ensuite avec le mot Phites qui semble dénommer les métis filipino/white. A priori ce mot n’est pas à utiliser si vous ne l’êtes pas.

Bref. L’article en question résumait une réunion du TAC, le Taxi Advisor Council, durant laquelle un chauffeur de taxi — Eric Hattan — avait présenté au conseil l’expérience qu’était en train de faire Ubercab. Expérience qu’il avait présenté comme un service de taxi high-tech illégal.

Sous l’article de Healy on peut lire les commentaires suivants :

> « Ubercab semble être clairement en violation des régulations de la SFMTA et PUCC. PUCC étant la California Public Utilities Commission. » Auteur Anonyme

> « Absolument — ces limousines proviennent de l’enfer » Crocker amazon, le pseudo utilisé par Healy, l’auteur du blog

Pas Ed Healy

> Et enfin, Erik Hattan, celui qui est intervenu lors de la réunion qui lui aussi laisse à 3 heure du matin — surement à la fin de son shift — un commentaire circonstancié qui doit être le copié-collé de son intervention devant la commission :

“J’ai fais des recherches sur Ubercab. Selon Alexa.com et Sitealytics.com, les 2 entreprises qui suivent le trafic sur internet, le nombre de visiteurs sur le site web de Ubercab a augmenté de 100% en Septembre. Ils ont reçu 60 000 visites ce mois-ci sur leur site. Ca fait 2000 par jour. (ndla. Ce que ne sait pas l’auteur est que lors de ce mois de septembre Uber a transporté très exactement 427 personnes). Rappelons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, la section des petites annonces de The Chronicle et de l’Examiner se sont moqués de Craiglist en traitant ce site de panneau d’affichage en ligne. Regardez où ils on sont maintenant : L’Examiner est devenu l’ombre de lui même à cause de la perte de revenus de la pub et The Chronicle a vendu sa section petites annonces.

Les nouvelles technologies peuvent faire disparaître les anciennes pratiques très rapidement. Une fois que cette jeune technologie sera devenu une habitude pour le public, il sera peut-être trop tard pour faire marche arrière.

Si Ubercab est vraiment illégal, ce que je pense, l’industrie du taxi devrait agir sans hésitation. Nous avons la loi de notre coté selon la loi Mark Leno AB 1310 qui est passée il y 3 ans pour répondre à ces taxis hors la loi.(ndla: C’est cette loi californienne qui oblige tout chauffeur de personne d’avoir un certificat ou un permis sous peine de $5000 d’amende et 90 jours de prison par violation.)

Cette entreprise s’appelle Ubercab et pourtant elle nie être une société de taxi. Le problème est que le public ne connait pas la différence. Quand ils appellent pour une course, ils entrent sans le savoir dans une limousine mal ou pas du tout assurée avec un chauffeur qui n’a fait l’objet d’aucune vérification de ses antécédents criminels ou de formation à la sécurité. Le Passager serait probablement plus en sécurité à faire de l’auto-stop. Cela sera une tragédie quand quelqu’un sera sérieusement blessé ou tué et que la famille découvrira qu’il n’y a pas d’assurances comme il y en a avec les Taxis de San Francisco.

Ce business est une menace sérieuse. Comme l’une des personnes qui a laissé un commentaire dans l’app store l’écrit : «Je peux m’asseoir au bar et regarder mon chauffeur s’approcher sur l’écran de mon iPhone. Pourquoi voulez vous que j’essaie de trouver un taxi vide qui peut ne jamais arriver ?»

Ubercab déclare aussi que n’importe qui avec un permis de conduire, une voiture et une assurance peut joindre leur programme et commencer à gagner de l’argent en prenant des passagers dès aujourd’hui. (ndla. Ce qui n’est pas vrai. Pas encore)

Si nous agissons ensemble, nous pouvons abattre cette opération de taxis illégaux.”

Vous remarquez la pédagogie habituelle infantilisant les clients, les plaçant comme des victimes potentielles et traitant le nouveau venu de dangereux. Sans à aucun moment écrire que les Taxis avaient leurs responsabilités dans l’arrivée d’acteurs comme Ubercab.

> Healy, l’auteur du blog lui répondit le lendemain matin : “Je commence à m’inquiéter à propos de Ubercab. Merci d’avoir attiré mon attention. Si nous les autorisons à continuer, ce groupe pourrait effectivement déréguler notre industrie et rendre nos médaillons sans valeurs. Je vais regarder ça de plus près.”

Si j’avais une machine à répondre aux messages de blog du passé je lui répondrai que son commentaire était visionnaire : 1/3 des chauffeurs de taxi de San Francisco allait bientôt rendre leur médaillon pour devenir chauffeurs Uber et que dans les villes ou les médaillons étaient à vendre, comme NYC, ils allaient perdre 6X leur valeur et passer de 1,2 millions (l’argent levé en seed par Ubercab pour se déployer sur San Francisco) à 200 000 dollars en 2018. A Paris ce prix allait perdre 50% de sa valeur passant de 240 000 euro à 120 000 en juin 2018 selon la Compagnie de taxi CTT. Je pourrais aussi lui dire qu’en 2017, il y aurait à San Francisco 12 fois plus de courses en VTC qu’en Taxi.

Plouf

Mais n’allons pas trop vite. Je ne vous ai pas encore présenté Christiane Hayashi. Une blonde au yeux gris — contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom de famille — qui était directrice de la SFMTA depuis le printemps 2009. LA SFMTA est l’agence municipale qui régule les transports de la ville, des taxis aux vélos en passant par les infrastructures routières et piétonnes. Et Christiane Hayashi était la personnalité la plus puissante de cette industrie défaillante et que fréquentait régulièrement — lors de ces fameuses réunions — Ed Healy dont j’ai largement cité le blog.

Christiane Hayashi, happy ?

Quand elle est arrivée à ce poste, le monde du taxi ne ressemblait pas du tout à celui d’aujourd’hui. A l’époque, comme vous le savez déjà, Il y avait une liste d’attente pour obtenir un médaillon. Ces médaillons étaient limités, gratuits et ne pouvaient pas être acheté ou transmis. Résultat : Il n’y avait pas assez de taxis dans les rues, aucun en banlieue et un trou dans la caisse de 50 millions de dollars.

Hayashi avait été appelée pour réorganiser ce foutoir et travailler sur le projet de moderniser le secteur en s’inspirant notamment deNew-York qui avait un programme permettant aux taxis d’emprunter pour acheter leur médaillon au prix de 250 000 dollars avec une priorité donné aux chauffeurs de taxi les plus anciens. Très très mauvais timing pour elle…

Dans ce projet de réorganisation il était aussi considéré de demander aux chauffeurs de taxi de s’équiper en terminaux mobiles pour accepter les cartes bancaires. Cette proposition fut très très mal reçue. Avoir un TPE revenait à faire baisser leur chiffre d’affaires à cause des frais sur les débits CB, cela allait diminuer les pourboires et pire…donner un moyen au fisc d’en savoir beaucoup plus sur leur vrai bénéfice. Paris ou San Francisco même combat, comme vous vous en doutez, cela se termina par des manifestations, des klaxons et des panneaux “Christiane tire-toi, laisse nous tranquille ».

Christiane, on t’aime !

Comme elle le dira des années plus tard, “Je commençais à réaliser que j’avais eu ce job parce que personne d’autre n’en voulait.»

C’est le drame Christiane.

Quand Ed Healy appela Christiane Hayashi suite au commentaire qu’il avait reçu sur son blog, il compris vite qu’il n’était pas le premier à l’appeler pour lui demander ce que comptait faire la mairie concernant cette application qui permettait aux chauffeurs de limousine de prendre des passagers comme des taxis. Même si ce secteur était moins régulé que les taxis, une loi les obligeait à ne prendre que des courses pré-arrangées au minimum 1 heure avant ! En plus,alors que les taxis utilisaient un taximètre testé et certifié par le gouvernement qui permettait de calculer le prix de la course en fonction du temps et de la distance. Ce prix dépendait de la distance parcourue quand la voiture se déplace au delà de 11mph (17km/h) et le temps quand elle se déplace en dessous 11mph ou est à l’arrêt.

De leur coté les Ubercabs utilisaient un iPhone, vous imaginez, un iPhone !!!

Vous comprenez la pression que subissait Christiane Hayashi qui se retrouvait accusée de ne pas faire son boulot en laissant fonctionner Ubercab qui menaçait les métiers de dispatcher et de taxi… et les cadeaux de Noël de leurs enfants. Les limos et blacks cars étant réglementées au niveau de l’état par la PUCC “the Public Utilities Commission of California» elle organisa une action commune pour défendre les intérêts des taxis et remettre les chauffeurs utilisant Ubercab à leur place.

Je vous la fais courte ce qui était reproché à Uber était :

> D’opérer comme une compagnie de taxis sans avoir une licence de taxi

> D’utiliser des chauffeurs qui n’avaient pas d’assurances équivalente aux assurances des taxis

> De prendre des clients à la minute alors que seuls les taxis étaient autorisés à prendre des passagers immédiatement

> D’utiliser le mot cab dans leur marque et leurs statuts qui peut faite croire que Ubercab est une compagnie de taxi

C’est ce dernier motif que la directrice dela SFMTA utilisa pour le C&D : Selon la loi Mark Leno AB 1310 toute personne se faisant passer pour un taxi sans avoir les assurances et licences nécessaires est passible de 5000 dollars d’amende et de 90 jours de prison par violation.

Et là, notez l’à propos de John Wolpert, le créateur de Cabulous qui choisira ce moment pour appeler Ryan Graves en référence au rendez-vous qui s’était mal terminé à cause de Travis et lui dire «Alors, c’était une bonne idée de complètement ignorer des dizaines d’années de régulation des transports ?».

Autant dire que son appel se terminera par Ryan lui raccrochant au nez.

Ryan Graves. #Thuglife.

En fait, pour revenir à ce 20 octobre 2010, Ubercab ne Ceasa pas et de Desista pas non plus. Il était hors de question de donner raison à un système de dinosaures que les fondateurs et investisseurs de Ubercab — issue de la Silicon Valley — considéraient comme le monde 1.0… comme on disait encore à l’époque. En plus, obéir était reconnaître qu’ils étaient dans leur tort. Ce qui était hors de question puisqu’ils jugeaient ne pas l’être et ne faisait que proposer une alternative au système actuel.

En tant que CEO visé par le C&D, Ryan Graves demanda immédiatement un rendez-vous avec la SMTA. Celui-ci fut organisé pour le 1er novembre. 10 jours après la réception de la lettre.

Pendant ces 10 jours, la machine à communiquer de Ubercab se mit à tourner à plein régime. Dès le lendemain, le logo avait abandonné le CAB sur le site et la page Facebook, un article de blog annonçait le Cease & Desist en revenant sur le fait qu’il était sur de leur bon droit et que leur service est totalement légal. Enfin, nuance, en anglais ils utilisèrent le mot — « believe ». Ils « croyaient » que leur service était légal.

L’article, qui sera repris à de nombreuses reprises dans la presse tech, se poursuit avec plusieurs justifications : « Uber est le premier sur le marché avec une technologie d’avant-garde et les lois actuelles n’ont pas été conçues avec cette technologie à l’esprit. (ndla : La phrase suivante semble avoir été écrite directement par Travis, un gant de velours pour tenir une botte d’orties) Nous serons heureux d’éduquer le corps législatif sur cette nouvelle génération technologique et travailler main dans la main avec les deux agences pour assurer notre conformité et garder notre service disponible auprès de nos utilisateurs et conducteurs. Notre engagement est de faciliter et d’améliorer les options de transports qui fournissent un moyen de se déplacer qui soit sûr, fiable et pratique. Nous allons encore aller plus vite dans notre mission de faire de San Francisco une belle ville où vivre et voyager. »

C’est sur qu’avec ça, ils mettent les officiels avec lesquels ils ont rendez-vous le 1er novembre dans de bonnes conditions.

Il ne fallut pas longtemps à la presse pour s’emparer de cette histoire de Cease & Desist servie à Ubercab et c’est intéressant de voir la divergence des points de vues à ce sujet.

Je pense notamment à Techcrunch qui publia 2 articles le même jour, le samedi 24 octobre posant des réflexions diamétralement opposées.

D’un coté Lora Kolodny qui pose la question de savoir si ubercab qui était maintenant en opération depuis 4 mois — allait passer l’hiver.

De son coté, toujours dans Techcrunch un autre auteur — M.G. Siegler qui deviendra General Partner à Google Venture écrit que d’accord, recevoir une lettre de Cease and Desist n’est pas agréable, mais c’est en même temps une immense validation de ce qu’essayait de faire Ubercab et que la SFMTA ne se serait pas déplacée si le service ne dérangeaient personne. Après tout, si vous ne dérangez personne, vous ne servez à rien !

M.G Siegler et Travis Kalanick, devinez où..

Pour M.G. Sieger, cela prouvait que les taxis avaient peur du Business model de Ubercab et que Ubercab n’allait pas se laisser arrêter aussi facilement ! Il cite pour preuve les tweets de Chris Sacca qui avait déjà été dans cette situation. Ouvrez les guillemets “Nous avons investi dans @280north après que Apple est balancé un cease & desist sur eux et que d’autres investisseurs avaient passés leur chemin. Nous avons pourtant revendus nos parts 10 fois notre prix d’investissement quand Motorola a racheté 280north pour 20 millions.»

Puis dans un autre tweet : « Mon ancienne entreprise Speedera a été poursuivie une douzaine de fois par ses concurrents avant qu’ils ne la rachète pour $140 millions. #gameonuber ».

Le 1er novembre arriva vite et, accompagnés de leur avocat, Ryan et Travis arrivèrent à l’heure — pas en retard, mais pas en avance non plus — ils n’avaient rien à se faire pardonner après tout et étaient sur de leur bon droit. En tout cas, ils se sentaient prêts à rencontrer pour la première fois Christiane Hayashi et les autres officiels des transports de SF quand ils appuyèrent sur le bouton 7e étage du 1 South Van Ness à l’angle avec Market Street. Les bureaux de l’agence.

SFMTA offices

Il s’agissait de la première réunion avec des officiels et des milliers d’autres qui suivront ville après ville à travers le monde. Ryan était sans doute le plus nerveux. Normal, c’était lui le CEO qui risquait de la prison, pas Kalanick le super-advisor de mes — bip. Ils entrèrent dans la salle en ayant écouté leur avocat leur conseillant de nouveau d’être humble, à l’écoute, bienveillant et coopératif. Bref, on y va à la cool parce que comme leur avocat leur a dit : c’est eux qui ont raison, vous êtes dans l’illégalité.

Faites confiance à Kalanick pour que les choses partent en vrille. C’est lui qui prit le plus la parole lors de la réunion. Comme il le dira à Disrupt en juin 2011: “si j’avais peur d’échouer à Red Swoosh, maintenant je n’ai plus peur. Maintenant je peux m’amuser et y aller pour tuer”. Ambiance. Bref, selon une interview donnée en janvier 2013 au Wall Street Journal Kalanick racontera que Christiane était furieuse et criait.

Mais bon, comme j’ai déjà du vous le dire, ne jamais prendre pour argent comptant ce que Kalanick peut dire l’exonérant ou le mettant en valeur.

Bien sur, Christiane Hayashi dira ensuite que ça aurait été donner trop d’importance aux 2 types d’Ubercab qui étaient devant elle que de crier. Elle se rappellera qu’ils avaient été tous les deux odieux. Surtout Kalanick — comme par hasard ! — qui avait été arrogant par dessus le marché. Elle se rappelle encore leur dire “Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous ne pouvez pas ouvrir un restaurant et dire que vous allez ignorer le département de l’hygiène !» Et Kalanick de répondre « Mais nous n’avons pas ouvert de restaurant ! Nous avons une application qui présente le menu !»

Dialogue de sourds. Reconstitution.

En résumé, elle ne parvenait pas à leur imposer son point de vue qu’elle jugeait le plus légitime. Cette réunion était une perte de temps et ces deux petits c… n’allaient de toute façon pas changer un système existant à San Francisco depuis 1909 ! Qu’est ce qu’ils croient avec leur put.. satané iPhone. Saperlipopette.

Christiane ne comprenait simplement pas l’état d’esprit de ceux qu’elle avait devant elle. Ryan et Kalanick étaient persuadés de mener une croisade contre un système déficient tout en améliorant la vie de ceux qui devaient se déplacer dans San Francisco. Elle, ne voyait qu’une seule chose : Que son rôle était de défendre et de préserver le système des taxis — qu’elle trouvait pourtant elle-même défaillant — dont elle avait été chargée de changer au bénéfice de la ville. Rappelez-vous que son job était de récupérer 50 millions de dollars et qu’elle venait d’arriver. Ubercab était l’opportunité qu’elle attendait pour taper du poing sur la table et gagner en légitimité et passer le message aux chauffeurs de taxi et à la mairie — surtout à la mairie en fait — qu’elle veillait au grain — enfin au gain.

Si cette réunion ne servit à rien selon Hayashi, elle fut portant un point d’inflexion très important pour l’avenir de Uber car elle poussa Kalanick à réfléchir au rôle qu’il souhaitait tenir dans Uber et que Camp lui proposait depuis 2 ans.

Du sable de Hawaii à la neige de Paris en passant par le froid glacial de l’inauguration d’Obama, Camp a toujours vu dans Kalanick quelqu’un de confiance, de compétent et bon surtout de plus extraverti/teigneux que lui pour développer son idée. Alors que lui était l’heureux CEO de la société qu’il avait cofondé. Un job tranquille qui lui permettait de se challenger intellectuellement sans contrarier sa timidité. C’est tout ce qu’il demandait.

Il n’avait pas du tout l’ambition de devenir le CEO de 2 sociétés en même temps (à la façon de Elon Musk, Steve Jobs ou dans la version Clown de Jack Dorsey). Très peu pour lui.Camp étant un informaticien plus intéressé par la création que la gestion ou le développement. Pour preuve son parcours d’une linéarité ennuyeuse.

Jack Dorsey, CEO de Twitter et Square, joue aux marionnettes

Pour en revenir à Kalanick, en Octobre 2010, au moment de la réunion avec la ville, il commençait à dire qu’il était sorti de sa phase de Burnout post-Red Swoosh et se sentait prêt à reprendre un job à plein temps et quitter sa vie de voyageur, investisseur, advisor et vice champion du monde de Wii tennis.

Et en jobs, il avait de quoi faire :

> Le premier job possible était de poursuivre ses propres idées. Ils en avaient quelques unes dont nous avons déjà parlé. Après…ça reste entre nous, mais ses idées de Startups ne volaient pas forcément très haut, ni très loin.

> La Seconde possibilité: Continuer à être un investisseur impliqué ou un advisor pour les entreprises dans lesquelles il était investisseur et animer des cessions au JamPad. Il pourrait se contenter de suivre ses investissements de loin en loin. Les boites qu’il a financé fonctionnaient bien sans lui. Il pourrait continuer à voyager, demander à ses copines de lui trouver des filles pour des plans à trois (Ndla. Comme le dira son ex Gabi Holzwarth) avec et avec un peu d’organisation garder son titre de vice-champion de Wii tennis et de 7e mondial sur Angry birds.

> Sa troisième piste était d’accepter de devenir CEO de Formspring, un site de question et réponse lancé en même temps que Quora, qui venait de lever 14 millions de dollars et qui promettait de devenir le prochain grand réseau social. Il était à ce moment là en discussion sur son salary package donc les choses devenaient sérieuses. En plus, la société avait besoin d’un Mr Wolf car elle se trouvait empêtrer depuis début 2010 dans plusieurs affaires impliquant des ados comme des messages de haines, des bagarre et un suicide. Malgré cela Travis était persuadé qu’il tenait le prochain Facebook et challenger Zuckerberg qu’il connaissait et avait conseillé à ses débuts le bottait pas mal. D’ailleurs, il aime bien rappeler que dans le film «the social network» lorsque Sean Parker et Zuckerberg se rencontrent pour diner il était là mais que dans le film son rôle était tenu par une femme.

> La dernière possibilité était de passer à plein temps sur Ubercab. Il faut bien dire que petit à petit, l’idée devenait de plus en plus envisageable.
D’abord parce que maintenant que Ubercab était staffé, venait de lever de l’argent et que Bill Gurley lui avait fait comprendre que ce ne serait pas bien difficile de relancer un autre round. Alors pourquoi repartir de zéro quand un projet partait aussi bien et pouvait lui permettre de réparer l’injustice que seuls les chauffeurs de taxi pouvaient transporter des clients dans le cadre d’un monopole ? En plus, Uber attirait les journalistes de journaux grands publics et il faut reconnaître qu’il aimait bien être à la lumière après avoir passé 7 ans dans l’obscurité de Red Swoosh dont l’activité n’était comprise que par d’autres ingénieurs.

Mais une autre raison commençait à faire pencher la balance vers Uber. Le business de la boite promettait d’être complexe et lui de relever 2 challenges qui l’excitaient beaucoup :
> du coté ingénierie, développer un algorithme permettant de rendre la connexion entre les clients (pour Uber les clients sont les chauffeurs de limousine) et les utilisateurs (les passagers) plus efficiente dans la mise en relation et dans le temps de parcours prévu. Ce qui plaisait beaucoup au geek matheux en lui.

> Et du coté développement business, cette réunion venait de lui prouver une fois pour toute que sa vision de proposer un service de limousine haut de gamme en 1 click était la bonne car il semblait menacer le secteur dysfonctionnel des taxis alors qu’il n’y avait en novembre 2010 que 600 limousines à SF dont cinquante utilisaient UBER contre1585 taxis.

Ce garçon semble aimer les batailles perdues d’avance. Et en plus, avec Uber, il faudrait faire preuve d’ingéniosité et se renouveler sans arrêt pour trouver le moyen de s’installer dans les prochaines villes. Ce qui lui plaisait beaucoup, lui qui se présentait souvent comme étant «Monsieur Wolfe» en référence au personnage de Pulp Fiction joué par Harvey Keitel que l’on appelle pour résoudre un problème. En France c’est plutôt le capitaine Flam — mais passons.

Revenons au 1ernovembre 2010, en sortant de la réunion, plusieurs choses étaient devenues très claires dans l’esprit de Kalanick :

1.D’abord qu’il était en colère. Il aurait du assister à cette réunion en tant que CEO et pas en temps que simple Advisor ! Il avait été pris de haut par Hayashi qui ne comprenait pas pourquoi il était là. Avec le recul, cette réunion eut un poids beaucoup plus lourd dans sa décision de devenir CEO de Uber que tout ce que lui avait dit Garrett depuis 2 ans. D’un seul coup, il s’apercevait qu’il avait vécu des réunions comme celles-ci avec Scour et qu’il connaissait la marche à suivre. Après tout, il était «Monsieur Wolfe». Il pouvait être plus utile à Uber que dans toutes les autres entreprises dans lesquelles il avait investi et qui fonctionnaient sans lui.

Travis pas content

2. Ensuite, plus concrètement et plus urgent, l’équipe d’Ubercab allait devoir montrer qu’elle n’était pas une compagnie de limousine jouant au taxi mais une startup Tech qui développait une app de mise en relation ! Ce qui signifiait qu’il leur fallait cesser d’utiliser le mot Cab dans leur com. qui donnait un point d’accroche trop facile aux attaques de la ville et du syndicat des taxis. En réalité, ils n’avaient pas attendu de revoir l’ordonnance de C&D pour réfléchir à virer le « Cab » de Ubercab. Ils avaient déjà décidé depuis un moment de devenir Uber tout court qui était de toute façon la dénomination qu’ils utilisaient entre eux.

C’est Chris Sacca — le pote de jacuzzi de Kalanick qui jouera l’intermédiaire avec Universal qui possédait le nom de domaine uber.com. L’acquisition se fera contre 2% des parts de l’entreprise. 2% de Uber en 2018 représentent 1 milliard 400 millions en 2018 pour info. Universal a également posé la condition de récupérer le nom de domaine si Uber ne fonctionnait pas. Le changement fut rapide puisque 2 jours plus tard, le 3 novembre, quand l’App Android fut disponible au téléchargement, elle ne s’appelait plus Ubercab mais simplement Uber.

Petite note de bas de page concernant les parts d’Universal, Chris Sacca les recontactera début 2012 après la série B de Uber pour racheter ces 2%. Il apprendra qu’il avait été battu de peu par Kalanick qui les avait déjà récupéré. Ce qui débutera une cascade d’événements qui mèneront Travis à accuser Chris Sacca de chercher à vendre ses parts et à Sacca de le virer de chez lui.

3. Travis avait aussi compris que si Uber cessait ses activités comme ordonné par le C&D — cela donnerait la preuve formelle que les accusations portées contre Uber étaient vraies et le système des taxis, jugé dépassé et corrompu par Kalanick aurait gagné. Ce terme de corrompu peut faire tristement sourire quand on pense à ce que deviendra Uber dans quelques années.En tout cas pour Travis c’était hors de question. Je pense que vous avez compris depuis le début de ces chroniques que Travis n’avait pas plus d’empathie pour les chauffeurs de taxis que Garrett Camp. Les choses étaient simples pour lui : ce système devait disparaitre. Point final. Il ne savait pas vraiment comment à ce moment là mais il trouverait. En tout cas, comme il le prouvera jusqu’à son limogeage en 2017, pour atteindre ce but tous les moyens seront bons, même les moyens les plus brutaux.

Finalement, fin Novembre 2010 c’est le PUC (Public Utilities Commission of California) qui accepta en premier la vision de Uber comme startup développant une app et pas comme une société de limousine. Et comme San Francisco est en Californie et que le bureau de l’attorney général de la ville ne donna pas suite à la demande de Hayashi de réguler Uber, celle-ci ne pu qu’accepter la décision et accélérer autant quelle pouvait la mise en vente des médaillons aux chauffeurs de taxis en commençant par les plus anciens.

L’alerte passée, Kalanick avait pris sa décision. Il allait rejoindre Uber ! Mais pas avant d’avoir négocié son package avec les autres investisseurs car ok, il était prêt à prendre le rôle de CEO mais pas pour les 10% qu’il possédait déjà en tant que co-fondateur et advisor.

La structure d’ownership de Uber est encore simple à ce moment donc on peut encore suivre ce qu’il se passe. En prévision des prochaines levées de fonds et de dilution de ses parts Travis demanda que ses “preferred parts” soient augmentées à 23% avec le nombre de droits de vote correspondant. Le calcul qui a mené à ce chiffre ne m’est pas connu et on ne connaît pas le nombre exact de parts qu’a lâché Garrett lors de la première levée de fonds. Elles peuvent être évaluées à 10% du capital. La seule chose de sure est qu’il en possèdera 5% jusqu’au deal avec Softbank en janvier 2018.

Par la suite, la structure d’ownership d’Uber deviendra extrêmement plus compliquée avec des stocks et des « parts préférées » possédées par les premiers investisseurs qui donnent des droits de vote. En 2017, Travis en possèdera 10% qui lui donneront 16% des droits de vote et 3 sièges au conseil d’administration. Il possèdera aussi jusqu’à 35% des Actions communes de classe B qui, elles, ne donnent pas de droits de vote.

Pour revenir à 2010, les membres du Board renâclèrent un peu mais finalement donnèrent à Kalanick ce qu’il souhaitait. Autant dire qu’ils n’eurent pas à le regretter.

15 jours avant de partir à la conférence Leweb10 à Paris ou Travis devait être interviewé par Lemeur avant d’animer lui-même une table ronde, Ryan fut prévenu par Chris Sacca — c’était une idée de Travis de passer par lui plutôt que de l’annoncer directement — que Travis rentrait à Uber à plein temps et prenait le poste de CEO.Les papiers furent signés le 23 novembre mais le changement ne sera annoncé sur leur blog que le 22 décembre.

Entre la prise décision et l’annonce du changement, Travis se rendit comme tous les ans à la conférence leweb pour être le modérateur d’une table ronde sur le sujet de l’argent dans la Silicon Valley. Arrivé en retard- à cause d’un taxi paraît-il — en sueur et encore en train de retrouver son souffle, il fut présenté à ce moment là comme «Entrepreneur & Angel investor», aucun mot sur Uber.

C’est pendant ce séjour qu’il transformera son compte Twitter de Kona_Tbone en travisK et créa un second compte bloqué reprenant le pseudo Kona_Tbone. Vous suivez ?

Quelques jours plus tard, Bram Cohen — le créateur de Bittorrent — lui demanda d’accéder au compte bloqué et reçu la réponse de Travis : Je te débloque si tu dis que @travisK est le second plus créatif P2P innovateur de la planète ;)…

Petite histoire en note de bas de page. Lorsque Travis assista à Leweb10, il paya 2 chauffeurs français — l’un en Volvo l’autre en Mercedes — et leur donna chacun un IPhone en leur demandant de garder l’application Uber allumée et d’attendre son appel via l’App à la fin d’un diner qu’il organisait. Il dira sur Twitter qu’il lui fallut 2 heures pour allumer (lit up) Uber à Paris.

Première course en Uber à Paris. Copie d’écran de Travis Kalanick

Il terminera la première course officielle de Uber à Paris dans la Volvo à 19h48 pour une course de 10mn au départ de l’hôtel Millenium métro Richelieu Drouot. A la fin du diner, il sort son iPhone 4s, démarre son app et commande un Uber pour lui et ceux qui l’accompagnaient. Comme tout utilisateur lambda. La seule différence : il n’y avait que 2 chauffeurs disposant de l’app, que ce n’était que pour la soirée et que pour lui.

Coup de pub pour montrer que l’app peut fonctionner partout dans le monde et petit plaisir de voir fonctionner son app à Paris puisqu’à ce moment là il avait déjà communiqué sur son site le petit conte de fée de l’invention d’Uber à Paris sous la neige. Finalement, sur les 2 chauffeurs qui avaient l’App, un seul arriva, le reste des convives durent attendre un vrai taxi comme Michael Arrington, journaliste et fondateur deTechcrunch, qui écrira dans son récit de la soirée qu’il a attendu plus d’une demi heure dans le froid.

Uber Paris, 1 an avant Uber Paris

La nomination de Travis comme CEO de Uber fut donc annoncée le 22 décembre dans un article publié sur le blog d’uber newsroom.uber.com intitulé «1+1 = 3».

Dans cet article, Ryan écrit qu’il est«Super Pumped»de voir comment l’équipe est solide maintenant que Travis est à bord à plein temps». Un peu plus loin, il laisse la parole à Travis qui ajoute de nouveau qu’il est «Frickin Pumped» d’être à Uber à plein temps.

Dans un article publié dans Techcrunch sur la base de ce post, Michael Arrington de Techrunch se moque gentiment de cet article en écrivant que Ryan a du se faire limogé et que «Décidément, tout le monde est Pumped de ce changement». Encore aujourd’hui, vous entendrez des salariés ou des personnes qui tournent autour de l’écosystème de Uber dire “Pumped”.

Voici la suite de cet article dont j’ai gardé certains mots ou expression intraduisibles en français, mais vous devriez vous en sortir :

« Après deux dans de recharge de batteries — après 15 ans d’entrepreneuriat — je suis prêt à reprendre la partie. Mais être prêt ne suffit pas. Créer et diriger des startups est dans mon sang. Mais comme tous ceux qui l’ont fait le savent, cela demande de vrais sacrifices, de longues heures et de suivre un chemin qui ne se termine jamais. Heureusement, quand est en harmonie avec son projet, le choix devient facile à faire.

Pour moi, tout commence avec qui je fais équipe. Selon ma courte expérience d’investisseur, mon premier critère est que quelque soit la personne assise en face de moi à la table, je puisse me projeter dans la création d’une entreprise avec elle. Je dois reconnaître que j’ai un biais concernant Ryan Graves (C’est moi qui l’ai recruté après tout) mais il y a très peu de jeunes cadres de startup qui amènent le genre de “Hustle”, d’intelligence émotionnelle et d’intelligence tout court — que lui. Dans les derniers mois avec Uber, Ryan a montré son habilité à construire et à déployer cette opération. Ryan va donc continuer à maintenir cette croissance alors que nous allons nous déployer au national et à l’international. De plus, il représente le type de personne que nous allons recruter pour continuer à « scaler »la partie opération.

Le second critère qui a du sens pour moi est la génialitude de l’idée (ndla. Allez donc traduire awesomeness en français). Pour moi, cela signifie disruption, cela signifie être à contre-courant, et cela signifie que la technologie est importante (Technology matters). Pour moi, Uber représente le triumvira de ce type de Startup.

> La Disruption est évidente quand je vois que les taxi sont en train de perdre leur calme à notre propos. Nous sommes des « games changers » dans le secteur du transport urbain et notre croissance et traction actuelles en sont la preuve.

> Pour la partie contre-courant, il s’agit de prendre les gens par surprise. Quand Garrett et moi parlions de notre projet il y a 18 mois, nos interlocuteurs levaient les yeux au ciel…Nous n’étions pas un réseau social cool, une « consumer web app » ou une nouvelle génération de startup 2.0. LCes gens à qui nous en parlions nous répondaient : Taille de marché ou logistique du monde réel. Nous avons créé Uber de toute façon et il y a quelques investisseurs qui maintenant regrettent de ne pas avoir investi à temps.

> La dernière catégorie «technology matters» déstabilise probablement beaucoup de monde. La plupart des gens ne comprennent pas à quel point la croissance de Uber est complexe. 2 mots : Supply. Chain. Chaine logistique. Pour les geeks, disons que nous devons atteindre NP-complet, c’est à dire que nous devons résoudre un problème très complexe avant notre café du matin. Disons aussi que la qualité de nos algorithmes et de notre technologie déterminera si nous allons gagnez GROS (ndla gros en majuscule) et si nous allons devenir le « winner-take-all »de notre catégorie. Pour des passionnés de technologies et d’algorithmes, c’est là ou est le coté sexy du projet.

En résumé, je suis à Uber « All in ». L’excitation et la joie d’être à UBER ressort des pores de ma peau et rien ne m’arrêtera de voir Uber se développer dans toutes les grandes villes américaines et dans le monde.

Alors qu’y a t’il après ? La frustration des taxis se réduira et la fiabilité, l’efficacité, la responsabilité et le professionnalisme dans le transport urbain ira vers le haut. … »

S’ensuit une montée lyrique sur Uber qui change le monde que je vous épargne.

Pour conclure, en plus de décider Kalanick à devenir le patron de Uber, il y eut une autre conséquence inattendue de l’action de Cease & Desist de Christiane Hayashi : La startup qui dérange l’establishment, symbole de la battaile du David technologique contre le Goliath du vieux monde, était un combat trop beau pour ne pas être relayé dans tous les journaux de la Silicon Valley et les blogs de la tech…suivit précisément par la cible visée par Uber.

Oui mesdames et messieurs, de la bonne pub gratos…

La suite, le dernier épisode : Le PlayBook de New-York City

Benjamin Chaminade est un conférencier et entrepreneur franco-australien spécialiste en innovation, management et Ressources Humaines.