Faites du bruit ! L’évidence est silencieuse

[Billet publié initialement le 27 juillet 2015 sur mon Tumblr — que d’évidence je diffuse ici maintenant]

Sacrée année 2015.

Après un stage de 6 mois dans une belle start-up de marketing digital de la Silicon Valley et la détente de la baie de San Francisco, le choc de mon retour en France a été accentué par cette drôle de journée du 7 janvier. 
Comme un réveil, ou plutôt une piqûre de rappel.

Au soir du 7 janvier, et pour la première fois du haut de mes 22 ans, j’ai connu cette irrépressible envie d’aller dans la rue. C’était nécessaire : je ne pouvais pas ne pas aller place de la République, ne serait-ce qu’un instant, c’était plus fort que moi. Depuis, je ressens un besoin intense de re-connection, de retour de l’humain, d’authenticité et surtout, de partager des choses qui ont du sens. De me retrouver moi-même et de se retrouver entre nous, entre amis, entre citoyens. De faire des rencontres, des vraies. D’échanger. [évidemment je suis en train d’écrire cet article sans parler à ma voisine dans le train… mais on en reparlera].
En caricaturant à peine, on devrait s’efforcer de parler plus que de la météo ou du score du dernier match de Ligue 1. Connaître de ceux qui nous entourent plus que leur filtre instagram préféré quand ils prennent un selfie, plus que là où ils sont allés en vacances et avec qui,… ça pourrait être enrichissant, non ?

Il faut partager. “Life is for sharing” comme j’aime tant à le rappeler. Nous vivons en société, société où nous avons tous tout à gagner à nous faire grandir les uns les autres (même dans une pure logique capitaliste pour les plus individualistes d’entre nous à qui je recommande l’article du Monde « Les inégalités de revenus nuisent à la croissance“). J’ai de toute façon du mal à envisager mon passage sur cette Terre comme une simple maximisation de mon confort et de mon plaisir personnels. À mes yeux, la vie ne peut se restreindre à la seule optimisation des conditions de vie individuelle, notre existence sur cette belle planète est trop courte, trop unique pour la réduire à cette mission si réductrice… Ma vision du bonheur va au delà de ces considérations (avec, j’en ai bien conscience, l’incommensurable chance que j’ai de ne pas avoir à m’en préoccuper outre mesure). Ainsi je ne veux pas, et ne peux pas rester indifférent devant les divisions, les inégalités, les violences qui pullulent dans ce monde qu’on appelle développé. Il est possible de vivre ensemble, chacun différent, dans une société apaisée. Cela demande de la confiance, du respect, de la tolérance. De l’empathie.

J’ai parfois l’impression d’enfoncer beaucoup de portes ouvertes, mais j’ai aussi l’impression qu’il y en a de plus en plus qui se referment doucement et insidieusement sans qu’on ne s’en rende compte.
L. Bibard, le prof qui m’a le plus marqué à l’ESSEC

“L’évidence est silencieuse” nous avertissait à notre leçon inaugurale d’entrée à l’ESSEC Laurent Bibard, professeur de management et docteur en philosophie . « Quand cela va bien, cela va sans dire » : il faut savoir dire l’évidence, savoir la garder en tête, d’autant qu’elle n’apparaît jamais aussi évidente que quand elle est oubliée. Terrible paradoxe : l’évidence ressurgit quand elle s’estompe. Jamais on ne réalise mieux combien on tient à quelqu’un que quand on le perd… Il faut savoir dire à ses proches comme on les aime, même quand cela semble évident. Le temps file à chaque seconde. De même, il faut savoir rappeler les principes de la République, les valeurs humanistes, même quand cela ne semble pas nécessaire.

Rappelez vous donc l’évidence, à vous-même, et à ceux dont la mémoire flanche. À ceux qui se laissent un peu aller dans cette société qui va de plus en plus vite, qui se dématérialise beaucoup, où l’apparence prime de plus en plus. Tirez profit de cette dématérialisation pour recréer du lien et redonner du sens. Faites du bruit, et exprimez vous quand vous le sentez nécessaire sur les réseaux sociaux (on en reparlera aussi). N’hésitez plus, l’union fait la force !

Comment avez-vous appris à compter ? En révisant vos tables (et ça marchait d’autant mieux quand vous aviez compris le mécanisme sous-jacent, le pourquoi du comment). La pédagogie, c’est — entre autres — savoir répéter les choses de multiples manières différentes pour que ça rentre. Pourquoi ne pas faire la même chose pour les valeurs qui nous sont chères ? Quand on observe, dans la foulée des attentats contre Charlie Hebdo, les valeurs de la République imposées et martelées à la télévision (télévision dont on ne pourra que reparler..), on voit bien que c’est inefficace, qu’elles ne sont plus partagées par tous, et que ce n’est pas un sujet au 20h de TF1, ou les 24h non stop sur BFM TV qui vont y faire quoi ce soit ! Le changement, il vient d’en bas. La sensibilisation, c’est par nous, citoyens, qu’elle est réalisable. Sensibilisation qui ne fonctionnera qu’avec une compréhension des enjeux : le pourquoi du comment.

Aussi, faire du bruit, c’est écrire et montrer ce que l’on pense. Présenter sa pensée aux autres. ”Stand Up Speak up“ disaient les bracelets de mon adolescence pour combattre le racisme. En y repensant, ils étaient tellement plus visibles qu’un tweet ! Avec le bracelet, le message était là, partout tout le temps, ignorait les cercles, faisait irruption dans le quotidien parfois superficiel. Un message moins périssable qu’un statut Facebook, et qui s’affranchit un peu plus des frontières des groupes sociaux. Ces billets que je commence à partager, ce sont donc mes bracelets à message d’aujourd’hui. Pour que je puisse extérioriser tout ce qui me semble si essentiel et qu’on dit si peu, qu’on a trop tendance à oublier. Je me suis dis qu’écrire sur mon blog et ainsi accompagner mes créations graphiques par ces billets d’idées serait un bon moyen de les diffuser [edit : je les mets maintenant sur Medium pour d’autant plus les répandre !]. J’espère qu’ils vous plairont... mais surtout : que vous emboiterez le pas !

À ce sujet, il n’est pas forcément facile de se lancer à écrire. Si j’en ai envie depuis un moment, j’ai mis le temps — temps finalement nécessaire pour que l’idée mûrisse, et fasse son chemin au fil des événements que l’on traverse. Aussi, je vous invite à regarder cette inspirante conférence d’Hugo Amsellem sur Pourquoi et comment créer du contenu”, qui j’espère vous aidera à franchir le cap, à provoquer un peu votre zone de confort, et à rassurer vos doutes…

…pour enfin brancher le haut parleur qui sommeille en vous !
Merci Hugo pour cette conférence, un déclic pour m’aider à passer à l’action !
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