La question que je n’ai pas pu poser à Vincent Lindon au festival Le Monde
Ce week-end, j’ai assisté à la table-ronde « Des jeunes qui changent le monde » organisée au Palais Garnier par le journal Le Monde.


Quelle chance, je suis arrivé en retard.
Quelle chance, parce que je n’ai eu d’autre choix que de m’asseoir tout au fond, minimisant ainsi mes chances d’être choisi parmi les questions du public.
Et comme je suis plutôt du genre persévérant, et à voir le verre à moitié plein… je me suis suis dis : qu’à cela ne tienne, je vais poser ma question ici, sur Medium.
Qu’à cela ne tienne, je vais poser ma question ici.
Peu de chances que Vincent Lindon, son destinataire initial, lise donc ma question — mais sait-on jamais ! Et surtout, avec un peu (voire beaucoup) de chance, ça me permettra de diffuser l’idée auprès de plus de personnes qu’il n’y en avait à ladite table-ronde.
(Oui je sais j’ai déjà casé 5 fois le mot chance, je crois que j’aime bien ce mot. Paraît qu’il ne faut pas hésiter à la provoquer un peu, la chance. Allez voilà ça fait 7 occurrences, je m’arrête là, ça me portera peut-être bonheur, et la boucle est bouclée)
Pendant 1h30, les jeunes intervenants qui menaient des initiatives pour améliorer notre société ont discuté avec l’acteur principal de La Loi du Marché, résolus à trouver des solutions pour changer le monde (et particulièrement la France).
Les discussions étaient assez intéressantes, même s’il y avait peu de débat tant tout le monde était globalement d’accord — éternel drame de l’entre-soi ! Éducation et Culture ont naturellement été érigées en principaux leviers pour élever la jeunesse (verbe à prendre dans toute sa polysémie). Il y aurait eu en outre un débat intéressant à mener sur l’élitisme, mais ce sera pour une autre fois.


Ensuite nous avons eu droit à un discours malheureusement devenu usuel. « Les responsables politiques sont totalement déconnectés, ne sont plus représentatifs des citoyens, ne les écoutent plus » : un léger bashing auquel j’adhère, mais qu’on commence légèrement à avoir marre d’entendre, et surtout marre de devoir reconnaître comme légitime tant les réactions se font attendre.
« Je répète toujours les mêmes choses, car c’est toujours la même chose » écrivait Bernanos dans un pamphlet , habilement convoqué par Jean Birnbaum au cours d’ autre événement de ce beau festival : la confrontation « Scander le monde » entre Youssoupha et Christine Angot
Vincent Lindon, si vous me lisez..
Vous avez alors fait une remarque plutôt bien vue sur le fait que le fossé entre les citoyens et les politiques était proportionnel à la familiarité qui s’était installée entre eux. D’une part, les citoyens insultent constamment les politiques, et d’autre part, ces derniers n’écoutent plus le peuple, et, au-delà de tous les beaux discours des meetings, nourrissent un mépris grandissant envers lui (mépris illustré entre autres par les scandales à répétition, les petites phrases qui dérapent ou simplement la bassesse de nombreuses manœuvres politiciennes). J’ai trouvé ça assez juste.
Cependant, vous avez poursuivi en déplorant que plus tôt dans la journée, on n’avait pas appelé NKM “Mme la Ministre”, que bientôt on se tutoierait tous, se rapprochant du you américain. Vous avez appelé à une re-sacralisation du politique pour combattre cette familiarité qui semble vous exaspérer. Si je partage votre avis sur la nécessité d’un profond respect de la classe politique, de l’engagement au service de la nation, de la politesse et des bonnes manières…. faut-il absolument recourir au sacré pour obtenir un respect digne de ce nom et rapprocher politiques et citoyens ?
Faut-il absolument sacraliser pour respecter ?
Pourquoi devrait-on absolument placer les responsables politiques dans le sacré ? Pourquoi ne pourraient-ils pas rester profanes, c’est-à-dire devant le temple et ainsi ne pas entrer dans le sacré ? (profane nous vient bien du latin pro-, devant, et fanum, lieu consacré). L’Assemblée Nationale est-elle un lieu de culte sacré ? L’Élysée.. encore moins !
Au contraire.. À mes yeux, c’est bien désacraliser la politique qu’il serait urgent de faire en France. Montrer et même prouver qu’elle concerne chaque citoyen, qu’elle est accessible, et qu’elle n’est pas simplement réservée aux élites sorties de l’ENA et consorts.
En exagérant à peine, on devrait presque pouvoir se tutoyer. À ce sujet, respectez-vous réellement plus les gens que vous vouvoyez que ceux que vous tutoyez ? (raisonnement qui ne tient pas si le tutoiement devient généralisé, bien sûr). Il ne faut pas que les citoyens se sentent autrement que sur un pied d’égalité avec les responsables politiques qui, malgré le pouvoir et la médiatisation, ne restent ni plus ni moins que leurs pairs. Des pairs avec des responsabilités, bien sûr, au service des citoyens, autres membres de la même famille. N’oublions pas qu’il y a le magnifique mot Fraternité dans notre devise nationale. Alors, si les politiques et les citoyens pouvaient redevenir réellement familiers, sans la connotation péjorative de la grossièreté mais au contraire avec le respect qu’il se doit, je pense sincèrement que cela ferait beaucoup de bien au pays.
« Et vous, vous-vous engagez en politique ? »
Pour finir, Vincent Lindon a osé demander aux intervenants « Et vous, vous-vous engagez en politique ? Vous êtes-vous déjà présenté à une élection ? », récoltant de timides réponses négatives. Force est de constater qu’aucun parti ne donne réellement envie de s’engager, même pour « des jeunes qui veulent changer le monde » … Je ne les blâme donc évidemment pas, d’autant moins qu’il réalisent déjà de superbes choses !


Pourtant, j’aurais aimé leur faire connaître Génération Avenir. Il s’agit d’une liste de jeunes se présentant aux élections régionales de décembre 2015, en Ile de France. Une liste citoyenne, sans étiquette, engagée dans une démarche réellement participative parce que convaincue que les meilleures idées sont celles issues des citoyens, convaincue que le renouvellement de la classe politique est une urgence.
Montrer que la politique peut être l’affaire de tous.
Par la nature horizontale de leur fonctionnement, par l’adoption du tirage au sort de leur tête de liste, et par l’exigence d’une transparence totale, ils cherchent à remettre en question l’organisation des partis traditionnels. Définitivement une voix d’espoir pour remettre le citoyen au centre du débat, et lui redonner le pouvoir qui lui revient dans une démocratie digne de ce nom.
Finalement, ce débat était plutôt inspirant, et résolument une bonne manière de passer son weekend. Il était enthousiasmant de voir autant de gens portés par de telles valeurs positives, et surtout qui font de si belles choses.
Ce n’est pas par hasard que Souleymane Sylla, l’un des 4 jeunes invités, concluait en rappelant qu’il est bien beau parler, que cela fait du bien, mais qu’il faut avant tout agir et passer à l’action, chacun à notre échelle.
Le Site internet de Génération Avenir vient de sortir, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! \o/