L’erreur est utile, partagez-là !

[Billet publié initialement le 5 Août 2015 sur mon Tumblr — j’avais fait l’erreur de ne pas courir sur Medium à l’époque]

L’autre jour, je rentrais d’une soirée chez des amis. J’avais dans la main l’emballage d’un cheeseburger de fin de soirée, et j’ai voulu m’amuser à tester mes vieux réflexes de Beer-Pong sur une poubelle à l’entrée du métro.

Quelle chance, je me suis loupé.

J’étais sur le point de filer attraper mon métro, laissant le papier par terre, quand je croise le regard d’un père et de son jeune fils. Ni une ni deux, je fais demi-tour, ramasse ma boulette, la jette dans sa cible initiale et signale d’un sourire et d’un geste au gamin qu’il est important de ne pas laisser de déchets sur le trottoir.

Quelle chance d’avoir loupé ce lancer ! Cela a créé de la valeur : l’erreur a été utile. Si j’avais réussi mon coup, le gamin n’aurait pas pensé à ce mini-acte citoyen, aussi simple soit-il (malheureusement plus forcément évident pour tout le monde d’ailleurs … )

La réalisation d’un acte simple est extrêmement lisse et passe généralement inaperçue. (L’évidence est silencieuse, vous disais-je !) Pas une erreur. Une erreur, tout le monde la voit. C’est énervant et peut avoir des inconvénients, surtout dans une société qui laisse peut de place à l’erreur et qui juge beaucoup, de manière souvent peu constructive. Mais c’est pourtant bien ce qui est génial et extrêmement utile et positif pour notre société. A l’opposé du “quand cela va bien cela va sans dire » qui fait qu’on n’insiste pas assez sur les choses qui fonctionnent, quand ça va mal, ça se voit et on en parle ! L’erreur est bruyante.

Un exemple parfait : la brillante idée de DDB Paris pour la publicité Volkswagen pendant France-Brésil au stade de France, qui fait le buzz alors que ces bandeaux déroulants pendant les matchs n’atteignent presque plus que notre inconscient ! Ça n’a pas échappé à ce cher Maxime Braud

Quel annonceur aurait pu rêver qu’on parle de sa putain de bannière sur Twitter ?

Pour revenir à ma petite histoire, mon erreur, et surtout le fait qu’elle ait été publique m’a donc permis d’insister sur une bonne pratique, de mettre en lumière un geste positif, de le faire ressortir du sombre manteau de l’habitude. Le bruit de l’erreur ravive les choses qui peuvent avoir tendance à être oubliées, voire même remises en question : ici le civisme, mais ça marche aussi avec la gentillesse, la courtoisie, le respect, la tolérance, la liberté d’expression, la laïcité, …

La présence de l’enfant a bel et bien été cruciale : c’est lui qui a rendu l’erreur utile. C’est pour lui qu’elle a été utile. Sans lui, la flemme légèrement alcoolisée de fin de soirée m’aurait d’ailleurs peut-être poussé à ne pas corriger mon erreur… Et quoiqu’il en soit, même si j’avais tout de même ramassé ce papier, l’erreur n’aurait servi à rien si personne n’en avait été témoin.

C’est l’autre qui nous rend meilleur, qui nous aide à nous tirer vers le haut.

On pourrait donc même aller jusqu’à rendre publiques nos erreurs, pour créer de la valeur. C’est précisément ce que recommande Frédéric Mazzella à ses équipes. Il l’expliquait lors d’une conférence (dans le très fermé Automobile Club de France) : chez BlaBlaCar les salariés sont incités à envoyer un mail général lorsqu’ils ont raté un projet, et à expliquer pourquoi. Vous imaginez faire ça au boulot ? Cela demande une atmosphère de travail très particulière, dans la confiance et l’enrichissement mutuel. Leur credo ? “Fail. Learn. Succeed”. Si ça dédramatise un peu l’erreur, ce n’est pas pour autant contre-productif pour l’entreprise : l’erreur ne sera pas répétée par d’autres, phénomène qui se produit avec beaucoup plus de probabilité dans un environnement professionnel qui tue les erreurs (et leurs auteurs !), où chacun les cache, et partout où chacun peut faire la même erreur que son voisin. Je pense qu’une telle culture de l’erreur ferait du bien à notre société, et notamment à son système éducatif.. sans pour autant oublier l’exigence qui doit l’accompagner bien évidemment, mais exigence exprimée différemment : exigence de moyen plus que de résultats… Il faut encourager la prise de risque !

En guise de conclusion, je cherchais un article intéressant approfondissant ce sujet. Et, agréable surprise, je retrouve un professeur de stratégie de l’ESSEC, Jérome Barthélémy, défendant ce droit à l’erreur dans le monde d’entreprise. Droit et culture de l’erreur beaucoup moins présents en France qu’aux Etats-Unis par exemple (avec les avantages et les inconvénients qu’une telle culture comporte). On ne peut pourtant pas reprocher à Emmanuel Macron de ne pas avoir essayé — quoi qu’on pense du fond de la démarche. Mais, comme souvent en France, il a vu sa proposition de changement bloquée par un groupe d’influence quand il effleurait en avril dernier la notion de droit à l’erreur des entreprises (bon, pour l’embauche seulement, hein…) [ndlr : il n’était que ministre à l’époque, mon avis à son égard a eu l’occasion de s’affiner avec ses nouvelles lubies]

N’ayons donc pas peur de faire des erreurs, et même — voire surtout, car c’est plus difficile — osons les partager ! Les erreurs sont un beau moyen d’apprendre les uns des autres, de faire ressortir le meilleur de chacun, et de la communauté.

“A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.” George Bernard Shaw
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