Fab City Summit 2018 : les enjeux de la ville de demain

Fabriquer en ville, Fabriquer la ville ! Voici le leitmotiv qui nous réunissait mercredi 11 juillet à l’hôtel de ville de Paris, pour l’inauguration du Fab City Summit qui s’est déroulée au parc de la Villette jusqu’au 22 juillet. Ce cycle de conférences a permis de médiatiser les acteurs qui œuvrent à la création de la ville de demain pour impulser un mouvement de transition global et citoyen. Mais de quelle ville parle-t-on ?

Parlons-nous d’une ville où les prix de l’immobilier sont tels qu’une partie de la population s’en trouve exclue ? Ou d’une ville ouverte, où la valeur du travail est reconnue et chacun peut y vivre ? Une ville congestionnée à cause de l’utilisation des véhicules personnels qui entraîne une dégradation de notre espace de vie ou une ville fluide, où la baisse de la circulation de véhicules polluants diminuera le trafic et la pollution et augmentera l’efficacité des transports en commun ? Une ville source de mal être et d’anxiété à cause du cloisonnement et de l’isolement qu’on y vit ou une ville source de bonheur et d’épanouissement avec des espaces communs favorisant l’expression de chacun et la rencontre de l’autre ? Tellement de facteurs avec chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Il nous fallait donc cerner ce slogan très ambitieux pour comprendre les défis qui nous attendent. Pour cela, nous avons profité de la présence de Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris, notamment à l’origine du projet Réinventer Paris :

Sous les pavés, l’avenir !

Jean-Louis Missika a organisé trois tours de table autour des grandes thématiques qui concernent la ville de demain :

  • Les espaces partagés
  • La valorisation des déchets
  • La production en ville

Revitaliser nos villes : la pensée collective pour imaginer le vivre ensemble

La fabrique des communs urbains. Le titre évoque toutes les problématiques qui se posent à la ville aujourd’hui : la transformation du monde, et notamment le dérèglement climatique et la raréfaction des ressources, qui nous forcent à fabriquer une ville innovante et plus durable. Mais aussi la volonté de placer le citoyen au centre de la conception de cette ville en le faisant participer à ce grand projet commun. Pour les acteurs présents, cette fabrique des communs commence par l’utilisation des espaces vides comme nous avons pu le vivre aux Grands Voisins à l’hôpital St-Vincent de Paul à Paris. À court terme, réinvestir ces lieux et laisser une partie de l’aménagement au citoyen est un moyen de créer un espace social de partage et de mixité dans nos villes en maximisant l’utilisation de l’espace. Cette recette des Tiers Lieux a d’ailleurs reçu beaucoup de succès avec des exemples florissants comme à Groningen aux Pays-Bas, comme nous l’expliquait un des membres de sa mairie, ou plus proche à Ground Control dans un ancien entrepôt de la SNCF. De paire avec ces espaces de partage, il nous faut des lieux d’hébergement pour accueillir de manière digne les personnes arrivant sur le territoire et leur donner de meilleures chances d’intégration. De très belles initiatives d’hébergements temporaires ont été présentées par l’association In my backyard ou le centre d’hébergement de migrants Paris-Ivry. Mais cette évolution doit aussi se faire sur le long terme en pensant au réaménagement de ces espaces et à leur durabilité. Dans ce contexte, la mairie de Barcelone a exposé des idées comme les espaces à circulation réduite. Il existe dans le même genre l’initiative Réinventons Nos Places à Paris. Il semble qu’il soit temps de prolonger ce que Haussman a entamé il y a plus d’un siècle en commençant avec des espaces temporaires avant de créer de nouvelles structures plus respectueuses de notre environnement et propices à l’épanouissement personnel.

La pensée circulaire et innovante

Cependant, la fabrication de cette nouvelle ville ne peut se faire avec la pensée archaïque que nous traînons. Reconstruire ne signifie pas tout détruire et tout jeter ! Il faut conserver nos ressources et ne pas les gaspiller. Cela passe entre autres par de la déconstruction et non de la démolition. Et ça, l’entreprise Backacia l’a bien compris. En créant une plateforme qui permet la revente des déchets ou des surplus de chantier, cette startup permet au BTP de se rapprocher de son objectif des 70% de valorisation des déchets contre 35% aujourd’hui. Mais la valorisation des déchets n’a pas lieu uniquement dans ce secteur. En effet, l’organisation UNIDO qui travaille à plus grande échelle sur la valorisation des déchets dans le monde nous a donné l’exemple d’une tannerie où 30% du cuir était perdu en chute et comment elle a permis une récupération de ces chutes. Enfin un exemple local est venu étayer cette démarche avec Fab’brick, une jeune startup qui construit des briques auto-bloquantes en chutes de tissu et colle écologique pour former des séparateurs d’espace, des parois isolantes ou du mobilier écologique. Mais reconstruire, c’est aussi moderniser nos matériaux pour qu’ils soient moins polluants. De manière inattendue, c’est la recherche et développement de la Terre portée par le centre CEEBIOS qui travaille sur le biomimétisme qui nous a apporté des innovations avec le développement de bétons cicatrisants ou la découverte d’une bactérie capable de synthétiser la silice à 25°C. Ces découvertes permettraient de réduire considérablement l’impact carbone d’une des plus grandes avancées françaises pour la construction qu’est le béton. Dès lors, il devient clair que la ville de demain se fondera sur le principe d’une économie circulaire

“rien ne se perd, rien ne se crée mais tout se transforme”.

Antoine Lavoisier

La production en ville, pierre angulaire de la ville de demain

Enfin, la dernière partie de la matinée fut consacrée à la question de la production urbaine. Car en effet, développer cette économie circulaire nécessite la présence d’une multitude de compétences sur le territoire de la ville et la capacité d’exploiter ces compétences, c’est-à-dire des infrastructures de production. Si l’on s’intéresse aux objectifs précédents qui sont la fabrication d’espaces communs de mixité et la valorisation des déchets, il apparaît qu’un des objectifs de la ville de demain est d’être quasiment autonome. Or, ce chemin vers l’autosuffisance dans le cadre de la pensée de la ville de demain s’accompagne nécessairement de l’implantation dans la ville d’espaces de production, et même de production industrielle. D’une part la présence de cette production au sein de la ville engendrera de la mixité sociale car les ouvriers ne seront plus repoussés en dehors des villes pour trouver du travail, et l’on observera aussi une réduction des migrations pendulaires. D’autre part la production locale entraînera une réduction de notre impact carbone et nous permettra de nous rapprocher de notre objectif d’autosuffisance énergétique. Dans cette démarche, deux invités nous ont présentés leurs expérimentations couronnées de succès. Nous avions l’exemple de la société Expliseat qui produit des fauteuils pour avions et qui a localisé une partie de sa production à Paris. L’entreprise a motivé cette décision par la volonté de rapprocher les départements de l’innovation et de la production qui se trouvaient jusqu’ici séparés géographiquement. Nous avons ensuite découvert la jeune pousse Cycloponics dont l’activité est la réutilisation du parc immobilier souterrain abandonné pour de la production agricole, en particulier des champignons et des endives. Cette entreprise se place ainsi à la croisée des objectifs de demain : de la mixité sociale en ré-intégrant nos agriculteurs dans la ville, de l’autonomie en produisant notre nourriture directement dans la ville, de la circularité avec la récupération des déchets végétaux comme engrais. Ces deux exemples présentés lors de cette dernière table ronde montrait donc comment les entreprises productives auront une place centrale dans la ville de demain, notamment par les liens qu’elles tissent entre les différents objectifs auxquels nous aspirons.

Une présentation des défis de demain

L’après-midi fut destinée à l’approfondissement de certaines problématiques spécifiques. Nous nous sommes en particulier tournés vers

  • la production d’énergie durable et locale
  • La logistique dans un trafic congestionné
  • L’industrie 4.0

L’eau et l’énergie, des ressources clés

La présentation de la nouvelle ZAC Clichy-Batignolles fut l’occasion de découvrir l’action cachée de la compagnie des eaux de Paris qui est en charge de la gestion d’une des ressources les plus importantes. Ainsi, la présentation du projet de puits géothermique sur la ZAC a permis de montrer un exemple de sécurisation des ressources couplé au développement d’un outil de production d’énergie locale et durable. Expliquons-nous. Pour subvenir aux besoins en eau de la ville de Paris en temps de crise, la compagnie des eaux dispose de puits dans Paris. Au nombre de 5 jusqu’à maintenant, le réaménagement de la ZAC était l’occasion d’en ouvrir un 6ème. Mais ce n’est pas tout, car l’organisme public, qui cherche à valoriser son eau de manière innovante, a pensé à faire de ce puits, un puits de géothermie qui permettrait de fournir une partie de l’énergie de la ZAC ; le reste arrivant par le réseau central. Ce projet n’est qu’une nouvelle initiative dans le prolongement de ce que fait déjà la Compagnie des eaux. En effet, les eaux usées de Paris sont déjà utilisées pour chauffer certaines piscines par exemple. Un autre projet dévoilé durant cette conférence est celui de la mairie de Groningen qui cherche à être énergétiquement autonome et propre. La complexité du projet vient du fait que Groningen rassemble sur son territoire des espaces très hétérogènes qui ne sont donc pas adaptés aux mêmes solutions de production d’énergie. Il fut donc très intéressant de voir les idées de la mairie sur la recherche de solutions pertinentes selon les espaces dans lesquelles elle se situe.

La logistique dans une pensée de fluidification des trafics

La deuxième conférence fut l’occasion de se familiariser avec les enjeux logistiques qui nous attendent. Nul besoin de préciser à quel point les villes sont des lieux congestionnés où la circulation est compliquée. Pour autant, il demeure nécessaire de faire venir les marchandises en ville car c’est là que se trouvent les plus gros marchés. Il faut ensuite en faire partir les déchets non recyclés. Ainsi, le transport et le stockage de marchandises deviennent des questions centrales de la ville de demain. Elle devra permettre une circulation fluide et rapide des marchandises alors qu’émergeront de plus en plus de zones de circulation restrictives, voire piétonnes, et que l’immobilier urbain ne cessera d’augmenter le coût du stockage de proximité. Un représentant de Sogadis était présent pour nous faire un état de l’art. La situation est assez simple : on a des grands hangars en grande périphérie, des moyens hangars dans la proche banlieue, et des petits hangars dans le centre urbain. Le transport est réalisé par des véhicules encombrants et polluants. Alors, on nous présente les démarches actuelles pour préparer le futur. D’abord, on a l’introduction du multimodal avec par exemple des entrepôts urbains capables d’accueillir des tramways. Mais la solution semble être dans les véhicules autonomes pour les interlocuteurs. Selon eux, le transport autonome permettra de réduire le coût du « dernier kilomètre » et fluidifier le transport. Pour nous, ce raisonnement semble manquer de justesse. En conservant un ancien schéma de fonctionnement de la filière et en cherchant à pousser à la consommation instantanée grâce au transport instantané, les penseurs de la logistique de demain risquent de perpétuer les problèmes de trafic que nous rencontrons dans les villes et d’aggraver la destruction de nos ressources, causée par la surconsommation et la consommation éphémère. Le e-commerce avec ses politiques de livraisons agressives participe à ce phénomène et entraîne une disparition des commerces de proximité. Ainsi, la logistique de demain devrait s’appuyer sur un réseau de commerçants exploitant eux aussi les nouvelles solutions numériques, repenser les solutions de transport et promouvoir une industrie locale.

Quelle industrie pour demain ?

Enfin, nous étions présents à la conférence que nous attendions le plus : l’industrie 4.0.

Avec ce nom qui fait écho aux mises à jour logicielles, on pourrait penser que l’industrie 4.0 est l’industrie numérique. Quelle méprise ! L’industrie 4.0, c’est notre industrie traditionnelle qui vient incorporer l’assistance du numérique (machine à commande numérique, impression 3D…) dans ses processus productifs pour se réinventer.

Nous avons découvert l’industrie urbaine au sein de la ville de Milan. Dotée de nombreux corps d’artisans présent dans la ville depuis des siècles, Milan dispose d’un savoir-faire important dans le milieu de la fabrication urbaine. La mise en place de Fab Labs dans la cité est donc une initiative couronnée de succès. Mais ce succès n’est pas venu tout seul. En effet, la réussite sans travail n’existe pas et c’est la formation qui est le moteur de cette fabuleuse aventure. En formant des jeunes qualifiés sur les nouvelles technologies d’assistance numérique et en aidant à l’intégration de ces solutions dans l’artisanat pour l’améliorer, la formation et l’initiative Fab Lab permettent à Milan de posséder un tissu productif performant et local.

Puis est venu le tour de l’open source et de l’open hardware. Le partage de la connaissance est la clé de l’innovation. Présent dans l’univers numérique et particulièrement dans le monde des codeurs, l’open source permet d’apporter des points de vue différents et de faire progresser plus vite un produit. C’est aussi un moyen de répandre plus rapidement des avancées qui bénéficient à tous. Pour nous convaincre des bienfaits de l’open source, nous pouvons nous pencher sur l’Histoire et l’exemple de Louis Vicat qui ne déposa pas de brevet sur l’une des découvertes majeures de ces derniers siècles : le béton.

Mais le manque d’acteurs et d’exemples concrets révèle les faiblesses d’un sujet clé pour le développement de nos villes. L’industrie 4.0 est encore à inventer et c’est une formidable opportunité de participer à la création de notre futur. La ville de Paris en signant le manifeste des Fab City, s’affirme comme l’une des places fortes de ce mouvement !

“Locally productive, globally connected self-sufficient cities”

La ville de demain se fabrique aujourd’hui

À la fin de cette journée, la tête pleine de tous ces grands discours, nous étions toujours convaincus que l’industrie a sa place en ville. Elle en sera même un coeur battant. Une industrie moderne qui pense une production durable. C’est possible, c’est à portée de main ; mais cela demande un engagement de nous autres, citoyens. Il faut être force d’initiative et repenser notre façon de consommer. Saisissons-nous de notre espace de vie et améliorons-le ! Avec The Concrete Family nous faisons le pari que la ville de demain se fabrique dès aujourd’hui. À travers des projets comme le nôtre nous pouvons participer à la transformation de nos modes de vie.

Découvrez le #bonsonbéton et prenez part à la fab city dès aujourd’hui avec The Concrete Family ! Créateur d’enceintes en béton 100% made in France

Benjamin Izérable