La mort d’un porteur de rêve

Je viens d’apprendre la mort de Frédéric Chevalier. Disparu brutalement dans un accident de moto.

Je ne l’ai pas assez connu pour en faire le portrait. J’ai eu la chance de travailler avec lui il y a quelques années.

Je me souviens de ces moments privilégiés dans son jardin. Ce jardin dont il avait fait une sorte de laboratoire poétique. On y philosophait sur le sens de la vie et de nos actes. Il s’était laissé aller à de touchantes confidences. J’ai tout de suite aimé cet homme.

C’était un homme complexe. Complexe parce que généreux. Parce qu’il avait bâti sa fortune tout seul. Parce qu’il s’était réveillé un jour avec tout cet argent, et qu’il s’était senti pauvre. Il avait prouvé qu’il pouvait réussir. A présent il voulait prouver qu’il pouvait être utile. Il avait compris que l’on n’est riche que de ce que l’on donne.

Il m’avait parlé de son grand projet il y a trois ans. Un rêve têtu. Construire un campus innovant, en pleine campagne aixoise, un refuge d’innovation où se mêleraient l’art, la technologie, la recherche et l’entrepreneuriat. Un lieu un peu fou, dont l’objectif était de mettre la créativité au service du bien commun. C’était son cadeau à l’humanité.

S’il a mis tant de temps lancer le projet “The Camp”, c’est parce qu’il voulait l’installer sur un terrain bien particulier.

Un jour, au hasard d’une promenade, il s’était laissé choisir par cette pinède solitaire couverte d’herbes folles et de cailloux. Il s’était dit “c’est là”.

Alors il a attendu, de longues années, de très longues années, avant que le terrain ne se libère. Il était comme ça.

Frédéric est mort quelques semaines à peine avant l’inauguration de The Camp.

Je pense à tous ses proches. A tous ceux qui travaillaient avec passion, souvent avec folie, sur ce projet. Je pense notamment à mon ami Éric Viennot.

C’était le rêve d’un homme. C’est devenu celui de toute équipe. Je leur souhaite de réussir. Il n’y a rien de plus beau que de poursuivre les rêves, surtout quand le destin s’acharne à les déraciner.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.