Pourquoi y a-t-il aussi peu de femmes dans le numérique ?

C’est le secteur d’avenir par excellence. Celui qui devrait générer le plus d’emplois demain si on voulait bien le placer au centre de la politique économique et industrielle. Et pourtant, cette joyeuse bande qui veut révolutionner la société est l’un des secteurs les moins modernes de l’économie en ce qui concerne les femmes.

Si les femmes sont l’avenir de l’homme, elles sont loin d’être celles de l’homme numérique.

Dans le numérique, les femmes représentent moins de 33% des effectifs. Pire : quand elles ont la chance d’y être salariées, le plus souvent c’est pour des postes de secrétaires (66% !). Pire encore : 90% des créateurs de start-ups sont des hommes, déplore Guy Mamou-Mani, le président du Syntec numérique.

Aux Etats-Unis, ce n’est pas mieux : dans les années 80, 40% des diplomées de la sphère technologiques étaient des femmes. Aujourd’hui, cette moyenne est tombée à 18%. La faute à la culture populaire, qui fait croire que les trucs technologiques sont réservés aux hommes. Que les femmes y sont allergiques, qu’elles n’y comprennent rien, tout ça.

Ce qui est complètement stupide. En fait, quand elles montent des start-ups, les femmes réussissent mieux. C’est le cas en France, rappelle le Figaro, chiffres à l’appui. En 2012, une enquête publiée par Dow Jones démontrait que la présence de femmes dans les instances dirigeantes des start-ups était directement liée au succès de ces entreprises.

Alors que faire ? Pour Guy Mamou-Mani, c’est un serpent qui se mord la queue : moins elles sont représentées, moins les femmes ont l’impression que cette filière est faite pour elle.

Et en bon entrepreneur, il pense qu’il faut commencer par des choses très concrètes. C’est sur ce constat qu’a été créé le mouvement “Jamais Sans Elles”. Qui s’est enflammé de façon inattendue en quelques semaines, touchant plus de 15M de personnes sur les réseaux sociaux et rassemblant des signataires prestigieux comme Axelle Lemaire, Françoise Laborde, Gilles Babinet, Alexandre Jardin, Stéphane Richard, ou encore Laurence Parisot.

Lancé à l’initiative de Tatiana F-Salomon et de Natacha Quester-Séméon et du Club des gentlemens” (des personnalités masculines du numérique), “Jamais Sans Elles” (#JamaisSansElles) est parti d’une idée très simple, et d’une solution très facile à appliquer : pour changer la donne, il faut commencer par changer les mentalités. Et pour changer les mentalités, il faut montrer plus de femmes quand on parle du numérique. Notamment dans les tables-rondes.

Une partie du club des gentlemens, autour de Tatiana F-Salomon et de Natach Quester-Séméon.

L’action à mener est très claire, imparable : tout signataire du manifeste “Jamais Sans Elles” s’engage à refuser de participer à un débat ou à une table ronde si au moins une femme n’y est pas présente. Et comme la plupart des fondateurs du mouvement participent en moyenne à une voire plusieurs tables-rondes par semaine, s’ils se mettent à déserter tous les événements, ça risque de rapidement faire désordre.

Et ça marche. D’abord, les organisateurs de ces événements se sentent désormais obligés de se bouger. “J’ai des résultats tous les jours”, assure Guy Mamou-Mani. Le seul problème : c’est pas simple. Comme elles sont peu nombreuses à être à des postes clés dans le numérique, il est très difficile de trouver des interlocutrices. “La plupart du temps, ce n’est pas de la mauvaise volonté, ni de la misogynie… nous ne devons pas les accuser, mais les aider.”

Guy Mamou-Mani.

A commencer par la création d’un annuaire au service des organisateurs d’événements. Mais aussi d’un label.

Ce n’est sans doute pas la seule solution. Mais c’est un début. C’est concret. Après il faudra travailler en profondeur. Changer les mentalités. Faire bouger les blocages aussi. Du côté des hommes, mais aussi des femmes.

Et s’il ne faut sans doute rien attendre du gouvernement (qui a renommé son secrétariat d’Etat aux droits de la femme en Ministère des Familles, de l’enfance et des droits des femmes !), la société civile peut agir. Comme Sophie Viger, d’Epitech, qui veut lancer une version féminine de sa Webacademie.

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