Lyon, les clubs, et la drogue

La question de l’usage des drogues dans les sous-cultures musicales est un problème apparu conjointement à leur émergence comme lieux et vecteurs de sociabilisation. La drogue précédant la musique ou la musique précédant la drogue, la créativité a toujours aspiré à puiser ses inspirations dans des moyens détournés de faire fonctionner son esprit. C’est particulièrement le cas concernant la musique électronique dont la démocratisation progressive, en France depuis les années 1990, a développé un véritable engouement populaire pour de nouvelles drogues de synthèse, la MDMA en tête de liste.

Il faut dire que le cadre s’y prête : des rythmes rapides, des soirées à rallonge, des ambiances anonymes, la sexualité omniprésente, l’énergie dégagée par la danse sont autant de facteurs favorables à l’utilisation de psychotropes. La popularisation de ce genre musical a donc entraîné une large diversification des consommateurs, une tendance est confirmée par les statistiques de l’Observatoire Français de Drogues et des Toxicomanies (OFDT).

De plus en plus d’amateurs de musiques techno et de house ne parviennent plus à dissocier le temps du club de la prise de drogues dures, cela ayant pour conséquence une augmentation des accidents liés à leur consommation au sein des établissements de la vie nocturne. A Lyon, la popularisation de cette musique, accélérée depuis une dizaine d’années par le développement d’événements, d’associations et de lieux dédiés, a participé à la hausse extrêmement forte de l’usage de substances dans l’agglomération chez les jeunes adultes, avec tous les problèmes que cela suscite.

Matthis Baudet, manager au DV1 Club, nous explique les conséquences liées à une telle augmentation : « Si on surprend un individu en train de dealer ou de consommer dans notre établissement, nous en portons la responsabilité et cela entraîne la fermeture du club, c’est aussi simple que cela. Se droguer dans un club c’est le mettre en danger ». Une discothèque peut en effet subir une fermeture administrative de six mois suite à une infraction de ce type, tel qu’il est prévu par l’article L. 3332–15 du Code de la santé, décidée par le Préfet. Un coup dur économique qui ne permet généralement par la réouverture du lieu après l’échéance judiciaire.

En réponse à cela, la plupart des clubs mettent en place une politique de prévention directe et indirecte à l’égard des consommateurs. Le DV1 a ainsi mis en place plusieurs panneaux d’informations à l’intention de la clientèle, décrivant les risques, sanitaires et pénaux, de la consommation de drogues dans les lieux de nuit. Et pour prévenir tout risque en cas de contrôle, « si on surprend un individu en flagrant délit, il est immédiatement mis à la porte » nous dit Matthis. Apparemment, c’est là la loi commune à tous les clubs.

Il n’en reste pas moins que la drogue a de plus en plus pignon sur rue dans la capitale des Gaules. Cette tendance, bien qu’elle trouve ses racines dans l’héritage laissé par les premiers excès de la dance music, est visiblement combattue par les responsables de la nuit lyonnaise. Vincent Carry, directeur du festival Nuits Sonores et du club Le Sucre, affirmait à ce titre dans une interview de 2014 que les acteurs locaux travaillaient « en relation avec les autorités publiques, préfectorales et sanitaires pour prévenir tous débordements ». Reste à savoir si cela sera suffisant pour convaincre les plus jeunes de renoncer à ces tentations, désormais fortement ancrées dans les habitudes nocturnes de la ville.

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