ANI, HISTOIRE D’UNE FILLE BLESSÉE — Part 1

Aucun d’entre nous n’est né pour haïr. Aimer est l’essence même de la vie.

Casablanca, 15 janvier 2015 à Tahiti Beach, sur la corniche…
 
Pour certains, une relation amoureuse est synonyme de passion sans engagement ni attache. C’est l’affrontement du physique contre le physique. Ceux-là ne connaissent pas la souffrance. Et pour d’autres, c’est tout un défi qui consiste d’abord à protéger l’autre en l’assistant à s’améliorer chaque jour davantage. Pour eux, l’amour est lié au bonheur et à la fidélité. Et pour moi, une liaison amoureuse c’est…

- Ani, à quoi tu penses ? Tu as l’air bien absente ce soir. Regarde autour de toi, il y a du beau monde partout et tout le monde sourit, se défoule sauf toi. Allez Ani ! S’exclame Rouki !

- Je pense à la vie, aux conneries des hommes et à la chance que j’ai de me retrouver avec Amadou. C’est un homme exceptionnel qui ne sera jamais assez culotté pour me tromper parce que j’ai mis mon cœur entre ses mains. Répond nonchalamment Ani d’une voix sereine tournée vers la réception du restaurant.

Ani, tu veux dire que tu lui fais donc confiance ? s’étonne une voix non loin de là. 
 — Il ne faut jamais faire confiance à un homme, s’interfère la serveuse offusquée. 
 — Oh oui ! Parce que toi, tu les as tous essayés vu le nombre de fois qu’on prenne ton numéro de téléphone. Affirme Ani, touchée par ces dires. 
 — Tu mériterais une correction de Narciss ! murmure la serveuse en tirant la bouche avant de lancer Saafii Khti (j’en ai fini, ma sœur, en arabe).
 — Oups ! Narciss ?! C’est quoi ce nom ? Il est narcissique à ce point pour s’être fait surnommé ainsi ? S’interroge, Ani. 
 Entendant le nom de Narciss, sans « e » bien sûr, Malica n’a pas pu s’empêcher d’intervenir. 
 — Narciss est ce genre de mec que toutes les filles aiment obtenir une fois. En fait, sortir avec lui est un trophée dont on a coutume de se vanter. 
 — Un trophée ?! S’exclame Rouki étrangement étonnée.
 — Bah oui, je vous explique. Contrairement à ce qu’on peut penser en le voyant. Narciss est loin d’être un homme riche. Mais, c’est un travailleur acharné. Agé de 25 ans, il passe tout son temps à se perfectionner par le travail. Il est très beau, grand de taille et teint noir foncé. Mais son plus grand défaut c’est qu’il est incapable de s’empêcher de séduire. En fait, il le fait sans le savoir. Il ne sourit presque jamais c’est comme s’il a une douleur au fond de lui. Sa voix grave bien cadencée, son élégance remarquable avec ses costumes sur mesure. Et, quand il boutonne sa veste avant de mordre sa lèvre inférieure, cela veut dire qu’il veut faire succomber une cible. Sa façon d’occuper l’espace, quand il est là, on sait que quelqu’un est là. Et le pire c’est que je ne l’ai jamais vu prendre un râteau avec une fille. J’ai entendu dire qu’il suffit qu’il te serre la main pour que tu sois sous son charme. Salut, je suis une de ses victimes. Cet homme est cynique, mais il vaut la peine d’être rencontré. 

 Quand Malica finit son récit sur le légendaire Narciss, toutes les filles étaient étouffées et intimidées à l’idée de rencontrer ce bourreau des cœurs. 
 
 Et soudain, vint Amadou avec de jolies roses bien parfumées.

— Mon p’tit cœur, cela fait 1 an et demi et que j’ai l’immense bonheur de partager ma vie avec toi. Merci d’être aussi inspirante et fidèle. 
 — Oh mon cœur !!! Tu es….
 On n’y comprend rien mais l’attention d’Ani fut très vite concentrée ailleurs. Il venait de passer et son parfum a laissé ses traces. 
 — One Million, Zara, How to get that girl ? C’est quel parfum ça ?! Murmure Ani. 
 L’homme passe. Boutonne sa veste, mord sa lèvre inférieure et commande à boire. 
 — Zut ! Est-ce Narciss qui vient de passer ? S’interroge Ani d’un air perdu. 
 Pressé de rentrer passer prendre sa voiture à la station, Amadou embrasse Ani avant de lui laisser la clé de sa chambre.
 — Que prenez-vous ce soir ? 
 — De l’eau, répond Narciss, tout en dévisageant Ani. Il touche son poignet, mord sa lèvre inférieure et soudain Ani semblait étrange comme une certaine Olivia Pope dans les bras du Président Grant. 
 
 Cette fille-là semble lui plaire. 
 
 Comme effrayée, Ani accourt pour sortir prendre de l’air. Elle était comme perdue et complètement confuse. Son copain, Amadou très attentionné avec lui qui fait tout pour la rendre heureuse serait offusqué d’apprendre qu’elle se soit laissée bouleverser par un inconnu du nom de Narciss. Pourtant, Ani ne serait pas la première victime si elle se laissait guider par son cœur. 
 Et soudain, à l’entrée elle surprend Amadou dans les bras d’un vieil homme quinquagénaire. Ani pensait ne pas avoir bien vu, elle s’approche et constate de ses deux yeux qu’ils roulaient bien une pelle. Et très vite, elle gifle Amadou ! 
 
 — Pourquoi tu me fais ça ? Avec un homme en plus ?! Je ne te suffis pas, c’est cela !
 — Laisse-moi t’expliquer, Ani.
 — Tu n’as rien à m’expliquer du tout, j’ai tout vu de mes propres yeux. Casse-toi, pov’con ! 
 
50 minutes plus tard
 
 Va-t-elle continuer à écouter les mensonges de son copain ou va-t-elle se confronter au bourreau des cœurs ? Pendant qu’elle s’interroge encore, une ombre fait place juste en face d’elle. Aussi brusquement effrayée, n’a-t-elle pas pu s’empêcher de lancer d’une voix hébétée et hésitante :
 — Salut Narciss, 
 — Salut, vous devez être Ani. Lance Narciss d’une voix grave avec la main sur son épaule gauche.

Casablanca, 15 janvier 2015, Tahiti Beach club, sur la corniche.

Il est 22h00, peu avant de rencontrer Narciss, Ani profondément blessée se décide d’aller aux toilettes à la recherche d’un miroir pour se démaquiller après être entièrement défigurée par ses propres pleurs suite à l’infidélité d’Amadou avec un gay.

« Mais pourquoi m’a-t-il fait cela ? Serait-ce parce que j’ai décidé de garder ma virginité ? Est-ce que j’embrasse mal ? Ne suis-je pas suffisamment attentionnée ? Ou serait-ce parce que je refuse de lui faire la cuisine quand on se voit ? Car à ce qui parait, la cuisine est un critère important dans le choix de la future épouse au Mali. ».

Pendant qu’Ani se posait encore des questions, elle se souvint d’une pratique que son professeur de développement personnel lui faisait faire : se regarder dans le miroir et vanter ses propres qualités. C’est une technique qui consiste à booster la confiance en soi. Ani se relève, redresse ses épaules devenues comme mortes, les mains couvrant le visage, elle soupire longuement, se retire comme pour faire un pas de danse du Tango Brésilien, elle s’approche du miroir, cocue pour la première fois, elle se donne une gifle et commence à parler.

- « Bonjour, je me nomme Ani. Agée de 16 ans, dans 5 mois je passerai mon Baccalauréat avec le vœu de réussir avec mention. Pfff

Et soudain, elle se souvient qu’il faut être sincère dans cette pratique-là.

- « Sur le plan familial, j’ai une vie presque parfaite. Je ne manque quasiment de rien même si mon père est trop protecteur. Mais son défaut, c’est son amour très grandissant pour moi qui l’empêche de me refuser quelque chose. Ma mère quant à elle est ma confidente, je n’imagine même pas sa tête en apprenant qu’Amadou est gay. Sur le plan personnel, Je manque de confiance en moi, je place très vite ma confiance dans les hommes. Mais, je sais que tout cela n’est pas une fatalité. Je me relèverai et trouverai un homme meilleur qui me rendra heureux.

Pendant ce temps-là, son meilleur ami bouleversé élève la voix, les deux mains tenant son cou.

- Tu es tout le temps malheureuse parce que tu crois justement que ton bonheur dépend des hommes que tu fréquentes. Tu dois apprendre à être une femme forte et indépendante qui n’attend rien d’un homme. Relève-toi. Comme le dit Paulo Coelho, « Ce qui noie quelqu’un, ce n’est pas le plongeon, mais le fait de rester sous l’eau ». Ce mec ne te mérite pas, Ani. Regarde-toi, à 16 ans déjà tu fais déjà battre le cœur de n’importe quel homme. Regarde-moi, Ani. Tu me fais confiance ?

- Oui, Bilaly. Je te fais confiance. Je suppose que c’est ton Café du Soir. Répond nonchalamment, Ani. Mais comment es-tu rentré ? je croyais que ton départ pour le Mali était prévu pour ce soir. Tu vas tellement me manquer.

- Oh, c’est une très longue histoire, reprend Bilaly DICKO avec le sourire sur le visage. Viens-là.

Il lui fait un baiser sur le front avant de la serrer longuement dans ses bras. Ani sourit avant de voir Bilaly s’effacer dans le noir…

A 5 mètres de là est assis le célibataire le plus convoité de Casablanca, Narciss. Celui que l’on a l’habitude de qualifier l’arrogant, le narcissique le cynique, le mégalomane et en même temps, l’homme le plus convaincant et le plus charmeur de sa génération. Vêtu d’un costume gris foncé et d’une cravate violette, il manipule son Smartphone.

Pendant ce temps-là, Ani se dirige vers la réception. Sans s’en rendre compte, son mascara tombe. Et soudain, une ombre fait place juste en face d’elle. Aussi brusquement effrayée, n’a-t-elle pas pu s’empêcher de lancer d’une voix hébétée et hésitante :

- Salut Nar…Nar…ci…ssi…que,

Narciss la dévisage d’un regard curieux et continue.

- Mon nom est Narciss. Salut, vous devez être Ani. Lance-t-il d’une voix grave avec la main sur son épaule gauche. Tenez, c’est le vôtre.

- Oh, mon mascara. Euh…Merci Narciss.

- Venez, qu’est-ce que je vous offre à boire ? demande-t-il d’une assurance exceptionnelle la main sur la taille d’Ani.

Il est très sûr de lui hein. Se dit Ani. Pourquoi est-ce qu’il me touche déjà ainsi alors qu’on ne se connait même pas encore. Pendant qu’Ani se posait encore des questions, elle constate que tous les yeux sont rivés sur eux comme s’ils défilaient (Elle et Narciss) sur le tapis rouge du Festival de Cannes. Ani commence à sourire. Elle se sent en sécurité et grandie auprès de Narciss.

- Ani, vous devez apprendre à marcher la tête relevée, les épaules écartées et la poitrine légèrement poussée vers l’avant. C’est comme cela que marchent les personnes influentes et confiantes qui imposent le respect. Affirme Narciss d’une voix soigneusement martelée digne d’un certain Chuck Bass.

Ani hoche timidement la tête et murmure « c’est pourquoi on dit de vous que vous êtes arrogant peut-être ».

Narciss tire légèrement la chaise d’une élégance royale et prie Ani de s’assoir tout en la regardant droit dans les yeux avec le sourire au coin. Ani est surprise de tous ces protocoles auxquels elle n’était aucunement habituée. Se sentant en sécurité. Elle sourit, pose sa main sur la table juste à côté de celle de Narciss cherchant à voir si celui-ci réagirait à son tour. Mais Narciss demeure insensible aux avances testeuses d’Ani. Il s’approche, touche son épaule, puis ses cheveux. Très vite, Ani commence à s’étouffer.

- Je vous trouve très sensible, voire trop sensible Ani. S’inquiète Narciss.

- Je suis une romantique, je prends la vie comme elle vient. J’aime le beau, le sensuel, le passionnel. Je peux pleurer devant un tableau…

Avant même de terminer ses exaltations lyriques, Narciss s’est senti obligé d’intervenir

- Vous voulez un mouchoir ? Se moque-t-il. Vous devriez manger.

- Ce n’est pas drôle, dit-elle en donnant un p’tit coup de tape sur l’épaule de Narciss.

« Elle crée déjà le toucher, c’est sûr qu’elle me kiffe », se délecte-t-il. Pendant qu’ils sont assis, le serveur vient souffler à l’oreille de Narciss qu’Aicha vient de déposer ses valises à Casablanca.

Sans même réfléchir, il paie l’addition, prend la main d’Ani, se rapproche d’elle, la scrute longuement. Les mains sur le cou, il lance :

- L’amour est la seule déception programmée qui vaille la peine d’être vécue. Je t’appelle peut-être un jour.

- Tu n’as même pas mon numéro, s’exclame Ani.

Mais Narciss était déjà parti…

A suivre…..

Par Bilaly DICKO, tous droits réservés à l’auteur.

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