Des hashtags en réponse aux rafales

Mobilisation 2.0. Depuis les attentats de janvier 2015 avec l’attaque de Charlie Hebdo, les citoyens du monde entier se mobilisent par le biais du hashtag, devenu symbole fédérateur pour exprimer sa colère, partager sa peine et apporter son soutien. #JeSuisCharlie, #PrayForOrlando et les autres : ces hashtags ont été relayés massivement sur les réseaux sociaux lors des attaques terroristes perpétrées ces derniers mois à travers le monde.

En réaction aux événements tragiques qui ont touché notamment la France pour la première fois depuis la démocratisation des réseaux sociaux, la solidarité se montre ainsi sous un nouveau visage. « Par leur usage, les réseaux sociaux ont modifié à la fois l’expérience des événements et la réaction qu’on leur apporte », analysait pour 20 Minutes Gérôme Truc, sociologue et auteur du livre Sidérations : Une sociologie des attentats. Des réactions qui ont aussi dépassé les frontières du virtuel, à l’image du hashtag #PorteOuverte. Camille, qui se trouvait non loin des quartiers où ont éclaté les fusillades, le 13 novembre, le revendique : ce hashtag l’a « aidée à affronter les attentats ».

Ce soir-là, Camille se trouve dans un bar, près de la Villette, à Paris. Loin de leur QG habituel, ils sont une bande de 12 copains qui rigolent, qui causent, qui boivent des coups. Et puis, vers 22h30, Camille commence à recevoir des messages. Des messages inquiets. On lui apprend qu’il y a eu des fusillades. D’un seul coup, l’ambiance change, les visages se décomposent. Comme un réflexe, la jeune femme file sur Twitter. Elle s’en sert tout le temps, c’est sa première source d’informations au quotidien. « J’ai fait ça spontanément car j’ai compris que c’était grave. On n’avait pas d’informations, il fallait que je sache ce qui se passait, comment la situation évoluait », m’explique Camille. Le Xème, le XIème… Et même le Bataclan. Elles sont tout près, ces fusillades, ils réalisent.

« Quand le hashtag est sorti, j’ai senti que c’était quelque chose de sérieux. Ce n’était pas un simple hashtag. Tout un mouvement était en train de se créer autour ».

Bientôt, Camille voit apparaître le hashtag #PorteOuverte. Des gens proposent leur toit à ceux qui ne sont pas en sécurité. Camille comprend immédiatement la portée de l’initiative. « Quand le hashtag est sorti, j’ai senti que c’était quelque chose de sérieux. Ce n’était pas un simple hashtag. Tout un mouvement était en train de se créer autour », raconte Camille. Elle lance une bouteille à la mer, un simple tweet où elle demande un toit pour elle et ses amis. Eux sont méfiants, dans ce climat de psychose généralisée. Mais Camille, elle, en est persuadée. Il peut se passer quelque chose, il VA se passer quelque chose grâce au réseau social. Elle se souvient : « J’ai vu des gens donner des adresses, des codes d’immeubles… J’ai tout de suite ressenti l’ampleur de la générosité ». La suite des événements lui donne raison : en l’espace de trente minutes, son tweet est partagé 2 500 fois. 36 personnes lui proposent de les accueillir, elle et ses copains. C’est finalement chez Xavier, qui habite à un kilomètre de là, que la bande de potes se réfugiera.

« Je me suis dit qu’il manquait un “point de ralliement”, j’ai pensé à la géolocalisation puis au hashtag ».

Le mouvement, véritable cri de ralliement, permet de mettre à l’abri des centaines de personnes, ce 13 novembre. Alors que des terroristes répandent la mort autour d’eux, les internautes, avec un simple dièse, ouvrent leurs portes à ceux qui en ont besoin. Ce soir-là, #PorteOuverte est lancé par Sylvain Lapoix. En consultant Twitter, le journaliste remarque des tweets qui proposent un abri, d’autres qui en cherchent. Après la tragédie, il explique sur le réseau social : « Je me suis dit qu’il manquait un “point de ralliement”, j’ai pensé à la géolocalisation puis au hashtag ». « J’ai juste fait un tweet en deux secondes qui m’a pris une seconde. Ceux qui ont aidé, c’est ceux qui ont ouvert leurs portes », affirme le journaliste.

Sur le moment, l’initiative est critiquée par certains, qui voient là un moyen de donner des cibles aux terroristes. Mais l’idée prend, et le hashtag est massivement partagé. Selon le quotidien Le Monde, peu après minuit, plus de 200 000 tweets contenant le mot-clé #PorteOuverte sont postés, élan de solidarité au milieu d’une nuit de terreur. La mobilisation sera la même quelques mois plus tard, lors de l’attentat à Bruxelles, puis à Nice.

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