Comment choisir où manger quand on part à l’étranger ?

graff LX factory

Mon expérience à Lisbonne

Cette idée d’article m’est venue car je me suis posée la question : “Pourquoi écrire un énième article sur la ville de Lisbonne et sa gastronomie ?”

On voit dans les blogs culinaires, les blogs de voyage des centaines d’articles avec les presque mêmes images, les presque mêmes commentaires et les exactes mêmes adresses.
D’ailleurs qu’est ce que je fais avant de partir quelque part ? Je consulte le petit futé, le routard ou autres guides et je consulte les blogs influents avec les meilleurs adresses.

Du coup est ce que mon article aura une quelconque portée, un intérêt pour la communauté du net ou celle qui me suit ?
Je me pose la question après avoir lu l’article de Julia Barbelane “Et si on essayait de ne pas faire n’importe quoi” et comme elle, je m’interroge sur la pertinence ou la pollution d’un document posté sur internet.

Peut-être est il important de préciser que je n’étais pas seule pendant ce food trip. Je voyage souvent avec d’autres personnes qui n’ont pas toujours les mêmes envies ou centres d’intérêt et pour qui le tourisme ne passe pas obligatoirement par la bouche.

Pavilhao de Conhecimento

Il est absolument envisageable pour moi de faire un détour de 40 minutes pour aller acheter du chocolat car je sais qu’il est meilleur que celui juste en bas de ma porte.
Je me sens comme ces japonais avec qui j’ai fait plus de 2h de queue au marché de Tsukiji à Tokyo et qui avaient fait 3h de train juste pour venir manger des sushis.
Juste manger des sushis ?
C’était Juste les meilleurs sushis du monde !!! Sans exagération ni métaphore.

Alors faire 2h d’avion pour manger les meilleurs pastels de nata du monde ? Fort envisageable dans la balance du choix de la destination.

Heureusement pour cette fois, les plaisirs gastronomiques étaient au programme pour tout le monde.

Premiers pas à Lisbonne avec un guide papier

terrasse Lisbonne

Nous naviguons donc avec le Michelin “un week-end à Lisbonne”. Nous lisons et repérons les adresses avec la tête de Bibendum qui, loin de nous effrayer avec sa grosse tête, nous donne confiance.

1ère adresse
Arrivée dans un lieu fancy, pas très typique, plutôt boboïsant, on se sent à l’aise. Pourquoi ?
Parce que tous les codes sont là ! Joli mobilier et design avant-gardiste, lumière chaude et tamisée, service prévenant et convivial. Sémiologiquement, nous sommes dans un lieu de qualité, comme nous le connaissons. Mon cerveau, en 1 millième de seconde, connecte des signes visuels avec le souvenir d’une émotion positive, d’un plaisir gustatif .

restaurant Decadente

«Le plaisir, il est associé à l’activation de ce système, à savoir la voie dopaminergique mésocorticolimbique qui s’étend du tronc cérébral […] au cortex frontal et à l’accumbens, un noyau situé à l’avant du cerveau. »
Françoise Lotstra

Cela ne vous aide pas, alors peut-être ça :

« “La pensée magique” est l’interprétation de deux événements survenant de façon rapprochée, comme si l’un était provoqué par l’autre, sans aucune considération pour le lien causal. »
James E.Alcock

Donc pour moi, je retrouve les signes, je l’avoue plutôt parisianistes, du lieu où il fait bon manger, au restaurant Decadente.

J’ai toujours été fascinée par certains de mes co-voyageurs qui avaient ce don pour reconnaître le parfait boui-boui.
Un lieu de quartier improbable, une déco un peu ringarde, une légère odeur de PMU, des toilettes insalubres, quelques mines patibulaires à l’entrée !
Mais surprise ! on y sert une pizza au basilic inoubliable, un ragoût aux gnocchis comme jamais. (Je fais référence à mon voyage en Argentine où, à l’époque, je ne notais pas mes découvertes. Quel dommage, que d’adresses perdues...)

C’est donc un premier pas vers la quête de mon Graal personnel : réussir à devenir ce pionnier, ce chien renifleur, ce Nez qui perçoit et “intuitionne” juste.

Pour l’heure, ce n’est pas le cas et je teste ce restaurant qui m’inspire confiance, on en dit qu’il sert une cuisine typiquement portugaise mais re-visitée.

Grosse déception, peut-être due à une grande attente (en cause le gros bonhomme).
Je ne retrouve pas la finesse que j’aime dans la cuisine ou que j’attendais, car j’aime aussi la cuisine simple ou familiale. Je ne pense pas être bégueule ou élitiste. (Que ceux qui pensent le contraire me jètent le 1er commentaire.)
J’ai sûrement un palais développé et une cuisine variée et créative, ce qui me donne envie d’être étonnée quand je vais manger auprès d’un professionnel.
J’aurais peut-être du commencer par là pour expliquer mes attentes dans la découverte gastronomique d’une ville.
Cette cuisine donc n’est pas mauvaise mais je la trouve un peu grossière, simplifiée, bâclée. Trop de mayo dans la salade de poulpe, riz à la tomate sans plus et morue trop cuite nageant dans une sauce au poivron ordinaire.

Comment faire pour rectifier la direction ? Comment trouver de vraies bonnes adresses ? Où manger alors que le sacrosaint Michelin s’est planté en beauté (selon mes critères bien évidemment) ?

Les conseils des amis

J’avais demandé à une amie qui est férue de bons plans et de bons petits plats, elle n’avait pas su trouver de “bons restaurants” à Lisbonne.
C’était sans compter sur son conseil sur l’institution pâtissière dont la réputation dépasse les frontières. Je veux parler des fameux pastels de Belem.

Pasteis de Belem

Je donne mon aval, ma tête de mère Micheline, mes trois coeurs, toutes les étoiles de la galaxie…
Je m’emporte et c’est ce que j’ai voulu vérifier.
Peut-être me suis-je laissée berner par la publicité, le croustillant, la crème onctueuse ? Si ça se trouve, ils sont tout aussi bons dans le centre commercial ou la boulangerie de quartier ?

Pasteis de Belem

J’ai donc testé les pastels de nata dans plusieurs pâtisseries, assez renommées selon les guides, dans des snacks.
Et mon verdict est sans équivoque : je suis retournée me pourlécher les babines à Belem.

Me voilà repartie en recherche de cuisine authentique et délicieuse.
Nous décidons de faire l’impasse sur les déjeuners (sandwich et coupe-faim feront l’affaire) pour nous consacrer à des dîners de haute volée.

Le marché

mercado de Ribeira

J’avais eu vent du mercado de Ribeira où l’on pouvait se régaler. La vision de ces tables pantagruéliques à l’ambiance on ne peut plus touristique me plongeaient dans le doute.
Pourtant dans une allée subsidiaire, un restaurant a retenu mon attention. Déformation de styliste culinaire, je vis un livre du chef du lieu-dit, plusieurs livres. Mon cerveau m’envoie un signal, s’il écrit ses recettes c’est qu’elles doivent avoir une belle notoriété.
En effet c’est Kiko Martins. J'avais lu son nom quand le Fooding, interrogeant Philip Starck sur ses restaurants préférés, citait “A Cevicheria”.
Il a 4 restaurants à Lisbonne, à la déco épurée ou design. Celui du marché, O Surf & Turf, thématique terre et mer, fut notre première rencontre.

O Surf & Turf Kiko Martins

Du goût, des textures, de la surprise et chose rare, vraiment de bons desserts.

J’avais lu à plusieurs endroits que A Cevicheria était incontournable. J’aurais donc pu me référer aux avis dont je faisais fi au début.
Et pourtant j’étais heureuse de ne pas aller à la seule adresse dont tout le monde parle, de découvrir un peu par hasard, en flânant, ce bijou.

Je laisse le menu et les images vous mettre la salive en ébullition.

menu Surf & Turf
plats du surf & turf
plats du surf & turf

Et lors d’une soirée où nous cherchions, désoeuvrées, où diable aller, l’idée de se réfugier O Asiatico de Kiko nous a émerveillées.
Moins de tradition dans les plats asiatiques mais une telle qualité qu’elle ne se refuse pas.

Une mention ultra spéciale pour le service excellent dans ce restaurant mais que j’élargirais à tous les lieux où nous sommes allées à Lisbonne. Ah si la France pouvait en prendre de la graine…

Les restaurants de chef testés au marché étaient aussi très bons, j’ai beaucoup aimé le poulpe de Marlène Vieira ou le risotto d’Alexandre Silva. Ambiance trop bruyante aux heures de pointe, nous avons migré dans le jardin attenant.

Miradouro de Santa Catarina

Nous avons exploré des lieux aux vues imprenables et impressionnantes. Agréables pour boire un verre mais peu accueillants (surtout sur les tarifs) pour manger.

Rooftop-bar LX Factory

Donc ce que je pourrais conclure de cette expérience, c’est “va dans les lieux recommandés et basta” ?

L’exploration avec ses aléas bons ou mauvais

Et pourtant ma dernière soirée m’a permis de revisiter cette conclusion.
Après avoir cherché l’endroit idéal pour écouter du traditionnel fado, nous avons fini par opter pour “Tasco do chico” où se mêlent amateurs et pro. Qui veut vient et le résultat est touchant et bluffant.
Pourtant la nourriture qui défile ne me donne pas très envie.

Graff Fado

On se dit qu’on va partir après chaque set et pourtant on reste, on reste et il est près de 23h quand on se met en quête d’un lieu pour manger.
Lisbonne n’est pas Madrid, ici on ne sert pas tard, toutes les cuisines sont désertées par leurs chefs et on nous renvoie vers les pizzerias les plus proches.
Les ventres creux et les sangrias appellent de la nourriture quelle qu’elle soit, tant pis !

Au coin d’une rue, un restaurant italien a l’air d’avoir des clients fraîchement servis avec des assiettes pleines. Nous tentons et effectivement prenons place.
Je ne suis pas attirée par les pâtes ni par les grosses assiettes. J’opte pour un élément qui reste local, une salade de poulpe.

Salade de poulpe

Belle surprise avec cette salade fraîche faite de légumes croquants, d’herbes savoureuses, de poulpe tendre. Les oignons donnaient du caractère, tellement qu’ils ont su se rappeler à mon bon souvenir jusqu’au petit matin.
J’y ai vu un beau clin d’oeil de l’effet de surprise qui me manquait depuis le début.
Il y avait sûrement la faim, la peur de se retrouver le bec dans l’eau ou avec un plat bas de gamme. Toutefois j’ai apprécié grandement ce repas simple.
J’ai été reconnaissante de ne pas faire ma bourgeoise bohème à la recherche du sublime, de lâcher les voies du Dieu routard, de m’égarer dans le quartier de la Soif et d’avoir un plaisir gustatif insoupçonné.

Ma conclusion du voyage

Graff Lisbonne

J’ai envie désormais de naviguer entre les recommandations et la surprise, quitte à essuyer quelques échecs (pas trop quand même).

Ma dernière expérience au festival de marionnettes de Mirepoix m’a confirmé que demander aux personnes du cru des conseils est souvent payant. J’ai goûté dans un foodtruck une délicieuse galette de sarrasin au caramel beurre salé.
Je pourrais développer cela dans un prochain article…

crédits photo
restaurant Decadente : budgettraveller.org
pulpo : Franz Conde
tout le reste : moi

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