Faut il prendre des cours de cuisine quand on sait déjà cuisiner?

Quand je fais des ateliers de cuisine, je demande aux participants de me dire ce qu’ils attendent du cours, ce qu’ils souhaitent apprendre. Je ne donne pas vraiment de cours mais je facilite des expériences culinaires collaboratives et qui permettent de développer la créativité.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris de cours moi même pour me former. Et pourtant j’ai toujours besoin d’apprendre, de m’améliorer, de connaître de nouvelles techniques.
J’expérimente souvent de nouvelles choses et apprends sur le tas, en essayant, en regardant des vidéos sur internet. Mais il est vrai que depuis mon CAP de pâtisserie je n’ai pas payé quelqu’un pour me transmettre un savoir.

Ici, à Bali, je suis en terrain inconnu car je ne connais pas les ingrédients de la cuisine indonésienne, les façons de les cuisiner et mes connaissances sur les techniques et mélanges sont faibles. Il est donc agréable d’avoir plein de choses à apprendre et je n’ai pas appris que des recettes.

J’ai pour l’instant pris 3 cours différents avec un chef où j’étais seule élève, avec un hôtel 5 étoiles et avec une mère de famille qui transmet son savoir et présente ses champs de riz, cocotiers, bananiers et produits maison.

Les valeurs

La 1ère valeur que je remarque, et qui a fait de ces 3 cours des expérimentations agréables, est la générosité et le sourire balinais.
Ce n’est pas une légende, cet endroit est rempli des gens les plus gentils du monde. Prévenants, soucieux du bien-être et joyeux, c’est un bon package pour démarrer quoi que ce soit. Et même si certains cours avaient des défauts ou ne correspondaient pas à ce que j’imaginais, ce qu’ils m’ont donné avec leur lumière, de tout leur coeur, m’a complètement conquise.

Il y a aussi une belle envie de faire connaître leur culture et partager les magnifiques produits qui poussent ici. 
Que ce soit au marché qui recèle plein de trésors, d’odeurs, de produits inconnus ou dans les jardins de famille, il y a de magnifiques super-aliments bons pour la santé et bons pour les gourmets.
Parfois il faut pousser un peu les questions pour en savoir plus. Les cours que j’ai expérimenté jusqu’à présent, sont un peu rodés et vont droit à l’essentiel. Parfois c’est même un peu speed, trop de choses à faire en peu de temps. On survole les étals du marché. On passe vite d’une recette à l’autre sans la faire en entier. Un assistant s’occupe de finir une cuisson, démarrer la découpe et il est plus difficile de s’approprier ou se remémorer les recettes.

Cuisiner dans une famille, dans la maison, en savoir plus sur le mode de vie, permet de s’immerger et de vivre l’expérience culinaire à travers le biais de l’émotionnel. L’Histoire, les rites, les cérémonies, les habitudes, les paysages, les instruments, tous ces éléments racontent la vie balinaise. Et c’est ce qui remplit le corps et l’âme. On ne se nourrit pas que d’aliments. On est nourri de tellement d’autres choses.

La nouveauté

J’aime la découverte, voir de nouvelles choses, goûter de nouveaux ingrédients. Je me définis comme une aventurière du goût, une Indiana Jones de la cuisine.
Lorsque je vais en Espagne, je ne suis pas dépaysée par la langue, la culture, la nourriture. Nos racines sont communes et tout me me ramène à ce que je connais déjà.
Même si j’ai sûrement beaucoup à apprendre d’un chef espagnol, celui de l’ex El Bulli par exemple pourrait m’apprendre 2/3 petites choses ;) , ici tout est fun car nouveau. Je suis servie pour la découverte. Je plonge chaque fois dans un bain régénérant d’inconnu. J’en suis friande et presque accro.

J’ai aimé utiliser le pilon et le mortier en pierre traditionnels, qui sont indispensables à la préparation des bumbu (sauce traditionnel) la base de pas mal de plats. On peut le remplacer par un blender avec un peu d’eau mais cela n’est pas aussi bon, ni aussi agréable à faire. Et pour mixer des épices, à sec, il n’y a rien de tel.

Cela semble être l’attraction traditionnel touristique mais je pense que c’est comme ça que l’on cuisine dans les familles encore ajourd’hui. Que dire du grand pilon d’1m50, le blender humain ? Radical ! 
Fabriquer son lait de coco, son huile de coco, faire un barbecue avec les écorces. Que d’expériences enrichissantes !

Quant aux ingrédients ! Il y en a plein que je connais et que j’utilise régulièrement, comme le galanga, racine ressemblant au gingembre, le curcuma, la citronnelle… On les trouve facilement dans les supermarchés asiatiques et même dans les magasins bios. 
Mais il reste de grands inconnus : le fruit du jaquier (jackfruit) au goût bubblegum, la moringa, herbe que l’on ne trouve que sur l’île, différents types de gingembre, le sucre de palme…
Tout cela remplit ma bibliothèque gustative de nouvelles pépites, de nouvelles associations, de nouvelles connexions neuronales.

Le cadre exceptionnel

Ce qui enrichit les cours que j’ai pu prendre c’est la beauté des lieux dans lesquels ils se sont déroulés.
Que cela soit dans l’hôtel 5 étoiles ou chez Putu dans sa maison, la magie a opéré grâce au soin des décors, au souci du détail et sûrement à ce dépaysement visuel et architectural.

hotel Tugu

Toutefois, il y a un petit truc en plus, un ingrédient secret qui change tout.
Je pense avoir découvert, au fur et à mesure, en menant ma quête du goût, que le secret vient de l’île en elle même qui a une énergie toute particulière. C’est un lieu de guérison, de découverte de soi. La fameuse partie de “Eat Pray Love” sur l’amour est vraie, il y a beaucoup d’amour ici. Si les habitants en sont les garants, si les arbres et les fruits, la terre en sont baignés, pas étonnant que cela soit si beau et si bon.

Ce que j’ai appris

J’ai appris à faire des papillotes dans des feuilles de bananier, du lait de coco, des mélanges d’épices pour parfumer mes plats. J’ai appris tout un tas de recettes.
J’ai vécu des aventures humaines et j’ai fait de belles trouvailles.

Ce que cela va changer dans ma pratique, dans mes ateliers. 
L’utilisation d’outils traditionnels, hors du commun amènent une autre relation aux aliments. Je ne vais peut-être pas utiliser les moulins de nos grand-mères mais trouver des outils ingénieux pour changer notre façon de l’appréhender. 
Avoir une partie découverte : le marché, les épices, quelque chose de nouveau est toujours très excitant et permet d’ouvrir son esprit à faire de nouvelles expériences. Mon intention est de permettre de s’ouvrir à de nouvelles façons de manger, à une alimentation plus saine et plus juste. 
Je vais proposer de la nouveauté, du pétillant et une bonne dose de joie dans tout cela.

En finissant d’écrire cet article, j’ai fait des découvertes encore plus exceptionnelles et vécu des rencontres encore plus profondes. J’ai vécu 2 jours en immersion à la New earth cooking school et changé mes lunettes sur l’alimentation, la vie, la transmission. Je raconterai tout cela dans mon prochain article.