POURQUOI LE MONDE DU BTP DÉNIE L’IMPORTANCE DU MÉTRÉ ?

L’avant-métré ou « métré » par abus de langage est l’activité consistant à mesurer les nombres et quantités des éléments d’un ouvrage. Voilà pour la définition !

Si nous nous en tenons à celle-ci, le métré semble donc être une étape indispensable pour tout projets du bâtiment. Seulement, entre la théorie et la pratique, l’écart se creuse…

Par expérience, nous avons pu constater que peu d’entreprises du bâtiment savent réellement ce qu’est le métré. La plupart d’entre elles ont d’ailleurs pris la fâcheuse habitude de faire des prix à la « louche », négligeant l’importance d’un bon chiffrage. Quand nous leur demandons comment ils font pour maîtriser leurs coûts de revient, leurs réponses fluctuent entre « je connais mes prix quand même ! » et « de toute façon je n’ai pas besoin de vous ». Pourtant, un métré réalisé avec minutie et détail permet aux entreprises du bâtiment de produire une étude précise de la rentabilité d’un projet et ce, quel qu’en soit son envergure.

Vous nous voyez déjà venir … ? Effectivement, aucune entreprise du BTP ne peut décemment envisager de croître sans une parfaite maîtrise de ses coûts de revient.

Voilà pour l’intro… maintenant place aux arguments !

Le métreur et l’interface : de la conception à l’exécution

Le métreur intervient principalement en phase de consultation des entreprises. Il est donc placé en interface entre les éléments de conception et le démarrage de la phase d’exécution des travaux. Il s’appuie sur les éléments délivrés par la maîtrise d’oeuvre, aussi bien les plans d’architectes, les descriptifs (CCTP) que les plans de structure.

Or, cette interface est fondamentale : par expérience, la bonne compréhension et analyse des descriptifs par les entreprises est la condition sine qua non de leur bonne exécution. Impossible d’évaluer la capacité d’une entreprise à la réalisation sans cette première analyse… car en pratique, le métreur est le premier à la faire.

Par ailleurs, la quantification des éléments permet au métreur de faire des suggestions importantes au le conducteur de travaux, qui pourra même disposer de données horaires utiles aux rotations et à l’organisation du chantier.

Le métreur et le détail

Dans son travail, le métreur met en place la structure de son étude à travers sa « trame ». Généralement dans le strict respect du CCTP, il sera parfois amené à jouer de son expertise dans le développement de détails supplémentaires. À cet égard, les descriptifs sont parfois scabreux ou copiés sans scrupules sur d’autres CCTP… La lecture attentive et minutieuse le conduira à repérer les nombreux « crashs » et autres anomalies présentes dans tout projet de construction, des plus mineurs aux plus surprenantes…

Qui d’autre avant l’exécution atteint un tel niveau de contrôle du détail ? En pratique, personne. Malgré tous les commentaires et prétentions des uns et des autres. En pratique personne (x2).

Le métreur et l’entreprise

Dans sa relation avec l’entreprise, le métreur aura souvent la charge d’une multiplicité de tâches annexes allant de l’apport d’affaire à la négociation des marchés en passant par la consultation de sous-traitants. Mais sa plus grande valeur sera la réalisation des bases de prix indispensables à la compétitivité de l’entreprise. Car dans un marché aussi compétitif que celui du bâtiment, la qualité et la structuration de la base de prix peut représenter un avantage concurrentiel déterminant.

Je le répète pour ceux qui ne l’auraient encore pas relevé… une base de prix bien structurée représente un avantage concurrentiel déterminant ! Vendre c’est bien. Assurer et maximiser ses marges c’est mieux !

Par ailleurs, repose sur les épaules du métreur la responsabilité de « contre-métrer » et/ou « contre-chiffrer » l’ouvrage à construire. L’équipe de conception ayant posé les grandes lignes, il sera nécessaire d’élaborer le discours technique et économique utile à l’entreprise pour engager la négociation dans les meilleures conditions. Une parfaite connaissance des prix du marché et du savoir-faire des équipes de réalisation sera nécessaire.

Le métreur et le BIM

Le BIM est un sujet central car il restructure la chaîne d’organisation de la construction d’un ouvrage. Il est, selon certains, la solution aux incohérences entre conception et exécution.

Ces promesses sont-elles au rendez-vous ? Le métreur y trouve-t-il sa place ou est-il d’autant plus relégué au second plan ? Ces interrogations feront l’objet d’un article spécifique prochainement publié. Ne soyez pas trop impatients !

Le métreur et la chaine de valeur du BTP

La part de la valeur du métreur dans une opération de construction représente entre 0,1% et 0,5% du prix (cet différence correspond aux variations selon le lot concerné). Effectivement c’est bien… Loin de nous l’idée de se nourrir comme les autres sur les marges des entreprises, mais il est tout de même surprenant de constater l’écart qui existe avec les autres missions (programmation, consultation, pré-étude, conception, etc.).

Vous pourrez nous répondre que le métré n’est pas une fonction d’ingénierie et doit à ce titre rester à sa place… certes. Mais vous ne pourrez nous ôter l’idée que, pour une fonction qui constitue le moment ultime de la vérification d’un ouvrage à construire et qui offre la garantie de la rentabilité économique de l’opération pour les entreprises… 0,1% c’est quand même pas cher payé.

Finalement, ne serait-ce pas certaines autre fonctions et missions de la chaîne de valeur de la construction qui seraient sur-évaluées ? La question est ici posée. Évidemment nous attendons vos avis !

Bonne journée ;-)