Lettre aux indécis, aux utopistes, aux résignés, aux oubliés, et à tous les autres

Il y a un an, jour pour jour, je partais en voyage. Je partais pour répondre à des questions. Je partais pour apprendre. Je partais pour changer. Je partais parce que je le pouvais. Je partais pour vivre autrement, pour vivre plus simplement, pour vivre, simplement.

J’ai fait peu de choix dans ma vie, de choix délibérés, pas de ces choix binaires dirigés par les normes, les pressions sociales, etc. Je n’ai pas choisi d’être un homme. Je n’ai pas choisi d’être blanc. Je n’ai pas choisi ma famille. Je n’ai pas choisi d’être français. Je n’ai pas choisi de manger de la viande à tous les repas pendant 25 ans, je n’ai pas choisi de rouler en voiture, je n’ai pas choisi d’être de gauche, je n’ai pas choisi d’être timide, je n’ai pas choisi grand-chose…

C’est pourquoi il m’est facile de dire que ce choix de partir en voyage est le meilleur que j’ai fait de ma vie. En finir avec les choix prédéterminés. Suivre une voie, peut-être pas ma voie, mais celle que j’ai décidée, pour l’explorer, parce que je le veux. Cette voie était celle d’un mode de vie alternatif, en marge du système, pour essayer de vivre autrement, parmi des gens qui vivent autrement. 
Une vie dans laquelle le sens des actes a une importance, est moteur même. Une vie plus cohérente. Pas seulement avec soi-même, mais avec la nature. Une vie où l’on écoute ses besoins, où l’on ne consomme pas plus que ce qui est nécessaire à les satisfaire, et pas plus que la nature ne le permette. En suivant cette voie qui menait je ne savais où, je pensais découvrir un nouvel horizon, peuplé de personnes nouvelles, aux idées et aux habitudes nouvelles, et en me mêlant à eux, je pensais pouvoir vérifier si cette voie me conviendrait.

Mais ça ne s’est pas passé comme prévu. En suivant cette nouvelle voie, en franchissant les barrières qui m’ont guidé toute ma vie, ce n’est pas l’horizon que j’imaginais qui s’est dessiné au loin. Ce que j’ai découvert, c’est l’infinité de voies s’étalant alors à perte de vue, se croisant, se scindant dans toutes les directions. Un seul pas en dehors du sentier battu ouvre instantanément l’accès à toutes ces autres voies, dont la plupart ne sont même pas encore tracées… C’est en ça que le choix de partir en voyage fût le plus important de ma vie. Il a ouvert mes perspectives à un degré que je ne soupçonnais même pas. A partir de cet instant, chaque pas était un nouveau choix. Chaque voie empruntée n’avait pas de destination. Seul le chemin importait. Et en regardant par-dessus mon épaule, je m’aperçus que la confortable route goudronnée que j’avais désormais quittée était elle aussi jonchée de centaines d’intersections, entravées par une simple barrière. La vie serait donc faite de choix, et j’ai vécu si longtemps sans en avoir conscience…

A partir de cette prise de conscience sidérale, plus rien n’était pareil. Je pouvais alors poser un regard différent sur chaque composante de ma vie, peu à peu explorer ces nouveaux choix, aller et venir, faire et défaire, essayer, échouer, changer, continuer, retourner en arrière, …

Et pour expérimenter toutes ces nouvelles possibilités, deux moyens ont favorisé l’exploration : le voyage, et l’introspection.

Le voyage nous force à bouger, être en permanence dans le mouvement, rencontrer des personnes, des lieux, le monde entier. On croise des gens qui suivent tel chemin, on marche un temps avec elles, puis on les quitte, mais on se souvient de ce bout de chemin à jamais. Ces gens sont autant de guides pour nous faire découvrir ces chemins, et ces rencontres sont essentielles pour ne pas se perdre.

L’introspection permet d’aller plus profond, plus vite parfois, dans des voies uniquement accessibles grâce à elle. Des voies qui nous traversent, qui nous habitent, mais que l’on ignore, que l’on évite. A chaque nouvelle voie découverte, chaque nouvelle voie empruntée, on sait tout de suite si elle est faite pour nous. Souvent, on le sait avant même de s’y aventurer. Ces voies-ci, elles résonnent, elles chantent, elles dansent en nous, avec nous, pas besoin de les essayer, ces voies-là, c’est nous. Mais sans les chercher, sans porter nos regards sur elles grâce à l’introspection, ces voies peuvent passer l’éternité à danser, seules, sans pourtant ne jamais s’arrêter.

Pour ma part, les conclusions de ces cheminements sont nombreuses, mais sont surtout loin d’être définitives. Chaque jour est une occasion d’aller un peu plus loin, de changer de voie, d’observer l’horizon en me demandant non pas où je veux aller, mais comment.

Il y a huit mois, jour pour jour, mon voyage prenait fin. Mes intuitions de départ s’étant vérifiées, j’étais alors convaincu que l’écologie et les modes de vie alternatifs qui en découlent étaient absolument vertueux. D’abord parce qu’ils inscrivent en eux cette démarche de sortir des sentiers battus pour tracer de nouveaux chemins. Ils incitent ainsi chaque être humain à se reconnecter à ses besoins réels, et à prendre conscience que la nature porte en elle tous les ingrédients pour les satisfaire. Ils permettent de s’émanciper de toutes ces préoccupations artificielles nées des frustrations de ne pas pouvoir suivre sa propre voie. A rester sur la grande route, on rebondit de barrières en barrières sans même s’en apercevoir, et on s’éloigne de plus en plus du chemin qui est sien. L’écologie permet de remédier à ça. Elle incite chaque être humain à interroger ses choix, à les remettre en question, et à apporter des alternatives.

Il y a huit mois, j’étais donc convaincu de tout ça, mais également conscient de l’ampleur du problème, de cette crise des consciences éteintes. A l’époque j’étais persuadé que la transition se devait d’être individuelle, mais que les conditions générales étaient tout sauf favorables à cette transition généralisée. Par transition, je n’entends pas que tout le monde sorte de la grande route pour rejoindre le même chemin, j’entends simplement que tout le monde prenne conscience de la route qu’ils suivent, d’où elle vient, où elle mène, et qu’ils fassent le premier pas en dehors. Pour la suite, je suis persuadé que quel que soit le chemin entrepris, il sera plus sain, plus juste, car plus proche de nos besoins fondamentaux, de notre nature humaine, et donc de la nature en générale.

La seule piste qui semblait prometteuse était alors celle de la « révolution citoyenne », une vague venant du bas, lente, faisant peu à peu, de proche en proche, éveiller les consciences. Mais face à l’urgence de la crise écologique, cette solution me semblait, bien qu’essentielle, trop lente, n’ayant que peu d’emprise dans certains milieux sociaux ou géographiques, déjà en marge du système actuel.

Et au vu de l’état de la classe politique actuelle, les chances de voir se concrétiser un élan venant du haut semblaient bien minces.

Il y a cinq mois, jour pour jour, j’ai décidé de m’intéresser au programme politique de la France Insoumise soutenu par Jean-Luc Mélenchon. A l’époque, bien qu’attiré par les aspects sociaux de la démarche de Mélenchon, j’étais résigné à voter blanc ou m’abstenir aux prochaines élections, quitte à descendre dans la rue au résultat du scrutin pour gueuler avec tous ceux qui ne trouvaient pas leur compte dans l’offre politique.

Mais entre-temps, Jean-Luc avait lui aussi eu droit à sa prise de conscience écologique. Et alors que je sortais de 7 mois de ce que certains pourraient qualifier d’utopie, et que je commençais à me faire une raison sur le fait qu’il fallait viser plus petit pour toucher plus de monde, voilà que je tombe sur le programme de la France Insoumise. Et même si je ne suis pas en accord avec 100% des mesures proposées, le fait de trouver un programme politique pour des élections présidentielles, avec un candidat qui a déjà une place dans le paysage politique, qui colle à ce point-là avec ce que moi-même je commençais à considérer comme utopique, c’est inespéré. L’écologie est ainsi au cœur de son programme. Chaque mesure, chaque engagement est cohérent avec l’écologie. Il ne s’agit pas simplement de bloquer un projet d’aéroport ou de la sortie du nucléaire, les mesures économiques, sociales, d’immigrations etc. sont elles aussi toutes réfléchies pour être compatibles avec les problématiques environnementales actuelles et à venir.

Et plus je m’intéresse au programme, plus je suis frappé par sa cohérence, ainsi que son efficacité à distribuer à l’échelle du pays les clés qui ouvriront les portes de la révolution citoyenne (cette vague de prise de conscience venant du bas). Contrairement aux autres candidats qui proposent d’aller toujours dans la même direction, aveuglés par le retour de la croissance, ou bien ceux qui veulent améliorer la situation en allant dans la bonne direction, en arrondissant les angles, mais en luttant à contre-courant de tout le système capitaliste et de libre échange en place, la France Insoumise souhaite changer les règles du jeux, propose une véritable rupture avec la situation actuelle. Ce n’est pas simplement une liste de mesures qui permettront d’améliorer la situation, c’est avant tout une volonté profonde de faire évoluer les consciences en créant un climat propice aux transitions individuelles. Ce que propose la France Insoumise, ce n’est pas tant une nouvelle route à suivre, mais la volonté de faire tomber les barrières et de montrer à chacun l’infini horizon qui s’étend au-delà.

Si j’ai bien retenu une chose de mon voyage, c’est que même si le premier pas est difficile, les suivants sont accompagnés d’un soulagement, d’une satisfaction incomparable et que la sensation de l’herbe verte sous le pied vaut tous les efforts du monde, et bien plus encore.

Le 23 Avril, je voterai pour la France Insoumise. Et j’invite tous ceux qui sont lassés de la route actuelle et souhaitent tracer à leur tour leur propre chemin à faire de même.

« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. »

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