Réforme orthographique: une proposition conservatrice
Dernièrement les nouveau changements d’orthographe annoncés en France ont été reçus avec un enthousiasme restreint, on dirait. Pourquoi?
- L’attitude tyrannique — Le public n’a pas été bien consulté avant de déclarer unilatéralement un changement à la langue écrite d’un pays au complet.
- Les choix semblent arbitraires. Si une réforme est justifiée, pourquoi ne pas en profiter davantage pour rendre la langue encore plus facile à écrire? Si l’alphabétisation des pauvres jeunes d’aujourd’hui en dépend, il y a encore du boulot à faire!
- La voix du peuple — C’est a dire stylo et dactylo. Un renouvellement orthographique devrait refléter les tendances actuelles, pas juste en France mais dans la francophonie mondiale.
Ces trois points importants en tête, je me lance dans un petit project de réforme à la réforme.
- Accent sur la simplicité! C’est un peu ridicule toute cette histoire de «jê suîs circônflexê» car sur Internet on sait bien que les accents disparaissent. Ma proposition: on ne garde qu’un accent sur une lettre: é, qui remplace aussi les combinaisons ai et -er. Tous les jeunes qui ne savent point distinguer manger et mangé peuvent se dédier les méninges ainsi libérées à d’autres défis tels que l’affichage de selfies sur Instagram.
- Traits d’… non. La réforme proposée par l’Académie enlève le trait d’union de certains mots, mais comment s’en rappeler lesquels? Encore plus simple: on les enlève tous. Donc est-ce-que devient «estceque».
- L’apocalypse de l’apostrophe. En réalité, ça sert à quoi l’apostrophe? L’apostrophe est elle aussi victime de la vie d’internaute, et en plus, ne contribue rien à un mot tel que s’épelle ou aujourd’hui autre qu’un instant d’exercice supplémentaire pour les doigts au clavier.
- Nettoyage de la redondance des voyelles supplémentaires en extra. Sérieux, l’exubérance graphique des voyelles dans la langue de Molière est légendaire: pourquoi employer une seule lettre quand trois suffira? On supprime bien sûr les variations au et surtout eau qui ne rajoutent rien à la lettre o, et on laisse tomber le u dans eu car «je» et «jeu» sont homonymes.
- Et les consonnes! L’abondance des consonnes en français est une farce, grâce à une Académie française latinophile voulant promouvoir une étymologie souvent fausse. Dans notre société plutôt technophile, soyons plus concis! On enlève tous les consonnes muets. Aucun étudiant mémorisera la différence entre tout, tous, et toux car le tout s’écrira «tou» — voilà tout! On réduit les consonnes doubles: appelle et appel deviennent «apel». On efface le s muet au pluriel et le ent dans le mot jouent. Le z remplace s dans les mots comme choses («choz»).
- Y ne sera plus paresseux — Le double L a tout de même une légitimité existentielle dans les mots travaille, feuille ou citrouille. On réduit ainsi l’effort manuel en remplaçant toute la série de lettres ille par un y unique. Travaille devient «travay».
- OK… L’ancienne orthographe employait le k dans les mots qui, que, quand, quoi, ce qui a été changé par l’académie dans la réforme étymologique. Vu la rareté de la lettre k, c’est facile de retourner à la tradition originale: «ki» ne trouve pas que c’est mieux comme ça?
- Ça suffit! Notre fameux ç ressemble à un s, ça sonne comme un s, donc ça devient s. Tant qu’à faire, tous les ce deviennent se et les ci, si. Les jeunes qui ne font déjà pas la différence entre ça et sa seront ravis. Ou bien ils s’en rendront même pas compte.
- Le e muet disparaît. Quand on enlève les consonnes muets, on n’a plus besoin de mettre de e pour indiquer qu’une lettre se prononce. Limite devient «limit» et écrire devient «écrir». Mais on n’a pas fini! On peux facilement réduire je, le et arbre à «j», «l» et «arbr».
- Clarté nasale! Sans e muet il faudra donc mieux préciser quand la lettre n se prononce n comme non et quand c’est nasal comme… non. Ah bon. Mais vous comprenez ce que je veux dire. Pour clarifier l’intention sonore, on a recours à une tendance texto: le chiffre 1. Donc désormais le n est comme dans nounou et le mot non s’écrit «n1».
Et voilà! Notre transformation est complète.
J sé pa sk vou p1sé mé sa m s1bl super éficas.
La méyr choz cé k léz ado nor1 ri1 d nouvo a apr1dr.
La seule difficulté avec mon plan: ce sera les jeunes qui devront montrer aux profs la nouvelle orthographe.