Mana et considération polynésienne
Avant de commencer mon récit, je veux préciser que je suis née polynésienne et de père tahitien. Le texte qui va suivre se base sur une connaissance et experience personnelles de 20 ans au sein du fenua puis de quelques écrits d’auteurs à propos de la Polynésie française.

Avant les premiers séjours occidentaux en Polynésie, les tahitiens faisaient la différence entre maladie du corps et maladie de l’esprit. Peut être comme si les ra’au (de quoi se soigner par les plantes) soignaient les maux du corps et le mana soignait les maux de l’esprit.
Mana sacré
Le Mana est une force qui peut susciter terreur ou admiration tout comme bénéfice ou maléfice. C’est une influence qui n’émane son efficacité que selon la capacité de celui qui l’utilise. C’est un pouvoir prestigieux, de dextérité, d’un maître versé dans l’art qu’il professe. Aucun Mana sans Maître pour le manier : par certains rituels comme la capacité à mémoriser de très longues généalogies et par sa puissance oratoire.
Ces puissances supérieures convenaient d’être respectés, de craindre, d’honorer, car le mana pouvait s’amplifier ou bien disparaitre : pas de mana sans tapu (voeux) exercé par certains cultes et objets sacrés.
Les pratiques de guérison avec le Mana des tahu’a (maîtres des arts) est un pouvoir magico-spirituel qu’ils détiennent grâce à des relations privilégiées avec le monde des esprits et la vulnérabilité psychique de leurs patients. Contrairement au guérisseur Tiurai qui soignait avec désintéressement et solide bon sens, les tapu pouvaient envahir le monde imaginaire.
Mana et pouvoir
Ceci dit, le mana ne s’exerce pas seulement au niveau de la guérison mais aussi pour apporter un pouvoir particulier à certaines créations, objets ou bien certains lieux comme les marae. Les sculpteurs de ti’i, ou les constructeurs de pirogue, étaient soutenus par des divinités qu’ils vénéraient grâce à des rituels appropriés. Par exemple, une arme n’était efficace qu’en fonction de leur mise en relation avec le mana et du statut de celui qui l’utilisait.

Lieux de cultes et lieux de transmission
Les marae n’étaient pas seulement des lieux interdits mais permettaient aussi de réunir la transmission des savoirs. A Raiatea, par exemple, certains haere pō (une catégorie de prêtre) avaient pour rôle de se souvenir des légendes qui construisent l’histoire et la civilisation polynésienne pour la transmettre aux plus jeunes, particulièrement à propos de ‘Oro, divinité de fertilité et de guerre polynésienne.
Ces légendes se devaient d’êtres assimilées sans fautes au risque de provoquer malheur ou malédictions. Ces histoires et légendes permettaient aux individus de trouver des solutions dans certaines situations en leur donnant une ligne de consuite à respecter au sein de la vie quotidienne.
Mana, marae, mort et malédiction
Le marae était un symbole du mana de son possesseur, un titre de propriété qui gère l’appartenance à un groupe, emblème du pouvoir politique. Son accès était parfois restreint selon les cérémonies. Ou bien l’accès à ces sanctuaires pouvait être interdit aux femmes (à l’exception des ari’i-chefs). Certains territoires étaient réservés aux offrandes, d‘autres à certains spécialistes (docteurs, constructeurs de pirogue, pêcheurs) ou bien certains marae étaient exclusifs à des réunions particulières…
Le marae peut aussi être lieu de repos pour les morts. Un endroit où l’on soigne la maladie et un lieu d’attachement entre les morts et les vivants. Certaines dépouilles étaient généralement enterrées sous les dalles du marae familial. Alors le pouvoir du tupapa’u (esprit du mort) reste ancré au rituel magico-religieux. Et si le cadavre n’est pas purifié, il est possible qu’il puisse être condamné à errer sur la terre des vivants (c’est la crainte méléfique de certains décédés).
