Ötillö Swimrun World Series : Utö

Mon récit de l’Ötillö Swimrun World Series à Utö (Suède).

Il y a quelques mois, mon binôme de la course mythique Ötillö en Suède à laquelle nous avons participé en septembre dernier m’a lancé un appel pour l’accompagner à nouveau sur une des étapes qualificatives de la coupe du Monde Ötillö à Utö.

Mon projet cette année, en parallèle de ma saison de natation, est de participer à l’étape d’Engadin en Suisse en juillet, en vue de me qualifier au championnat du Monde en Suède en septembre, avec Julien (que j’ai rencontré sur cette même course l’an dernier…).

Nous n’avions pas encore planifié de préparation pour ces championnats, alors Julien, bon joueur, m’a conseillé d’accompagner Lolo grâce à qui j’ai découvert cette discipline. Une raison de plus pour nous retrouver sur les lieux de l’origine du Swimrun et de pouvoir avoir un aperçu de l’effort qu’il va falloir fournir dans un peu plus d’un mois.

Je décide donc d’accepter son invitation et me voilà à nouveau embarquée dans une nouvelle aventure avec Laurent.

Vendredi 26 mai, j’atterris à Stockholm et retrouve dans la soirée Lolo accompagné de ses parents.

Un petit tour au Hardrock café pour gouter l’ambiance suédoise du vendredi soir et nous sommes déjà au pied du ferry direction Utö le lendemain midi…

L’ambiance est plus détendue qu’en septembre dernier, la majorité des swimrunners arrivant dans la soirée ou le lendemain matin directement avant la course. Du coup, je prends le temps d’apprécier les paysages et de me poser des milliers de questions sur l’eau trouble (un peu trop ?) annoncée à … 8°C…

À l’arrivée sur Utö nous croisons Michael Lemmel : « Mais non elle est bonne, de toutes façons vous allez avoir chaud… ». Oui m’enfin, c’est lui l’organisateur. Je le vois mal nous dire : « Oh la vache elle est glacée, vous allez galérer demain !! Faites un dernier au revoir au bout de vos doigts, vous n’allez sans doute plus jamais les revoir ! ». Bref.

Le papa de Laurent me propose d’aller me baigner pour me faire mon avis : « Ohlala, surtout pas, j’y trempe juste le bout des doigts c’est bien suffisant, je garde la surprise pour demain ! Merci ! »

Nous grimpons à l’hôtel pour y déposer nos affaires. Là tous les souvenirs me reviennent : l’arrivée, Michael, Elfie et Tom qui nous attendent, le verre de vin partagé avec Boris et son binôme….Mais le cerveau est un filou…je me souvenais d’un hôtel flambant neuf…et finalement, il est vraiment vieillot… comme quoi, tout me paraissait tellement beau ….

Nous terminons la journée en spectateurs du swimrun sprint, qui nous donne vraiment envie d’être déjà au lendemain ! Récupération du matériel, petite séance photo dans la lumière du coucher de soleil, et c’est l’heure de se coucher pour être en pleine forme demain !

Et il en faudra de l’énergie ! Au programme environ 43 km dont à peu près 37.6 km de trail et 5.2 km de natation découpés en 19 sections. Les sections de natation sont très courtes : 600m pour la plus longue. Et pour la course à pied, le plus long tronçon est de 6.7 km environ. Ça va aller vite, et sur de si petites portions de natation je ne sais pas si je pourrai vraiment faire la différence.

Mais bon, on verra ça une fois lancés !

Le lendemain et jour J, nous déjeunons (avec en prime explications du parcours avec Nicolas Remires, que je ne présente plus) et nous rendons au briefing à 8h30. Le départ de la course est à 10h précises (c’est un peu les vacances comparé au départ à 5h du mois de septembre !). Nous enfilons le bas de la combinaison HEAD (il fait déjà très chaud !!), la chasuble n°358, les chaussettes X-Socks anti-ampoules, les chaussures Irocks, mon pull boy avec élastiques cousus maison (merci maman) et je garde à la main mon bonnet et bandeau néoprène HEAD, mes plaquettes speedo, ainsi que l’indispensable vaseline et gant latex qui font toujours très peur à Lolo ! ^^ Mais si nous voulons éviter les brûlures, il n’y a pas le choix.

Un dernier petit mot aux binômes français avec lesquels nous avons sympathisé et go derrière la ligne !

Dans le sas de départ j’ai l’impression d’être en pleins essayages d’avant soirée : « Dis Camille, tu crois que je garde ma cagoule ou pas ? Il va faire chaud non ? Ça va être galère à chaque fois de la remettre, et puis ça fait plisser la peau du cou c’est pas très beau non ? ». Bon finalement Lolo confie sa cagoule à des spectateurs français, c’est sûr on va être carrément plus élégants comme ça ;)

Cette discussion a le mérite de nous détendre et de faire passer les minutes interminables d’avant départ un peu plus rapidement.

Il fait beau, le paysage est magnifique, quelle chance encore avons-nous d’être ici…

5,4,3,2,1…… C’est parti !!!

Nous nous élançons sur 2km de course à pieds avant de plonger, histoire d’étirer un peu la foule. Et oui, nous sommes 275 binômes alors tout ce monde à se mettre à l’eau en même temps ça peut être compliqué ! D’ailleurs nous n’avons pas le droit de nous encorder sur la première natation. D’une pour éviter d’emmêler les cordes ;) et de deux pour éviter les accidents…

Du coup avec Lolo nous avons décidé de nous attendre à la sortie de l’eau pour pouvoir nous retrouver si nous nous perdons. Je le surveille et l’encourage sur la majorité de la portion. Vers la fin je décide quand même d’accélérer un peu parce que ça picote une eau à 8….

À la sortie je retrouve Lolo qui me raconte qu’il a failli perdre ses lunettes dans l’eau… Ouf c’était moins une avant le drame…. Sans lunette sur le reste de la course…. Je préfère ne pas y penser !

Sur la course à pied qui suit, voire même les 4/5 autres, je me sens super bien, j’ai la pêche, mal nul part…c’est sans doute l’euphorie du moment. Laurent quant à lui en bave un peu plus, il sort de blessure et souffre de son manque d’entrainement. Ce n’est pas grave, c’est une course d’équipe et je le soutien comme je peux. Je le motive et le rassure sur les parties de natation : « récupère à fond sur la natation, je gère, souffle bien, t’as même l’autorisation de te mettre sur le dos ! ».

Du coup je donne tout ce que j’ai dans l’eau. Nous nous faisons doubler sur chaque course à pied, mais nous rattrapons 3–4 binômes à chaque fois en nageant. Je me fixe un binôme objectif à chaque fois et essaie de le rattraper coûte que coûte.

Sauf que…à un moment…et bien la voilà qui débarque, comme une fleur et comme en septembre…la petite hypoglycémie ! Ce n’est pas ma copine celle-là… Et comme par hasard, elle sait quand frapper… Juste quand les parties techniques pointent le bout de leur nez… Les parties techniques que j’adore comme vous le savez…

Et puis c’est trop simple de ne pas être en forme au même moment, du coup, Lolo se sent mieux lui…

Donc imaginez la scène, un poisson qui titube sur les rochers et un traileur qui lui, vole de caillou en caillou… Et bien je vous assure que ce n’est pas sur cette partie que nous avons gagné des places ! ^^

D’ailleurs le binôme français que nous devancions depuis le début de la course nous double sur cette section (il finira 10e mixte….).

À partir de ce moment-là, c’est le mental qui va nous faire tenir. Laurent m’encourage sur les parties techniques, et moi sur les parties plus roulantes.

À un moment il me fait super peur, je le vois zigzaguer sur le chemin : « je ne me sens pas bien Camille…. » Non, sans blague !! Et un bon coup de chaud pour Lolo, un !

Passer de 8 degrés voire à moins, sur certaines sections de natation, à plus de 20 degrés une fois remontés sur la terre ferme, effectivement il peut y avoir quelques effets secondaires…

Et puis, il n’y a pas que Lolo qui perd l’équilibre… Pour être honnête, je ne me souviens plus à quel moment ça s’est passé, mais peut-être vers la mi-course… : nous terminons une section de trail technique, j’entends une cavalcade de pas derrière moi. J’ai un peu la pression car l’endroit de la mise à l’eau est étroit et il faut que je passe pour que les autres suivent. Je veux me dépêcher pour les gêner le moins possible, sauf que je ne suis plus très lucide…. Je glisse et tente de me rattraper avec la main…. Sauf que je tombe je ne sais comment sur mon petit doigt… et… j’ai très mal sur le coup…. Heureusement, la froideur de l’eau va calmer la douleur et je vais pouvoir terminer la course sans trop me préoccuper de mon doigt (à l’arrivée, les médecins me demanderont de ne pas mettre de glace dessus histoire de voir comment la blessure évolue. Après un passage aux urgences la semaine dernière à St Nazaire, il semblerait que ça soit une entorse. Mais j’ai déjà testé l’entrainement en mer et piscine, ça passe ! Rien de grave !)

Mais bon, on tient le coup et on y croit surtout. Cette course-là, nous ne la faisons pas pour la gagner. Le but c’est de se retrouver, de vivre à nouveau une course suédoise ensemble et de prendre un max de plaisir.

Nous passons à l’endroit où sont postés nos supporters, ça fait du bien !! Lolo prend même le temps de faire la bise à ses parents, c’est super touchant. J’en ai presque les larmes aux yeux (ok, comme d’hab, mais je n’y peux rien si je suis super émotive :p ). Nous devons avoir une sacrée tête parce que Danièle, sa maman nous lance un : « jusqu’au bout les enfants, ne craquez pas ! (ou quelque chose du genre !) ». Mais ça c’est sûr, nous irons jusqu’au bout !!

Les paroles de Nicolas nous reviennent : « à ce moment-là de la course, on pense que c’est terminé, mais en fait il reste encore presque 1h d’efforts ». Peut-être, mais après 5h de course, une pauvre petite heure ne va pas nous effrayer !

Cette dernière portion de course est ponctuée de toutes petites sections de natation et de courtes courses à pied du genre : 200m nat/800m cap… C’est plutôt ludique, mais le temps change, le soleil se cache et j’avoue que les entrées dans l’eau se font avec moins d’enthousiasme qu’au début….

Le bruit de la sono et les paroles du speaker se font de plus en plus nets au fur et à mesure que nous avançons. J’ai calculé, il nous reste 2 natations entre 3 courses à pied minuscules. Mais Laurent me dit que ça lui semble bizarre, qu’il a l’impression que les distances sur les îles ne correspondent pas à ce qui est prévu. D’après lui il nous reste seulement une mise à l’eau. Au fond de moi j’espère qu’il a raison mais je n’y crois pas trop.

De toutes façons, une ou deux, vu ce que nous avons déjà fait…. Nous sortons donc de l’eau pour ce que je pensais être notre avant dernière course à pied et là, à la sortie d’un virage : La ligne d’arrivée ! Lolo avait raison !!

Nous sommes tellement heureux !

Nous passons la ligne après 6h 00min et 20 secondes d’efforts (et non Morgan, nous n’avons pas fait exprès de ne pas casser la barre des 6h… :p ), d’ailleurs je soupçonne Laurent d’avoir omis de me donner l’heure, pour s’éviter un sprint final comme en septembre ! Mats nous étreint, tout comme les parents de Lolo. Nous terminons 83e sur 275 et 18e mixtes sur 62 équipes engagées (seules 49 passeront la ligne).

Deuxième swimrun, deuxième arrivée. De la souffrance dans l’effort parfois, mais de la joie et un bonheur pur, toujours.

Nous nous dépêchons de nous doucher. Cette fois-ci je vais la boire cette bière Ötillö, celle de septembre trône dans ma cuisine, comme un trophée, toujours bouchée, mais celle-là ne va pas m’échapper !

Je suis assise là à côté de Laurent, je regarde les swimrunners, fatigués, touchés, sourire aux lèvres, heureux d’avoir franchi la ligne, heureux d’être là tout simplement.

Et moi aussi je suis bien…

Nous l’avons fait.

Je l’ai fait, à nouveau.

Merci.