(French) L’open source, vers une société plus collaborative et participative ?

A l’aube des années 2000, le terme open source désigne un code de logiciel ou un plan de construction rendu public. En 1960, les ordinateurs étaient déjà livrés avec des logiciels accompagnés du code originel que les clients pouvaient modifier et étendre à leur guise. Qu’apportent ces solutions open source, en marge des schémas économiques classiques ? En quoi leur développement s’avère-t-il bénéfique tant pour les développeurs que pour les consommateurs ?

Chaque licence de produit open source respecte les normes établies par l’Open Source Initiative : libre redistribution, accès aux codes et création de travaux dérivés. L’Open Source Initiative est né en 1998 de la volonté d’utilisateurs et de développeurs web. Ces derniers souhaitaient créer un schéma économique mieux adapté aux réalités du marché des logiciels informatiques. En suivant cette logique, le mouvement open source prône la liberté d’accéder à la racine des programmes utilisés pour défendre une économie basée non plus sur la vente de licences d’utilisation, mais sur la vente de prestations qui en découlent directement. L’open source a par exemple contribué au développement et à l’amélioration du système d’exploitation gratuit Linux, utilisé pour faire tourner la plupart des bases de données ou serveurs d’application Java.

L’open source implique un travail collaboratif et participatif. Programmeurs et développeurs améliorent ensemble le code source d’un logiciel, puis partagent le fruit de leur travail au sein d’une communauté dédiée.

C’est le cas de Mozilla, une organisation à but non lucratif qui promeut l’ouverture, l’innovation et l’enrichissement du web via ses utilisateurs eux-mêmes. La plate-forme Mozilla CodeBase s’appuie ainsi sur les savoirs techniques de sa communauté (Java, C++, Python, HTML/CSS…) pour améliorer ses services et corriger les éventuels bugs trouvés dans les diverses applications proposées (Firefox, Thunderbird…). En ce sens, le mouvement open source permet de produire, de corriger et de standardiser à moindres coûts des logiciels de qualité. Et intéresse inévitablement les pays nouvellement industrialisés tels que l’Inde ou la Chine, car leur confère une indépendance économique et technologique intéressante.

Capture d’écran de Thunderbird, le service de messagerie développé par Mozilla avec l’appui de sa communauté (source : commons.wikimedia.org).

Au-delà du paysage des logiciels informatiques, l’open source se retrouve également dans d’autres secteurs — parfois inattendus — comme l’architecture, le design ou l’automobile. Motivés par l’idée d’un travail collaboratif, innovant et volontaire, des architectes ont ainsi réinventé l’open source pour bâtir des habitations à taille humaine. La plate-forme WikiHouse partage publiquement des plans de construction alimentés par une communauté de bâtisseurs et de designers. A l’aide des indications fournies (matériaux, machines, coûts et temps nécessaires), il est par exemple possible de construire son propre studio en bois de 11m² pour moins de 15 000 euros, tout en gardant le contrôle sur l’ensemble des étapes de fabrication.

Exemple de studio réalisé avec l’aide de WikiHouse (source : wikihouse.cc/studio/).

Même principe de fonctionnement pour Open Desk, qui procure des notices de construction pour découper et monter soi-même les pièces de son bureau design.

Un plan pour concevoir le modèle de table “Breakout Table” (source : opendesk.cc/lean/breakout-table).

Pour les non-bricoleurs, il est possible de faire réaliser son meuble dans un FabLab proche de chez soi, puis de se le faire livrer en pièces détachées. Outre le plaisir procuré par l’aspect “fait-main” et le caractère unique du mobilier conçu, Open Desk propose une alternative éthique et économique pour riposter face aux mastodontes de l’ameublement bon marché.

Le modèle “Breakout Table” finalisé (source : opendesk.cc/lean/breakout-table).

Écologie va également de pair avec open source. La mise en commun de compétences et de connaissances multiples permet de proposer des solutions faciles et peu coûteuses pour pallier le réchauffement climatique. POC21 est un FabLab temporaire installé dans les Yvelines et orienté vers la création de projets open source dédiés à la transition énergétique.

Les “makers” de POC21 ont accès à un FabLab pour réaliser leurs projets (source : www.poc21.cc/).

Tous les tutoriels d’assemblage des mécanismes élaborés en 5 semaines (éolienne “Do it yourself”, groupe électrogène solaire ou encore tracteur à pédales) sont accessibles en ligne et améliorables à tout moment, puisque le mouvement repose sur des valeurs de collaboration et d’entraide entre designers, ingénieurs, experts et communicants du monde entier — appelés “makers” — . Il est donc extrêmement simple de se construire sa propre éolienne et participer, depuis chez soi, au mouvement citoyen initié par POC21.

Le groupe électrogène “Sunzilla”, l’un des 12 projets élaborés durant la POC21 (source : www.poc21.cc/12-projects/).

Le projet Safecast est, quant à lui, une plateforme de collecte de mesures radioactives recueillies et partagées librement par les habitants vivant initialement à proximité de Fukushima. Safecast a été conçu pour permettre l’alimentation en temps réel d’une base de données autogérée et indépendante des données officielles communiquées par l’État japonais d’abord, puis par l’ensemble des pays. Aujourd’hui, le site diffuse les taux de radioactivité présents dans le monde entier, de l’Ukraine à la France. L’open source propose ici un moyen d’expression émancipé, alimenté par des convictions indépendantes et universelles.

Imprimantes 3D, machines de découpe, FabLab, réseaux sociaux, coworking… L’Open source va de pair avec les nouvelles technologies et exploite d’autres façons de travailler en accord avec une logique d’évolution positive. En ce sens, la popularisation de l’open source contrebalance la tendance à l’individualisme et à la promotion d’une idée plutôt que de sa réalisation.

L’open source vise à fonder un modèle de société collaboratif en se libérant du copyright et en misant sur la réappropriation des ressources et des connaissances par chacun.

Ce partage de données est la première étape vers une société alternative plus durable, plus juste et moins prédatrice. La finalité de l’open source, à moyen terme, est ainsi de recentrer le bien commun au détriment de la propriété privée. Néanmoins, l’open source, à des fins purement capitalistes, peut se muer en travail dissimulé et gratuit pour certains géants du web et autres opportunistes libéraux. Signe des dérives possibles, Julien Prévieux témoigne dans sa vidéo Anomalies construites de l’exploitation dont il a été victime lorsqu’il a aidé bénévolement Google à réaliser le logiciel libre de modélisation 3D Sketchup.

Le travail déguisé est l’un des revers de l’open source lorsqu’il est dévié de ses valeurs initiales et utilisé par des entrepreneurs peu scrupuleux. Un mouvement qui n’est pas exempte de dérives, mais qui ouvre la voie vers de nouvelles solutions d’économie collaborative et durable pour les générations futures.

Notions clés

FabLab (de l’anglais fabrication laboratory) : lieu qui met à disposition du grand public toutes sortes d’outils, notamment des machines-outils pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d’objets variés. La caractéristique principale des FabLab est leur ouverture ; ils s’adressent tant aux entrepreneurs, aux designers, aux artistes, aux bricoleurs, aux étudiants ou qu’aux hackers en tout genre. Chacun est libre de passer de la phase de concept à la phase de prototypage, de la phase de prototypage à la phase de mise au point ou de la phase de mise au point à celle de déploiement. Ils regroupent différentes populations, tranches d’âge et métiers différent et constituent un espace de rencontre et de création collaborative qui permet de fabriquer des objets uniques: objets décoratifs, objets de remplacement, prothèses, meubles… (Wikipédia).
Coworking : nouvelle forme d’organisation du travail qui comprend des bureaux partagés, mais également un réseau de travailleurs encourageant l’échange de connaissances et la pratique du travail collaboratif (Wikipédia).

Camille Schneider, Master 2 Multimédia, Strasbourg. 8264 caractères.