Ceux qui se sacrifient ne se trompent pas…

Zaafaran, performance dirigée par @Omar Rajeh et pensée, dansée par les artistes de la compagnie iranienne MaHa group, s’impose sur la scène du festival de danse contemporaine Bipod, au nom de la danse qui délivre les corps enfermés. Un voyage vers un Iran cliché, voire traditionnel, percutant aussi dans le traitement chorégraphique.

Sina Sabeiri (MaHa)© Kimia Rahgozar

Un témoignage qui coupe le souffle.

En Iran, le corps est un pêché, caché, invisible qui réapparaît sur ce tapis persan, délimitant ainsi le cadre de la pièce. Une prison rectangulaire que le spectateur observe à distance, proche du préjugé, loin de ce qu’il a l’habitude de voir. Elle, Mitra Ziaee Kia, ne respire plus, consciente que ses droits et son environnement l’étouffent. Elle est puissante sur scène. Ses mouvements qui transgressent les habitus chorégraphiques et représentations académiques proposent de nouvelles références poétiques où se jouent improvisations et instabilités. Elle ne s’arrête plus, balance de haut en bas son âme corps, comme lors d’un rituel. Et le tombak inspire expire un rythme effréné, dans les mains de Alie Taleie. Vient l’homme, Mostafa Chabkhan, et l’impossible histoire d’aimer. Le baiser sans toucher émoustillera forcément la salle. À bout de souffle, ils exaltent leurs sorts. Les bras ensuite et les mains qui s’enroulent, s’animent comme pour faire renaître la tradition des anciennes. Elle s’arrête, à terre, et invoque Dieu en criant Allah. Tout s’éteint. Toujours commencer par la fin pour comprendre le présent (comme dans la tradition du Livre) et ici l’histoire évoquée.

Mitra Ziaee Kia

Se sacrifier c’est résister.
Le groupe MaHa se bat pour exister. Depuis 2013, survivre par la danse est essentielle pour ces danseurs dans un pays qui la condamne. Le corps en résistance, thématique du festival de cette année, marque cette création. Les deux danseurs se donnent en offrandes à l’art. Un sacrifice qui change leurs manières d’aborder leurs quotidiens et leur rapport aux autres. Un art qui déplace les enjeux esthétiques et sociaux pour faire réapparaître des questions de fond sur le statut de la danse et la société. Ténacité et dévouement sont perceptibles dans ces corps sensibles et pleins de fougues.

Malgré une chorégraphie pas encore à sa place (work in progress), ce spectacle rare et précieux réanime d’autant plus la curiosité envers une culture perse vivante qui s’ouvre et se referme au gré de la modernité. ‘Zaafaran’, qui signifie safran, a une odeur d’épice brûlée…