Dionysos sort de ce corps.

Surement sortie de la cuisse de Jupiter, Maher Harb, épicurien urbain fait partie de ce rare échantillon de la jeune génération a faire de la terre un vin aux arômes ésotériques. Finalement, demi-homme, demi-dieu car il a choisit de devenir vigneron. Testostérone et passion expliquent comment depuis trois ans, il s’applique à donner vie aux vignes “magiques” de son village Nehla sur les hauteurs argilo-calquaires de Batroun, bord de mer au Liban nord. Sans modération, plongeon dans le calice de ce jeune homme effarouché et résolument sensible.

©Paul Gorra

Un patient impatient

-“Qu’est ce qu’on voit dans ton vin?”

-“Surtout beaucoup de patience” Maher tout en foulant ses vignes.

Tatoué et baraqué, ce jeune libanais de 33 ans épate par son charisme et sa détermination. Après un été libanais passé sur les terrasses de son grand-père, il rentre à Paris où il vit et se procure livres et ouvrages sur le vin. Il en vient même à acheter du raisin pour soulager son excitation. C’est décidé, il veut devenir vigneron. Il revient sur ses terres en juin 2010 et commence la construction et le réaménagement du vignoble et des terrasses. Ce sera une relation à distance finalement avec ses vignes qu’il plante pour la première fois en 2012, un mois avant de partir travailler en Arabie Saoudite. C’est en 2013 sur les chemins de Compostelle après neuf jours de randonnée à vélo qu’il prend conscience que le vin définitivement l’appelle. Il démissionne en juillet 2014 et s’en va acquérir une base académique en France. Un master généreux qui emmène les élèves réaliser un tour du monde des vignobles. En partenariat avec l’OIV, l’Organisation International de la Vigne et Surpagro à Montpellier, le master délivre un diplôme itinérant et très utile pour comprendre la chaîne de production à la commercialisation.

Les premières récoltes voient le jour mais constituent un travail de laboratoire. En préparation des vendanges de septembre 2015, Maher ne cesse de parler de ce future vin qui se laisse désirer depuis trois ans.

©Paul Gorra

Une vigne qui sourit

À 950 mètres d’altitude, c’est une bouffée d’oxygène et une vue sans précèdent sur la vallée que permet le vignoble de Maher. Promenade non des plus déplaisantes dans ce champ d’or vert! Les terrasses sont exposées nord-ouest, ainsi les vignes sont caressées par le soleil. Vertes, jaunes, parfois la couleur vire au translucide. Les pieds frétillent et se dorent au soleil avant la fin du cycle. Tombé amoureux des vins de la Vallée du Rhône, Maher décide que son vin sera un mélange harmonieux et poétique de Syra, Cabernet Sauvignon et de Grenache. “Des cépages qui s’expriment magnifiquement bien sur le terroir libanais”partage t-il. Le terrain argilo-calcaire l’aide véritablement sur ces montagnes proche de Tannourine. Aucune irrigation n’est prévue car le sol est profond et les racines y puisent l’eau dans la roche mère. L’année 2015 a été douce et prolifique. Très proche de la nature qu’il côtoie depuis tout petit, il choisit la méthode sans intervention. Ni pesticides ou autres engrais chimiques ne rentrent sur son territoire. Le jeune homme souhaite d’abord commercialisé du rouge. Un rouge fruité, équilibré et rond. Surtout un vin qui se garde. Élevé dans des cuves en béton, parfaites pour la micro-oxygénation, le liquide vinifié n’a aucun soupçon de goût boisé que son propriétaire n’apprécie guère.

“Je souhaite que le goût de fruit s’exprime”.

Si tout va bien c’est 5000 bouteilles qui devraient voir le jour. Un vin de boutique et de passion réalisé seulement pour l’amour de la nature. Une nature qui continue de produire à travers les siècles. C’est sur les rives de la Méditerranée que les historiens situent le berceau de cette communauté culturelle. Sur le plan symbolique, culturel et commercial, la Méditerranée est la “mère” de tous les vins. C’est d’ailleurs pourquoi Maher continue de retrouver des fossiles d’oursins sur ses terres.

Sensibilité et sensualité

Quand on apprend à connaître un vigneron, on comprend mieux sa sensibilité; Sa manière de toucher la vigne, de la soigner, de la regarder et d’en parler. Un véritable alchimiste aussi au moment de l’assemblage lorsqu’il s’agit de réaliser le “parfum” du vin. Un véritable peintre quand il s’agit d’utiliser sa palette pour construire son champ. Le vin respècte les règles de l’art et fait appel aux quatre sens. Maher raconte qu’il a une relation très personnelle avec ses vignes, personne d’autre que lui ne les connaît aussi bien. Il a entre les mains quelque chose de vivant qui malgré sa complexité lui procure beaucoup de plaisir. Il est inspiré quand il goutte. Quand il parle de sensualité, il se dit impressionné par la transformation du vin. Le solide qui devient liquide et fin au nez. Ça chauffe…

« Le vin c’est la couleur du bonheur ».

Une nouvelle génération de vigneron

Enfants de la région, cette nouvelle génération de petits vignerons, riche d’un savoir-faire et d’une énergie inépuisable fait preuve d’audace et de détermination. Entre respect de la tradition et modernité, ils construisent ensemble les vins libanais de demain. Ces jeunes vignerons trentenaires comme Maher sont un nouveau souffle dans la région. Leur talent et leur ouverture d’esprit forgés par des expériences à l’étranger apportent une touche contemporaine au vin. Faire découvrir le vin libanais sous un nouveau jour, le rendre plus accessible, se lancer des défis pour produire des vins toujours plus qualitatifs, gourmands, telles sont les ambitions de ce jeune vigneron du nord Liban.

“Je crois au vin libanais et à son exportation dans les pays de la diaspora, le vin du Liban a de l’avenir” conclut t-il.

Les prochaines vendanges seront organisées pour tous les volontaires en échange d’un moment informel et spontané. Les dés sont jetés, rendez-vous en septembre pour goûter aux joies bacchusiennes.

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