Hello Psychaleppo, le Tarab à la sauce électro.

Pas besoin de tourner autour du pot pour comprendre que Samer Saem Eldahr, de son nom de scène Hello Psychaleppo, a de l’avenir devant lui. Rencontre avec le pionnier d’un nouveau genre musical, l’électro-tarab.

© AK

Dans la lignée mais parfois au dessus du lot des Acid Arab, Maurice Louca, ce jeune syrien de 27 ans qui vient tout droit d’Alep, auto-producteur, et par définition autodidacte réussit le pari de mêler la crème de la crème de la musique orientale, le Tarab et la musique électronique. Deux genres similaires selon lui, une musique de l’émotion. 
Une résonance culturelle pour les jeunes orientaux nostalgiques.

Tu as quitté la Syrie pour Beyrouth en 2012 ? Qu’est ce qui t’inspire ici ?

Hello Psychaleppo : Je suis diplômé des Beaux Arts, et j’ai décidé de venir au Liban. Je suis peintre et je voulais réaliser une exposition. C’était la priorité. Le pays est très vibrant, c’est là que les choses se passent. Beyrouth est ma ville préférée, surtout parce que j’y aime les gens. Je me sens connecté à la créativité et à l’originalité des artistes ici.

Du coup, tu as réussis ce premier défi?

H.P : En mars 2013, j’ai exposé dans la galerie d’art Joanna Seikally à Geymazeh. L’exposition s’appelait This is not politics. Le système culturel attend qu’un syrien qui fait de l’art fasse corréler son art à la guerre.
Je voulais faire de l’art pour l’art, en suivant l’école des romantiques. Avec cette ligne de base, j’ai pu me séparer de ce qu’on veut que je sois pour faire ressortir mon travail d’artiste. C’était ma sortie de secours. Au même moment, j’expérimentais la musique.

Quel a été le déclenchement de ton travail au Liban ?

H.P : Mon premier album non officiel était vraiment un essai, je me suis lancé et je l’ai partagé sur internet. J’ai collaboré avec Nabil Saliba, du label Al Rajul Al Hadidi, lors d’un premier set à Métro Al Madina. Et puis ça a bien fonctionné.

Dans les principales scènes alternatives de la région, les artistes ont tendance à travailler tout seuls. Qu’en est t-il pour toi ?

H.P : J’ai réalisé mes deux albums seul. Je vais beaucoup dans les détails, je pense au « in » et « out » du projet. 
J’observe rigoureusement toutes les étapes et notamment l’image. 
Pour le moment, c’est en train de prendre forme. Le projet commence à avoir une belle identité. J’ai besoin de cerner ce que je fais, de faire attention. Le mix de n’est pas que « sampler », c’est surtout comprendre les arrangements, la mélodie, les accents, le micro intervalle.
Il faut connaître les fondements de la musique arabe et utiliser les techniques de l’électronique comme outils pour les faire marier.

« Mohamed Abdel Wahab, chanteur et compositeur égyptien disait à propos du Tarab, quand tu chantes Allah, tu écoutes quelque chose, c’est la définition émotionnelle de ce genre musical »

D’où est venu ton intérêt pour ce genre musical ?

H.P : Quand tu lies la définition de l’électro et du tarab, tu comprends la connexion entre les deux. Ecouter le Tarab, c’est comme aller à l’Opéra. Un orchestre au final avec une voix, et une combinaison d’instruments comme le luth, le violon et la guitare électrique. C’est un trip. 
Depuis que je suis petit, j’écoute Sabah Fakri qui est, pour moi, une légende. Notre histoire musicale est vraiment riche.

Quelles sont tes influences musicales, à part la musique orientale ?

H.P : J’aime beaucoup le Hip-hop. Je suis très influencé par mon frère et mon oncle qui était disquaire. Je suis beaucoup le travail de Thom Yorke , le leader de Radiohead et son projet solo. Puis à 15 ans j’ai commencé à toucher les logiciels.

Quelle est la structure narrative de tes deux albums ?

H.P : Mon premier album Gool l’ah est un album de production, chaque titre est séparé et possède sa propre identité. 
Le second album Ha! est un album live enregistré en une heure sans relâche. Il contient sept titres, qui durent à peu près neuf minutes chacun. Ce sont des longs arrangements travaillés selon l’héritage de la musique arabe. Il est conceptuel avec un tempo du début jusqu’à la fin.
Ha! a été distribué par Let’s Play Records, un label basé à Beyrouth. Mon troisième album est prévu pour 2017 !

Tu crées ta propre identité visuelle, tes posters, tes vidéos d’animation. Quelle est l’histoire que tu veux raconter ?

H.P : Le scénario est dans le visuel. 
Quand je suis en studio j’écoute mes morceaux, et je dessine. Ça surgit du son. L’aspect visuel de mon travail est aussi important que ma musique.

Que penses-tu de la scène électro au Liban?

H.P : Trop petite, trop minimale, trop timide pour ce qui est de la création originale. Par contre, la scène hip-hop germe très bien. J’ai un faible pour Tanjaret Daghet, belle création.

H.P : Ta musique peut-elle avoir un impact ?

Disons que j’essaye de faire réécouter des musiques anciennes, afin de propager un héritage riche de cette partie du monde.
La musique a un impact dans le sens où c’est une paix active. Mes confrères, au lieu de prendre les armes choisissent de faire de la musique.

http://hellopsychaleppo.com/

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