Pierre Geagea, la danse des sens.

Jeune danseur, chorégraphe, libanais, Pierre fascine par son habilité à être partout à la fois. Après deux représentations dont il est l’auteur, l’ouverture de cours de danse pour tous à Achrafieh et Mansion, 7 mois à Marseille à la Maison de la danse, il se transforme en professeur à l’IRAP, (Institut de réeducation audio-phonétique) au Liban pour les jeunes sourds. Une école qu’il a fréquenté plus jeune. Rencontre.

Pierre Geagea

Quand on rencontre Pierre pour la première fois, le charme opère. Du haut de ses 35 ans, il subjugue par son élégance et sa taille de danseur classique. Très expressif, il attire par ses gestes, et ses paroles, fortes et douces à la fois. Hypéractif, il est de ceux qui voudraient voir changer les choses dans son pays.

“Il y a une méconnaissance sidérante de la langue des signes dans notre pays. Ce que je veux, c’est instruire les Libanais de nos différences culturelles et linguistiques; en les incorporant à la danse, qui est un langage universellement compris et pratiqué, j’espère pallier à nos incompréhensions”.

Jamais à court d’idée il se bat pour continuer son parcours parfois difficile au Liban, où la danse n’a pas encore un véritable public et de critique. Il a surtout hâte de faire voyager ses spectacles en Europe et notamment en France ! “Mother Tongue”, son premier solo de danse à l’Institut Français remporte un large succès en mai 2014, ce qui lui permet de retrouver les planches au théâtre Monnot avec deux musiciens locales Sharif Sehnaoui et Tony Elieh. Cette performance met en lumière la langue des signes à travers la danse contemporaine. Le rythme, les sons et la projection vidéo sont de mises et apportent une relation très émotionnelle avec les pas de Pierre.

C’est à 11 ans qu’il prend conscience de sa surdité. À 17 ans il parle arabe, à 18 ans le français. Mais sa langue de naissance c’est à 15 ans qu’il l’a découvre, ce sera la danse. À l’IRAP, il se créée une véritable famille. Dans cet institut, fondé par Janine Safa et Souad Ballita, des volontaires et des équipes se dévouent corps et âmes pour aider tous les enfants atteints de surdité à s’intégrer dans la société dans un esprit familial. Aujourd’hui, comme pour retrouver un peu sa famille, il passe du coté des enseignants. Deux fois par semaine, il apprend aux enfants de 8 à 12 ans le langage du corps et de la danse. Il apprécie beaucoup proposer à tout ceux qui veulent d’apprendre la danse comme on apprend une langue. Précis, il accorde une attention particulière et des mouvements adaptés à chacun. Grâce à son écoute et à sa sensibilité, Pierre réussit ce pari de mêler les langages et d’en faire profiter tout le monde, en l’honneur de la danse.