Erasmus : Amortir le choc des cultures

Américains, Polonais, et moi, française prenant un selfie avec un vendeur de tapis au Maroc.
« Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir.»
Gilbert Keith Chesterton

Où partir ?

Pour certains, c’est la fascination pour un pays qui les pousse à partir. C’est souvent le cas des cultures qui offrent une alternative à l’american way of life qui a gagné le monde occidental, tout en offrant une sécurité et un confort auxquels nous sommes habitués : le Japon, l’Amérique latine, ou le Nord scandinave.

Mais pour la majorité des cas, lorsqu’on se décide à partir vivre à l’étranger, que ce soit en Europe avec le programme Erasmus, ou ailleurs, dans le cadre d’un partenariat, la première question que l’on se pose est : où partir ?

Les critères à prendre en compte sont nombreux : la langue, le climat, la distance avec notre pays d’origine, le standard de vie, la situation du pays. Il est important de se renseigner en profondeur sur le pays qui, à première vue, nous attire.

Il s’agit d’être un peu pragmatique. Il faut prendre le temps de se demander ce qui nous correspondrait, faire une liste des pays qui pourraient convenir, et surtout, nous plaire, puis se renseigner.

En ce qui concerne la sécurité en particulier, la source la plus sure et la plus pratique, reste la carte du monde publiée sur le site du ministère des Affaires étrangères.

Une de mes amies, Cécile, qui n’avait jamais quitté la France pensait d’abord partir un an en Amérique latine. Elle s’est rendu compte qu’il serait plus raisonnable de trouver le dépaysement qu’elle recherchait un peu plus près des frontières françaises, et elle est partie à Séville, après s’être renseignée sur la culture espagnole.

Elle a été ravie de son séjour, tout en gardant une porte de sortie accessible et ouverte, aux cas où son moral flancherait. Le facteur psychologique, en effet, n’est vraiment pas à négliger.

Aller à la rencontre de l’inconnu

Bien sûr, vous aurez beau avoir lu une dizaine de livres sur le pays que vous vous apprêtez à découvrir, vivre immergé dans sa culture ne sera pas la chose la plus facile à faire lors de votre séjour.

Quoi que l’on dise, avant notre départ, nous sommes des Français. Nous parlons français, nous vivons en France, parmi des Français. Nous mangeons français, nous regardons la télé française. Bref, nous sommes de culture foncièrement française, même si nous avons des parents immigrés ou une double nationalité.

Que l’on en soit fier ou pas, cette identité, c’est la nôtre. C’est pour cela que lorsqu’on part ailleurs, on va d’abord vers l’inconnu. Si vous partez aux États-Unis, ne vous dites pas que c’est parce que vous regardez How I met your mother et que vous mangez chez Mac Donald’s que vous n’aurez pas de problèmes d’adaptation.

On entre dans un monde que l’on ne connaît pas, et c’est cela qui nous effraie. On ne sait pas ce qui nous attend. Il est donc normal que ça nous fasse peur, et que quelque part, ça nous attire, nous et notre curiosité, notre désir d’aventure.

What the fuck France ou comment le choc des cultures ne se surmonte jamais. 😐

C’est un double sentiment, contradictoire, paradoxal, qui s’empare de nous avant notre départ : une appréhension mêlée d’excitation. Ce qui fait que les premiers jours dans votre pays d’accueil, lorsque vous serez encore aux aguets, en phase de première impression, l’un et l’autre de ces sentiments prendront le dessus alternativement. Vous serez déçu, puis euphorique plusieurs fois en très peu de temps. C’est normal. Puisqu’on ne connaît pas l’endroit où l’on arrive, on a tendance à assimiler tout ce que l’on rencontre à la vie que l’on mènera à cet endroit.

Par exemple, lorsque j’ai pris un train de l’aéroport pour aller dans le centre de Cadix, je ne vous raconte pas mon horreur quand nous avons traversé les chantiers navals désertés pendant plus de vingt minutes. Mais je me suis tout de suite calmée en sortant de la gare et en voyant les grandes plages de sable blanc.

L’image de la Caleta avait de quoi me rassurer ! :)

Prenez de la distance. Suspendez votre jugement malgré votre humeur surexcitée. Ce n’est qu’après une semaine ou deux, que vous aurez une vision globale de votre ville d’accueil. Et alors là, votre esprit se fera plus clair : vous serez, ou euphorique, ou déçu. Je vous rassure, c’est souvent l’euphorie qui l’emporte. Et lorsque l’on est déçu, il y a beaucoup de moyens pour y remédier. Le plus efficace : l’optimisme. Arrêtons d’être fatalistes et prenons notre quotidien en main.

J’ai connu quelques personnes à Cadix, notamment un Italien et un Hollandais qui se plaignaient de la vie un peu trop tranquille de la ville. Ils s’ennuyaient. Qui est-ce qui les empêchait de rester actifs en suivant des cours de surf ou en organisant des soirées ?

En tout cas, moi, je ne m’ennuyais pas !

Les yeux et l’esprit ouverts

Ce qui peut aussi nous décevoir, c’est une culture qui se révèle différente de ce à quoi on s’attendait. Si vous allez en Turquie, vous serez peut-être choqué par le traditionalisme religieux qui opprime la femme. Si vous allez en Hongrie, par l’homophobie, beaucoup plus visible que chez nous.

En tant que Français, vous remarquerez naturellement tout ce qui contraste avec vos habitudes quotidiennes. Parfois, vous vous en émerveillerez, parfois vous vous en choquerez. Il est peu probable que cela vous laisse indifférent. Vous serez en période de découverte, l’esprit toujours en éveil. Et c’est aussi ça qu’apporte l’année à l’étranger.

Vous apprendrez à connaître une culture différente de la vôtre. Et même si elle ne vous plaît pas, vous serez amené à vivre en devant vous y accommoder chaque jour. Votre esprit s’ouvrira de lui-même.

Par exemple, moi, qui ai grandi dans une famille athée, pour ne pas dire antireligieuse, je me suis retrouvée à vivre chez une mormone espagnole, avec une musulmane, et à fréquenter de fervents catholiques, venant de Pologne et d’Allemagne.

Si mes premières réactions étaient de juger et de condamner en silence, en discutant, j’ai découvert que nous n’étions pas si différents, et qu’il était même intéressant de comprendre pourquoi mon interlocuteur ne pense pas dans ma logique. Finalement, j’ai été capable d’apprécier ce moment très beau, où, entourée d’un Algérien musulman et d’un Polonais catholique, je visitais la mosquée transformée en église à Cordoue et où ils s’expliquaient l’un à l’autre les dogmes de leur religion respective. Sans jugement. Juste par curiosité.

Mosquée ou église ? Ou les deux ?

À la fin de notre séjour, nous ne sommes plus seulement des Français, mais des Français avec du recul sur notre propre culture. C’est un énorme privilège qui nous permet de choisir ce qui nous convient le mieux d’adopter des pays que nous connaissons.

Julia, une amie allemande, qui était en Erasmus à Cadix avec moi, ne supportait pas la désorganisation et l’habitude qu’ont les Espagnols à parler fort. Mais elle est repartie en se sachant plus « tranquila ». Un ami polonais, qui collectionnait les voyages de plusieurs mois et les Erasmus, disait que s’il était polonais de cœur, il voulait avoir la bonne humeur des Latinos, la façon de cuisiner des Asiatiques et la galanterie des Anglais. En bref, plus on connaît de cultures, plus on est libre de choisir celles qui nous construisent.

Le mal du pays

Mais il arrive que l’on se fatigue d’avoir un esprit éveillé et ouvert, et que l’on se retranche dans la nostalgie de la mère patrie. Ce sont des coups de mou qui nous arrivent à tous.

À Sciences Po, on nous avait prédit que le plus dur arriverait durant le deuxième mois, quand notre curiosité commencerait à s’essouffler, nos proches à nous manquer et notre quotidien à nous blaser. On se fatigue de devoir reconstruire nos repères. De faire des efforts pour comprendre ce que l’on nous dit, et à en faire pour se faire comprendre. Le fromage nous manque. La baguette aussi. Et le vin bordelais !

Il faut garder le moral. Se dire que ce ne sont que quelques mois, et que c’est pour ça qu’il faut en profiter au maximum. Le coup de mou n’est qu’une phase, et ça finit par passer assez rapidement.

Vivre dans un pays étranger implique forcément la perte et la création de nouveaux repères. On le vit, à terme, plus ou moins bien. Ça dépend de notre caractère. En général, ça ne pose pas de problème pour ceux qui aiment le voyage et être actif. Pour d’autres, c’est plus compliqué.

Un ami, Renaud, a choisi de partir au Québec, justement parce qu’il se savait de ceux qui ont des difficultés d’adaptation. Au moins, là bas, il pourrait parler français. Mais à Montréal, la grandeur de la ville, le mode de vie très américanisé, l’ont complètement déraciné de ses habitudes construites dans un petit bourg perdu au milieu de la Normandie. La France lui a rapidement manqué, parce qu’il était pressé de retrouver son quotidien d’étudiant français et non plus d’étranger.

Il s’agit donc de se poser la question avant de partir. Est-ce que nous avons des facilités d’adaptations ? Si la réponse est négative, il serait plus prudent de partir un peu moins loin, et un semestre plutôt qu’un an, si nous en avons le choix.

Cet article est extrait de mon premier livre Réussir son Erasmus, voyage étudiant en Europe et dans le monde aux éditions Kawa.

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