J’apprends à décider avec Clotilde Dusoulier et Switch Collective

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Parler du développement personnel avec justesse, ce n’est pas donné à tout le monde. Et pourtant, c’est ce que fait Clotilde Dusoulier, et force est d’admettre qu’elle le fait bien.

Ce 19 juin, à la Switch House, on se serre sur les bancs, on cherche des chaises du regard. La salle est pleine, nous sommes une centaine venus assister à une masterclass sur la prise de décision animée par la créatrice du podcast “Change ma vie, des outils pour votre esprit”.

Pourquoi cet engouement et quel lien avec Switch Collective ? Pendant une période d’introspection, de reconversion professionnelle, ou tout simplement de changement, beaucoup de questions se posent et beaucoup de doutes naissent. De-là à appeler ça un vrai moment de panique … on en n’est parfois pas loin. Comment s’assurer de prendre de bonnes décisions, et surtout comment les prendre sereinement ? C’est tout l’enjeu de cette conférence.

Clotilde Dusoulier est parisienne, 38 ans, et maman de 2 enfants. Après des études d’informatique au compteur, et un boulot d’ingénieur, elle tombe dans la marmite du blogging culinaire. Depuis maintenant deux ans, elle s’est orientée vers le développement personnel et le coaching de vie grâce à la Life Coach School créée par Brooke Castillo. Revenir en France, démissionner de son boulot d’ingénieur afin de se consacrer à son blog de cuisine, créer un podcast “Change ma vie” pour présenter ses outils pour l’esprit … des décisions structurantes, Clotilde en a pris aussi.

A sa demande, on commence par prendre trois grandes respirations et à poser son intention, ce qu’on est venu chercher ce soir, l’expérience que l’on veut vivre et quelle énergie on veut apporter. Le silence se fait parmi les participants, et les intentions de chacun se dessinent.

Quand on demande à la salle quelle est la plus grande difficulté qui surgit face à une situation où il faut trancher, les réponses fusent : comment faire le Bon choix, arbitrer entre raison et envie, comment apprendre à renoncer au reste, comment faire face à la peur de l’inconnu, à celle de l’échec ? La problématique est lancée, la masterclass peut commencer.


Pensées, émotions … choisissez tout !

En premier élément de réponse, Clotilde nous initie à ce qu’elle appelle dans son podcast “le modèle de Brooke” et surtout “l’indépendance émotionnelle”. Le postulat est le suivant :

  • Toutes les circonstances sont neutres : une circonstance est une réalité factuelle que l’on pourrait prouver dans un tribunal mais qui en soi, ne déclenche aucune réaction, aucune émotion, ni positive, ni négative. La preuve : face à une même situation comme le fait de partir en voyage, chaque individu va avoir une réaction différente : de l’excitation, de l’appréhension, de la peur, ou encore de l’impatience.
  • Ces circonstances (neutres) vont faire naître en nous une (ou plusieurs) pensée(s) : une phrase qui va trotter dans notre tête et qui évidemment va être propre à chacun.
  • Ces pensées vont alors créer des émotions : un phénomène physiologique, qui peut prendre la forme de la colère, la joie, l’anxiété, la peur …
  • Une action ou une inaction jaillit de cette émotion : celle par exemple de prendre une décision, même juste de manière intellectuelle, ou bien celle de s’abstenir de décider.
  • Enfin, et comme conséquence logique de cette action (ou inaction) : un résultat se produit.

L’intérêt de ce “modèle” ? D’abord, nous faire prendre conscience de notre dialogue intérieur, celui qui a tendance à nous créer de la tachycardie, à nous freiner, à nous donner envie de rebrousser chemin. Ensuite, de nous amener à l’idée essentielle selon laquelle nous choisissons nos pensées, qui vont guider nos émotions.

Attendez une minute … si on choisit ce que l’on pense, ça veut dire que l’on peut aussi choisir ses émotions ? Donc quand on se sent découragé(e) et anxieux(se) car on se dit qu’on ne va jamais y arriver parce qu’on n’est pas assez compétent, entouré(e), ou courageux(se), … on pourrait en fait se dire que l’on a réussi à passer toutes les épreuves qui se sont déjà érigées sur notre chemin, et que l’on n’est pas plus bête qu’un(e) autre, pour se sentir assuré(e), confiant(e) et renouer avec des “positives vibes” ?

Apparemment oui, et c’est d’ailleurs ce que Clotilde appelle “l’indépendance émotionnelle”. Et c’est essentiel : choisir ses pensées, c’est aller chercher les émotions qui vont nous aider à avancer, à décider pour nous et ne pas subir la décision des autres, pour ne pas être en réaction, mais être (et se sentir) aux commandes de sa vie.

Choisir c’est mourir un peu”, disait André Gide. Pour Clotilde, choisir, c’est plutôt vivre pleinement.

A la question “comment sait-on qu’une décision est la bonne ?” la réponse de Clotilde n’est pas très rassurante de prime abord :

Il n’y a pas de bonne décision en tant que telle. C’est ce qu’on en fait, ce que l’on choisit d’en penser qui va en faire une bonne décision”.

Hum … La bonne nouvelle, c’est que s’il n’y a pas de bonne décision en soi, peut-être alors il n’y a aucune mauvaise décision en soi non plus ? Finalement, on aime bien ce constat là. Surtout quand Clotilde le ponctue d’une citation de Nelson Mandela : “Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends.”

Quand on prend une décision, on prend l’engagement de mobiliser ses ressources, son énergie, son éthique, pour faire en sorte que ce soit une bonne décision. Au titre des bénéfices de cet état d’esprit, plus de tranquillité, et surtout, le sens des responsabilité qui se dépose à nouveau sur nos épaules : cela ne dépend que de moi de faire que ma décision soit la bonne. Moi, et pas mon voisin, ni la météo, ni mon environnement ou la conjoncture.


Le top 3 des freins à la prise de décision

Les schémas classiques freins de la prise de décision :

  • C’est trop risqué” : Phrase numéro 1 dans celles qui nous poussent à ne pas faire de choix, et à juste titre. Cette sensation de courir un risque est commune et partiellement vraie. Cependant, parfois ce sentiment naît d’un amas de pensées qu’il faut s’empresser de démêler. Il faut en effet réussir à isoler les risques matériels, mesurables, tangibles des risques “de l’ego” : un “j’ai peur de me planter et de ne plus pouvoir payer mon loyer” n’est pas à ranger à la même enseigne qu’un “jai peur de me planter et de décevoir tout le monde”. Dans le premier cas, on parle de quelque chose de tangible, de “réel”, alors que dans le second, on a peur de ressentir des émotions négatives (de la honte, du découragement, un sentiment d’humiliation). Et comme on l’a déjà entendu chez Switch “on dit non parce qu’on n’a pas envie, mais on ne dit pas non parce qu’on a peur” (Axelle Tessandier).

L’autre versant de cette phrase, c’est qu’on a souvent tendance à analyser la “prise de risque” en comparant ce que l’on a aujourd’hui — le statut quo — au pire scénario possible. Autrement dit, on ne regarde que ce que l’on risque de perdre, plutôt que de l’analyser à l’égard de ce que l’on pourrait gagner. Vous voulez comparer de manière “utile” ? Prenez votre scénario du succès ultime, celui sur lequel il est impossible de faire x10. Visez haut, visez grand. Maintenant, comparez le à votre scénario du pire. Entre complètement vous ridiculisez devant une audience de 100 personnes, être incapable de parler et d’aligner deux mots, et être ovationnée par Barack Obama et invité(e) d’honneur au prochain sommet de l’ONU … Vous choisissez quoi ?

  • Je n’ai pas toutes les informations, c’est trop tôt” : Réflexe de bon(ne) élève, là encore, qui mérite sa place dans le TOP 3 des phrases qui nous découragent. On se dit que l’on pourrait encore attendre, glaner encore des informations ici et là. Alors oui, cela semble être une excellente idée, si cela fait 2 heures que vous avez eu l’idée de lancer votre marque de mode pour enfants, mais si ça fait maintenant 6 mois que vous tergiversez, peut-être que vous souffrez de ce que Clotilde appelle “la paralysie de l’analyse”. Dans ces moments, il faut se souvenir que l’action donne souvent plus d’informations que le fait de rester chez soi à naviguer sur Internet ou dans ses pensées et surtout, que la confusion appelle la confusion. Rappelez vous que vous ne contrôlez ni le hasard, ni la chance, ni la vie qui continue autour de vous, et allez-y.
  • Si c’était la bonne décision, elle serait tellement évidente que ce serait simple de la prendre” : Oui … mais non. Pour commencer, et on l’a déjà dit, il n’y a pas de bonne décision en tant que telle. Il y a des décisions que l’on tient, que l’on va rendre “bonnes” par notre volonté. Pour certaines problématiques, par exemple pour les micro-décisions quotidiennes du type “lait de soja ou lait d’amande ?”, pourquoi pas. Sur des questions plus structurantes comme celles de déménager sa famille, de renoncer à un salaire fixe et à la sécurité d’un CDI pour se lancer en free-lance, il va sans dire que l’évidence est moins frappante. Tous ces choix vont nécessairement occasionner des douleurs de croissance qui sont inhérents au processus décisionnel. Il faut le savoir, ça fait partie du package quand on finit par trancher.

Boîte à outils de la prise de décision

Dans un moment où une décision est attendue, tout le monde ne fonctionne pas de la même manière. Certains vont faire des listes (les “pour”, les “contre”), d’autres vont aller courir pour s’éclaircir les idées, ou encore se mettre dans un état méditatif en se lançant dans une recette de cuisine … schématiquement, on distingue deux écoles : ceux qui font appel à leur raison, et ceux qui sont du côté de l’intuition.

Savez-vous dans quelle équipe vous jouez ? C’est la première étape. Pensez aux micro-décisions quotidiennes que vous prenez sans vous en rendre compte : choisir une tenue le matin, décider du repas que l’on veut préparer, quel restaurant choisir … Intuition ou raison, il n’y a ni bon ni mauvais camp ! L’important, c’est de vous connaître, pour pouvoir ensuite choisir parmi les astuces suivantes.

👉 Plutôt “raison” ? Avez-vous pensé à la “mind map”, cet outil de cartographie mentale qui permet de poser sur papier tous les paramètres, qu’ils soient de l’ordre social, familial, financier, affectif …

Plus classiquement, et les accros du marketing reconnaîtront cette approche, on peut également faire une analyse SWOT : un outil permettant d’analyser sa décision sous l’angle interne des forces (Strenghts), des faiblesses (Weaknesses), mais également sous l’angle extérieur des opportunités (Opportunities), des menaces (Threats). N’hésitez pas à aller piocher du côté des outils d’élaboration de stratégie. “Le livre des décisions” de Mikael Krogerus et Roman Tschäppeler saura probablement parler aux plus cartésiens d’entre vous !

👉 Team “Intuition”, c’est par ici : en guise d’hors-d’oeuvre, commencez par de la visualisation (que Clotilde présente et explique dans l’épisode 26 de son podcast) : une fois dans un état d’esprit serein et disponible, entrez dans un état méditatif afin d’élaborer le scénario de la décision réussie, celui dans lequel tout se passe bien. Connectez-vous à vos émotions et vos sensations qui vont vous guider dans la direction dans laquelle aller.

Un autre exercice, plus accessible : se reconnecter à son “soi enfant”, celui qui était avide d’expériences, de découvertes, qui avait toute confiance peu important l’aventure dans laquelle il s’était engagé. Marcher dans la nature, écrire, pourquoi pas avoir recours aux tarots ou autres techniques dites divinatoires … choisissez la technique qui vous permet de vous éloigner de votre ego et de tout ce qui étouffe votre intuition pour vous reconnecter à vous et aux autres.

D’autres précieux conseils délivrés par Clotilde :

  • Dès qu’on a pris la décision, se fixer un rendez-vous avec soi-même pour réévaluer cette décision : que ce soit dans une semaine, dans 3 mois ou dans un an, ce qui importe, c’est de se mettre dans une dynamique d’évaluation avec des critères pré-déterminés. Pensez à la période d’essai dans le cadre d’une nouvelle embauche : Rien que de savoir que dans 3 mois, on prendra du temps pour se demander si la décision nous plaît ou pas, cela nous permet de nous rassurer, et de se rappeler qu’aucune décision n’est condamnée à persister si celle-ci ne nous convient pas.
  • Penser à une option C : dans les moments de doutes, on a tendance à raisonner de manière binaire : rester ou partir ? Garder ou changer ? Entrepreneuriat ou salariat ? Enfant ou carrière ? Et si une 3e option se profilait à l’horizon ? Celle d’un 4/5e, celle de l’intrapreneuriat, ou encore d’un jour de télétravail par semaine ?
  • Se poser quelques questions clés : Laquelle des options envisagées vous rapproche le plus de la personne que vous avez envie d’être ? Si le succès vous était garanti, que feriez-vous ?

Rassurez-vous : personne n’a jamais dit que ça serait facile. La prise de décision est un muscle qui se travaille. Tous les jours, vous prenez des décisions, vous faites face avec succès à une profusion de choix, de possibilités. Faites vous confiance, entourez-vous, pesez les risques et les chances … inspirez, expirez. Vous êtes prêt(e)s. Allez-y !